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60 ans au service de Dieu et de ses frères
 
 
Comment s’est révélée votre vocation ?
 
Originaire de Nogent-le Rotrou, j’ai vécu dans un patronage très disponible pour les enfants et les jeunes.
De plus, on voyait beaucoup les grands séminaristes qui venaient s’occuper des enfants : leur enthousiasme
suscitait en nous l’envie de les imiter.
A cette époque, cinq jeunes se sont destinés à la prêtrise. Je suis donc entré au petit séminaire de Nogent-le-Rotrou que Mgr Harscouët avait réussi à récupérer suite à la  séparation de l’Eglise et de l’Etat.
 Que se passe-t-il en 1945 ?
 
C’était l’époque du « séminaire des barbelés » de l’abbé Franz Stock.
Comme j’étais séminariste, moi aussi, j’ai été affecté aux relations avec les autorités militaires françaises, l’évêché de Chartres et les responsables
du camp, sous l’autorité du lieutenant Johner, prêtre alsacien, affecté lui aussi au Bloc du séminaire.
J’ai eu la tâche, à de nombreuses reprises, de conduire les prisonniers séminaristes, au Thieulin, pour se « refaire une santé ». Je m’occupais aussi du ravitaillement du séminaire, avec toute la discrétion nécessaire,
en cette période difficile de la fin de la guerre.
 Quel souvenir gardez-vous de l’abbé Stock ?
 
Un souvenir inoubliable. Il fut mon confesseur à cette époque. Ce prêtre m’a beaucoup marqué par sa bonté,
sa piété, sa grande ouverture et le courage qu’il avait montré pendant l’occupation, en tant qu’aumônier
de prison.

Après la guerre, j’ai pu enfin reprendre mes études et j’ai été ordonné en 1949 par Mgr Harscouët.
J’ai été successivement vicaire à Mainvilliers, puis à Brou, professeur au petit séminaire de Nogentle-Rotrou, puis 5 ans vicaire à la paroisse St-Aignan à Chartres
et responsable de l’association Jeanne-d’Arc.
Puis pendant 20 ans, j’ai été l’aumônier de l’Institut St-Pierre – St-Paul à Dreux, tout en desservant Chérisy et
les communes environnantes.
Je suis alors devenu curé et doyen d’Anet, aumônier du lycée agricole, créé quelques années auparavant
par le chanoine Gabriel Bridet et Mme Goussu. Maintenant, je suis revenu à Chérisy où je suis « coopérateur» dans le secteur du Drouais.
 Vous avez été directeur de « La Voix de nos clochers»  Quel regard portez-vous sur la presse locale chrétienne?
 
Ces journaux, distribués dans toutes les boîtes, sont un moyen de porter le message évangélique à ceux qui
ne viennent pas vers nous. Même s’ils ne sont pas parfaits, ils sont un moyen de contact indispensable
pour annoncer à tous la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.
Nous ne pouvons garder comme confidentielles les activités paroissiales.
Nous ne devons pas avoir peur d’aller au-devant des gens qui ne viennent pas spontanément vers nous.
 Vous avez reçu soeur Emmanuelle à Chérisy !
 
Une de mes paroissiennes était responsable
de l’association des amis de soeur Emmanuelle et sur ma suggestion, elle a réussi à faire venir la religieuse pour la messe : elle a fait l’homélie avec la fougue et l’enthousiasme qu'on lui connaît !
 
 Vous venez de fêter vos 60 ans de sacerdoce,
quel regard portez vous sur l’Eglise aujourd’hui ?
 
Au cours de ces années, beaucoup de choses ont changé : je suis persuadé que maintenant les prêtres
doivent faire équipe avec leurs confrères, avec les laïcs en responsabilités.
Un prêtre ne peut travailler isolément.
L’Eglise se doit d’être accueillante, compréhensive, aimante ; elle doit être témoin de la tendresse et de la
bonté de Dieu.
L’Eglise ne réalise pas toujours ce que vivent les gens : nous devons faire rayonner l’Amour par nos comportements, nos gestes d’accueil.
Il faut que l’Eglise sache aller vers les plus pauvres, ce qu’elle ne fait pas suffisamment me semble-t-il.
Notre liturgie doit être digne, mais ce n’est pas le retour des rites d’antan qui fera revenir les gens à l’église, mais
notre relation accueillante aux autres.
 
 A 87 ans, vous êtes en pleine forme, vous êtes encore très actif : vous n’avez pas envie de prendre une
retraite bien méritée ?
 
J’ai décroché par palier et chaque fois je me pose la question : suis-je encore capable ?
Cet apostolat me maintient en forme.
Je dis la messe en semaine à Chérisy et chaque fois quelques personnes y assistent ; je célèbre également au
carmel de St-Georges Motel (27), je rends visite aux malades, je suis conseiller spirituel de deux groupes
de réflexion et j’assure mon jour de célébration des enterrements dans le secteur de Dreux.Toute ma vie,
j’ai été un homme heureux et je le demeure malgré les inévitables soucis de l'âge. Merci Seigneur !
 
Propos recueillis par C. Thiercelin
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