


| Les lumières de Noël s’éteignent déjà. Les voeux de Bonne Année qui accompagnent nos rencontres vont s’estomper. Qu’avons-nous vécu en ce temps de Noël ? Une simple parenthèse de fête et de rêve avant de retrouver l’ordinaire de nos vies ? Un temps fort pour accueillir et goûter ce qui vient mettre en relief ce que nous sommes pour Dieu et que nous avons sans cesse à devenir ? |
| On dit d’un vin, d’un repas ou d’un événement qu’il est ordinaire : nous comprenons alors qu’il est banal, sans importance ou de médiocre qualité. Ce n’est pas dans ce sens que nous parlons de notre vie ordinaire, et du temps ordinaire. La succession des jours et des semaines, avec son lot de monotonie, de contraintes, de grisaille mais aussi de joies, d’espoirs, de tristesses et d’angoisses fait la trame ordinaire de nos histoires d’hommes et de femmes. Au moment de la béatification de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une des soeurs du Carmel s’exclama : « Mais elle n’a rien fait que des choses très ordinaires ! » Où sommes-nous invités à faire retentir en nos vies l’Esprit des Béatitudes ? Où accueillons-nous le don de Dieu qui nourrit nos vies ? Où gardons nous et mettons-nous en pratique la Parole de Dieu ? Où vivons-nous notre vocation à la sainteté ? Simplement dans l’ordinaire du quotidien. Quotidien d’une vie de Carmélite où Thérèse n’a fait que « suivre l’ordre des choses », selon le sens du mot ordinaire. Elle a vécu ce qui est « habituel et en ordre » selon l’Evangile. Saisie par l’amour de Dieu, elle a appris, au jour le jour, à vivre du Jour du Seigneur et faire ainsi de sa vie une éternelle offrande à la Gloire de Dieu. |
| « Il y a des lieux où souffle l’Esprit mais il y a un Esprit qui souffle en tous lieux » écrivait, en 1938, Madeleine Delbrêl. « Il y a des gens que Dieu prend et met à part. Il y en a d’autres qu’il laisse dans la masse, qu’il ne retire pas du monde. Ce sont des gens qui font un travail ordinaire, qui ont un foyer ordinaire ou sont des célibataires ordinaires. Des gens qui ont des maladies ordinaires, des deuils ordinaires. Des gens qui ont une maison ordinaire, des vêtements ordinaires. Ce sont des gens de la vie ordinaire. Les gens que l’on rencontre dans n’importe quelle rue. Ils aiment la porte qui s’ouvre sur la rue, comme leurs frères invisibles au monde aiment la porte qui s’est refermée sur eux. Nous autres, gens de la rue, croyons de toutes nos forces que cette rue, que ce monde où Dieu nous a mis, est pour nous le lieu de notre sainteté. Nous croyons que rien de nécessaire ne nous y manque, car si ce nécessaire nous manquait, Dieu nous l’aurait déjà donné ». |
| Le temps ordinaire n’est pas un temps mineur, c’est le temps de la patience de Dieu qui aime les hommes et les rejoints dans leur vie ordinaire. Pensons aux longues années de vie de Jésus à Nazareth, à ses trois années de rencontres et de prédication dans les villes et les maisons en Galilée et Judée, là où vivent ses contemporains. Le temps ordinaire, c’est aussi le temps de notre fidélité active pour que notre réponse ne soit pas celle d’un instant, pour que la Parole généreusement jetée en nous ne soit pas étouffée par les soucis ou les plaisirs de la vie (Lc 8, 5-15). La parabole sur le temps de la germination (Mc 4, 26-29), celle du bon grain et de l’ivraie (Mt 13,24-30) ou celle du grain de sénevé (Mt 13,31-32) nous redisent l’importance de ce temps ordinaire, temps de maturation, temps de croissance, temps de la vérité, l’aujourd’hui de nos vies. Bonne et heureuse année ordinaire ! |
| ✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres |