
Eté comme hiver, le réveil, imperturbable, sonnait à 5 heures !
Les journées étaient rythmées par la cloche : deux heures de classe le matin,autant l'après-midi, entrecoupées d'une récréation. Programme classique : français, latin, grec, histoire-géo, etc. Classe de chant quotidienne ; étude de 17h à 19h.
Après le lever, prière et méditation (parfois somnolente !) animées par un professeur. Puis étude, ponctuée par les départs de groupes pour le service des messes. La concélébration n'existait pas encore et chaque prêtre célébrait individuellement. Ils étaient nombreux : chanoines, professeurs au Grand Séminaire, à la Maîtrise et l'Institution Notre-Dame. De demi-heure en demi-heure, les différentes chapelles étaient occupées et résonnaient des multiples sonneries de clochettes des servants.
A la cathédrale, le sacristain désignait à haute voix la chapelle destinée au célébrant: Notre-Dame du Pilier, St-Joseph, Coeur de Marie... Etonnante, la précision qu'il ajoutait pour la chapelle St-Joseph : « Pour allumer St-Joseph, appuyer sur la poire du Coeur de Marie », ce qui se traduisait ainsi : pour éclairer la chapelle St-Joseph, appuyer sur la poire électrique sous le lustre de la chapelle du Coeur de Marie !
Pour apprendre à servir la messe, chaque nouveau était confié à un moniteur. Les premiers reçus à l'examen du très sévère maître des cérémonies bénéficiaient d'une récompense spéciale : aller servir la messe dans les communautés religieuses. Certaines étaient très "cotées" pour la qualité des petits déjeuners.
Un moment émouvant : la réception des « clercs de Notre-Dame ». « En ce beau jour, la crypte s'illumine pour faire honneur à ses nouveaux enfants », chantions-
nous sur une musique joyeuse de Gounod. Cette promotion était attribuée par le Conseil des professeurs, d'après la conduite, le travail et la piété.
Et les deux petits journaux humoristiques de classe ! vous vous souvenez ? « La feuille de chou » et « Le compte-rendu ». Manuscrits et tirés à un seul exemplaire, ils circulaient sous le manteau. Découverts au troisième numéro, ils furent interdits.
Nous gardons en mémoire les grandioses célébrations. Du bas de la cathédrale, au son des grandes orgues, une lente procession s'avançait dans l'allée centrale : petits maîtrisiens en soutane rouge, aube de dentelle, mozette bordée d'hermine et calotte rouge, les plus grands en soutane noire et surplis blanc, comme les grands séminaristes, chanoines et prélats précédaient l'évêque, avec sa longue traîne violette.
Chaque dimanche, messe et vêpres étaient chantées en grégorien. Aux fêtes, la polyphonie des messes, motets et répons, ajoutait à la solennité ; maîtrisiens et grands séminaristes formaient une impressionnante chorale d'une centaine de chanteurs, capables d'interpréter les oeuvres des grands musiciens : Bach, Haendel, Mozart, Gounod, Saint-Saëns, César Franck, Fauré...
Dans notre belle cathédrale, illuminée des feux de ses verrières, par nos cérémonies et nos chants, nous participions à la beauté d'une liturgie grandiose à la gloire de Dieu et de Notre-Dame, mais nous n'avions pas une claire conscience de ces splendeurs.
Certains rites étaient devenus anachroniques et le latin rendait cette liturgie inaccessible au plus grand nombre des chrétiens.
Le Concile les a corrigés.
Mais, il faut en garder la beauté.