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Pour la conférence du Père olivier ARTUS, vous pouvez soit l'écouter, soit la télécharger, soit la lire.

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Écriture et Parole de Dieu selon la Constitution dogmatique Dei Verbum : Chartres 14 décembre 2008
Olivier Artus


Pour comprendre la fonction et l’impact de la constitution dogmatique Dei Verbum dans l’Église Catholique, il faut resituer ce texte dans l’histoire de la lecture de la Bible dans l’Église Catholique. De la fin du 19ème siècle au concile Vatican II, cette histoire de l’exégèse biblique catholique a été parfois assez conflictuelle, et on ne peut comprendre Dei Verbum que si l’on prend conscience que ce texte vient mettre un terme à des débats qui ont pris une forme aiguë à partir des années 1890.
Remontons encore plus loin dans l’histoire, à l’époque de la Renaissance, simplement pour insister sur un fait, qui peut sembler évident, mais qui inaugure la révolution qui a lieu à cette époque dans la lecture de la Bible, de l’Ecriture Sainte : c’est fait c’est l’invention de l’imprimerie et la diffusion du texte biblique : la lecture de la bible qui était un acte essentiellement public, communautaire, liturgique, devient du fait de la multiplication des exemplaires du texte, devient un acte privé, individuel.
Ainsi, il existe, en ce début du 16ème siècle, avant même la diffusion de la Réforme protestante, il existe une véritable fièvre évangélique, un enthousiasme pour le texte biblique, que l’on traduit, que l’on commente, enthousiasme vécu comme un retour aux sources, aux sources du texte originel grec ou hébreu qui est traduit en langue « vulgaire », en Français. Ce souci de communication par la traduction dans la langue du peuple est aussi une caractéristique de l’époque.
Et déjà en filigrane, pointe la question qui sera celle de l’exégèse pendant plusieurs siècles â€” la question de la vérité du texte biblique : comment atteindre, comment rejoindre le sens véritable du texte biblique ? Ne faut-il pas pour cela abandonner la version latine qui fait autorité depuis les premiers siècles — ne faut-il pas abandonner la vulgate, ne faut-il pas redécouvrir le texte originel, grec ou hébreu, porteur d’un sens véritable ? Mais comment choisir entre les multiples manuscrits ?
En tout cas, c’est bien cette question de la vérité originelle du message biblique qui sera au cÅ“ur de la Réforme protestante, une réforme qui va faire jouer un principe de sola scriptura – d’Ecriture seule, la Bible étant déclarée seule capable de contenir le message vrai de la Révélation, plaçant ainsi au second plan toutes les interprétations postérieures de l’Eglise.

 
 La question de la vérité, de l’interprétation vraie du texte biblique se pose donc en ce début de 16ème siècle, et elle va se poser de nouveau de manière plus aiguë à la fin du 18ème siècle, à l’époque des lumières, lorsque l’Histoire se constitue comme discipline scientifique, lorsque l’histoire devient une science humaine autonome, une science humaine à partir de laquelle il va être possible de juger de la vérité du texte biblique.
En effet, le texte biblique est complexe, et il semble parfois se contredire, lorsque par exemple il juxtapose deux scénarios différents et apparemment incompatibles des origines, deux scénarios différents de la formation du monde au début du livre de la Genèse : le premier chapitre est un récit de création du monde et de l’homme par la parole efficace de Dieu, tandis que Gn 2 évoque la fabrication artisanale du monde et de l’humanité. Ou encore en Gn 6-9, le récit du déluge juxtapose deux chronologies différentes, avec une inondation de 150 jours dans un cas et de 40 jours seulement dans le second. Qu’en est-il alors de la vérité du texte biblique ? On voit bien que si l’on en reste à une compréhension exclusivement historique ou littéraire de la vérité, celle-ci devient problématique.

C’est bien cette question de la vérité du texte biblique qui sera au cÅ“ur de cette conférence, question que je vais aborder en trois temps :
tout d’abord, je voudrais reprendre la réflexion de l’Église catholique sur la question de l’interprétation du texte biblique depuis le pape Léon XIII et son encyclique Providentissimus Deus jusqu’au concile Vatican II et la constitution dogmatique Dei Verbum

puis, dans un second temps, j’envisagerai l’évolution de l’interprétation de la Bible depuis la publication de Dei Verbum
enfin je terminerai en nommant un certain nombre de chantiers, de questions qui sont au cÅ“ur de la réflexion actuelle de l’Église lorsqu’elle envisage la place de l’Écriture Sainte dans la vie des communautés chrétiennes.

Ces trois temps me permettront de définir progressivement un écart : l’écart qui existe entre le texte de la Bible, l’Écriture sainte, et la Parole de Dieu.

 
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