
« Oui, vains par nature tous les hommes en qui se trouvait l'ignorance de Dieu, qui, en partant des biens visibles, n'ont pas été capables de connaître Celui qui est. […] Que si, charmés de leur beauté, ils les ont pris pour des dieux, qu'ils sachent combien leur Maître est supérieur, car c'est la source même de la beauté qui les a créés. » (Sg 13, 1-3 ; cf. Rm 1, 20-23)La baisse de niveau de la beauté spirituelle à la beauté purement matérielle tend à se répéter par la suite à l'intérieur même de la créature et en particulier de la femme. La représentation de la beauté féminine ne se concentre habituellement pas sur le visage, où se manifestent plus clairement l'intériorité, les sentiments, les pensées, en un mot l'âme de la femme, mais sur d'autres parties du corps, toujours les mêmes. Il n'y a pas beaucoup de « Joconde » dans l'art, et à ce rythme, il ne sera même plus possible d'en voir.
« La Création […] si elle fut assujettie à la vanité, non qu'elle l'eût voulu, mais à cause de celui qui l'y a soumise, c'est avec l'espérance d'être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu. » (Rm 8, 19-21)À la place de « Création », on peut mettre, dans ce texte, le mot « beauté » sans altérer en aucune manière le sens de l'affirmation : « La beauté fut assujettie à la vanité et attend d'être libérée. » Pour sauver le monde, la beauté a d'abord besoin d'être elle-même sauvée. La rédemption du Christ s'étend de fait aussi à la beauté, et voyons comment cela s'est produit.
« Puisqu'en effet le monde, par le moyen de la sagesse, n'a pas reconnu Dieu dans la sagesse de Dieu, c'est par la folie du message qu'il a plu à Dieu de sauver les croyants. » (1 Co 1, 21)Appliqué à la beauté, cela signifie : puisque par la beauté des créatures, l'homme n'a pas été capable de s'élever à la beauté du Créateur, Dieu a changé, pour ainsi dire, de méthode et a décidé de révéler sa beauté à travers l'ignominie et la difformité de la Croix et de la souffrance ; à travers son contraire (sub contraria specie), dirait Luther. L'atteinte de la beauté passe aussi désormais à travers le mystère pascal de la mort et de la résurrection.