
Extraits de la conférence de Roselyne Dupont-Roc
Comment écouter parler saint Paul ?
Une option de départ :
Paul, appelé à être apôtre, qui se dit serviteur (esclave ?) du Christ auprès des
païens, est d'abord un fondateur de communautés, et c'est toujours à des communautés qu'il
s'adresse dans ses lettres pour conforter, redresser, soutenir, et faire progresser ceux à qui il a annoncé
la bonne nouvelle de la résurrection, l'évangile d'une vie nouvelle en Christ ;
Mon option sera donc la
suivante : écouter parler Paul, c'est l'écouter parler en communauté, en tant que nous sommes des
chrétiens rassemblés en Eglise, appelés à former un corps qui, nous dit Paul, est le corps
même du Christ.
A partir des éléments d'une enquête historique, les Actes présentent
une reconstruction théologique de la naissance des premières communautés et de la
mission.
En quoi peut-on dire que Paul est fondateur de communautés ou « églises » ?
Paul est le premier auteur chrétien
; la première lettre aux Thessaloniciens, écrite vers 49-50, est le premier écrit chrétien. Les
7 lettres de Paul sont écrites et envoyées entre 49 et 59, arrivée de Paul à Rome (où il
mourra vers 67). Aucun évangile n'est encore rédigé (le premier est très probablement Marc vers
70-75) ; et de fait Paul ne cite aucun évangile, mais on perçoit ici où là qu'il connaît
des traditions évangéliques et des enseignements de Jésus (transmis sous forme orale).
(...)
Pour Paul il n'y a d'autre fondement de toute communauté chrétienne que Jésus Christ
crucifié et ressuscité, et sur cet unique fondement établi par Dieu, chaque apôtre travaille
à rassembler et édifier des communautés, plantation et construction de Dieu (Co 3,5-
11).
Quels types de communautés Paul a-t-il fondées ?
Rencontrer Paul, c'est du même coup rencontrer des communautés
naissantes dans leurs premiers pas, leurs faux-pas et leur croissance.
Aussi Paul rassemble-t-il en appelant hommes et
femmes, juifs et grecs, esclaves et hommes libres indistinctement.
(...)
Mais, des crises, à Philippes, en
Galatie ou à Corinthe, affectent l'unité du groupe chrétien. Elles procèdent souvent d'une
recherche de garanties ou de protections vis-à-vis du salut annoncé en Jésus-Christ : les uns
recherchent des signes extérieurs (observances, adoption des coutumes juives, jusqu'à la circoncision), les
autres rêvent d'une sagesse supérieure qui les libère de toutes les contraintes du corps et de la
matière, les uns comme les autres se cherchent des leaders et des gourous, oubliant que c'est au nom du Christ seul
qu'ils ont été baptisés, oubliant que leur baptême est vie nouvelle entièrement
réconciliée avec Dieu et les hommes, vie animée, habitée, par l'Esprit du Christ.
(...)
En face de ces situations de crise, Paul ne répond pas par une conception toute faite de l'Eglise. Il n'a pas une
idée a priori de ce que doit être une communauté chrétienne, il ne met pas en place une
institution fortement structurée. Paul n'a qu'une seule référence, qu'un seul critère : le
Christ crucifié, qui a donné sa vie par amour et que Dieu a ressuscité, ce qu'il appelle « la
parole de la croix ». C'est le seul critère auquel il mesure sans cesse la vie des communautés :
vivent-elle à l'imitation du crucifié-ressuscité ? Lui portent-elles témoignage ? Et il n'y a
pas d'autre critère
A partir de là, Paul va répondre aux questions de façons
variées, en fonction des circonstances et des situations diverses.
(...)