
Après une enfance agitée mais heureuse, Henri Guérin connaît la solitude et parfois même le désespoir.
Il tombe malade et c'est huit mois d'immobilité complète. Il peint, dessine, écrit des poèmes. Puis il rencontre Dom Ephrem Socard de l'abbaye d'En Calcat qui lui propose l'apprentissage du vitrail et devient son premier maître.
Depuis 1955, Henri Guérin travaille en solitaire.
D'où vient votre passion pour la lumière ?
Les aurores et les couchants ont toujours eu beaucoup d'importance pour moi. Enfant, je m'échappais chaque fois que je pouvais, pour ne pas les manquer, j'étais fasciné. La forêt aussi m'attirait. La nature a été comme un deuxième maître pour moi ; elle m'a aidé à juger mes actes en vérité. Je pense que la beauté du monde existe dans le moindre petit caillou pour dire "Dieu est là".
Comment aimeriez-vous parler de votre art ?
On ne fait pas de l'art avec des intentions mais avec des actes. Cet art est un art appliqué au bâtiment. On doit rester fidèle à la plastique du monument, en respecter les proportions. On est serviteur d'un lieu. Il faut en accepter les contraintes. Gide a dit : "L'art naît de contraintes et meurt de libertés". Dès que l'on est en action, on est fondu dans l'instant. Le moment de l'acte rejoint le moment éternel, vous êtes hors du temps, votre être est vivant dans votre façon d'être et d'agir. Un jour, face à la beauté de la lumière, j'ai eu le sentiment d'entrer par effraction dans un instant d'éternité. L'art appartient à l'éternité comme le sourire appartient à l'âme.
Quand votre oeuvre et votre foi se rencontrent-elles ?
Mon maître, le Père Ephrem, répondait toujours instantanément à la cloche qui l'appelait à la prière. Au début cela m'agaçait un peu mais je l'accompagnais. Et là, je redécouvrais les psaumes, je me souvenais de la prière familiale. Je devenais plus vulnérable à la vraie beauté. Je découvrais la liturgie des chants grégoriens qui célébraient la Parole.
Quelle place prend la liturgie dans votre oeuvre ?
Vécue en vérité, la liturgie est expérience vitale, pastorale irremplaçable, catéchèse de grande ampleur. Elle se révèle pédagogie du pardon. Elle libère l'esprit par la louange et apaise le corps, en les unifiant l'un à l'autre. Elle m'a donné la Paix. Dans mon oeuvre elle a fécondé mon travail en m'initiant aux sources de la beauté, enfin elle m'a entraîné vers la simplicité.
Quand la liturgie intervient-elle ?
A Saint-Priest, on me demandait d'exprimer la paix. Or il y a neuf fenêtres. J'ai donc choisi les neuf versets du Magnificat : un par fenêtre. Dans le travail, j'ai un lieu, un vocable attribué à chacun des emplacements que je dois réaliser. Le vitrail est une para-liturgie. Il capte la lumière visible
qui préfigure la lumière invisible. Il y a une musique de la lumière.
Une interrogation ? Un doute ?
J'ai la foi; elle est sans ombre, je ne connais pas le doute. Même dans les moments de désespoir, je savais au fond de moi qu'un jour je serais heureux et que je donnerais du bonheur. Mais je me pose souvent la question : Est-ce que Dieu, quand nous le verrons, aura face humaine? Je repense à la parole du Christ : "qui m'a vu a vu le Père"alors je pense que oui.
Propos recueillis par M.M. Ganichot