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La foi en la Résurrection nous interdit de voir dans la mort une évasion de l'âme par rapport à son corps

La mort nous apparaît plutôt comme la découverte progressive de la silencieuse maîtrise du Christ sur la vie et la mort. Perdant notre propre pouvoir sur le monde, nous découvrons, en quelque sorte à l'état pur, la puissance souveraine du Christ qui nous relaie et qui nous investit.

C'est en ce sens que la mort est pour chacun de nous un chemin de Damas. Celui de saint Paul, on le sait, passe par la Syrie. Le nôtre passe par cette frontière où notre vie bascule dans la mort... c'est à cette frontière que s'accomplit pour nous la rencontre transformante du Christ. Renversé de son cheval par l'éblouissement que lui valut l'apparition de Jésus Christ ressuscité, saisi par une splendeur qu'il ne connaissait pas et qu'il estimait sans doute impossible, conquis par la singularité de Jésus qu'il appelle aussitôt son Seigneur, Paul a fait, dès la terre, l'expérience qui nous ouvre le ciel, c'est-à-dire la vie avec Dieu dans le Christ et l'Esprit.

Trop tardive chez nous pour donner les mêmes fruits d'histoire qu'elle a donnés chez Paul, la découverte que nous faisons de la gloire du Christ garde quand même des analogies éclairantes avec le chemin de Damas. C'est quand nous sommes désarçonnés de l'existence par la mort et comme anéantis par elle, que nous commençons de nous ouvrir vraiment à Celui que, jusqu'alors, nous n'avons guère cessé d'éviter sinon de contredire. Nous découvrons ainsi d'une manière irréfutable que Jésus est l'incomparable Seigneur. Le Christ était donc bien ce qu'il disait de lui: " la Voie, la Vérité et la Résurrection" ! Il n'existait personne au monde qui eût, en dehors de lui, " les paroles de la vie éternelle" ! Il était, en toute vérité, la lumière qui éclaire le monde et transforme en aube sans déclin la nuit où nous jette la mort !...

Saint Paul, après le chemin de Damas, était inconsolable d'avoir persécuté l'Église de son Dieu et de s'être comporté en ennemi du Christ; la rencontre du Christ qui marque la fin de notre histoire nous vaut la confusion sans borne d'avoir dédaigné Jésus Christ, ou, tout au moins, omis de l'aimer comme il méritait évidemment de l'être. Le sentiment du gâchis révolu nous envahit et nous retourne en un total désaveu de toutes nos misères. Ce désaveu est si profond qu'il atteint les racines les plus insoupçonnées de l'être. Il fait advenir la résurrection dans nos cœurs, en vertu d'un pouvoir et selon des rythmes et des durées dont les plus purs repentirs de l'existence peuvent nous suggérer l'ampleur et l'efficacité. Il nous prépare à entrer, purifiés et pour ainsi dire refondus, dans le Ressuscité, afin d'y vivre à tout jamais de la nouveauté de sa Vie.

L'Au-delà retrouvé

Gustave Mardelet p.107

Desclée éd.1998

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