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Rencontre avec soeur Marie-Angèle

Sœur Marie-Angèle, comment vit-on dans une léproserie ?
Normalement ! Lorsque je suis arrivée au centre d'Ambika, au sud de Madagascar, pour travailler avec Sœur Paul Guilloteau, j'étais préparée à voir des lépreux. Pour moi, comme tous ceux qui travaillent avec nous au centre, le lépreux est un malade comme un autre. La lèpre n'est pas une maladie hon-teuse, un sort jeté par un villageois, une punition de Dieu. Bien sûr, cette idée est encore dans les mentalités et certains malades se cachent de peur du regard de l'autre. Mais au centre, nous avons créé une école où un instituteur vient donner des cours d'alphabétisation, de couture, de catéchèse, d'éducation sanitaire. Cette école est ouverte à tous : aux malades bien sûr, pour occuper leur temps pendant leur traitement (qui dure de 6 mois à 1 an) mais aussi aux enfants des malades, aux enfants du personnel, aux villageois alentour. Tout ce petit monde qui cohabite est pour nous trèsimportant pour faire changer les mentalités. Bien sûr, des précautions d'hygiène sont prises mais nous vivons tous ensemble normalement. La lèpre est une maladie qui se soigne et dont on guérit.

Pourtant, il y a toujours des malades, pourquoi ?
Aujourd'hui la pol-chimiothérapie (PCT), qui est une association de trois antibiotiques, tue le bacille de la lèpre et guérit définitivement le malade. Mais, faute de vaccin, on n'a toujours pas réussi à stopper la chaîne de transmission du bacille dans la population. Le traitement n'est pas contraignant, mais si le malade l'arrête avant la guérison définitive, il reste contagieux.
Le travail qui reste est encore immense car trop de lépreux « cachés » échappent encore à la détection. Il faut des moyens en hommes et en matériel pour aller loin dans la brousse faire un dépis-tage systématique, pour aller informer tous les villages des règles d'hygiène les plus élémentaires ; il faut de l'argent pour acheter des repas nutritifs car la pauvreté alimentaire rend les gens très sensibles aux infections et donc au bacille de la lèpre. Tant qu'il restera un seul malade non traité, la contagion est telle que la lèpre peut repartir à tout instant, d'où l'utilité du dépistage précoce, du diagnostic sûr et de la mise immédiate sous traitement. La pauvreté, l'ignorance, l'isolement entravent la lutte contre la lèpre qui continue de se propager, mais l'argent récolté grâce aux quêtes organisées chaque année, nous aide à éradiquer définitivement la lèpre.

 

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