#191 « Je ne vous appelle plus serviteur, je vous appelle mes amis ! »

Il y a quelques jours me fut donnée la joie de célébrer deux messes dominicales dans le Perche, la partie septentrionale de notre diocèse rural. C’est une jolie région avec de grandes forêts où le brame du cerf était audible dès le crépuscule. L’évangile parlait du disciple. Nous sentons-nous disciples de Jésus ? Ce mot désigne les hommes et les femmes qui entourent Jésus durant sa vie publique, parmi lesquels il choisit ses douze apôtres. Saint Luc parle d’un « grand nombre de disciples ». Ils aimaient l’entendre. En effet, il leur parlait avec autorité. Comment comprendre cela ? Ses enseignements étaient nouveaux pour eux et Jésus les proposait avec un regard pour chacun, une tendresse pour les blessés de la vie, une délicatesse pour les malades. Aussi tous venaient à lui pour se faire guérir et pour être simplement en sa présence. L’amour est attirant. Jésus était un homme doux, bon et miséricordieux. Pourtant lorsqu’il dévoile sa passion et sa mort prochaine, ils ne comprennent pas. Quand il leur demande de manger son corps, ils sont choqués. Beaucoup de disciples repartent alors vers leurs villages, loin de lui. « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » (Jn 6, 60)

Jusqu’où le disciple doit-il s’offrir à Jésus ? Être disciple de Jésus était-il plus facile de son vivant que maintenant ? Ce n’est pas sûr puisque ce groupe se retrouvait à la marge des coutumes juives et romaines, cheminant hors des sentiers habituels, annonçant un royaume nouveau. Ils étaient considérés comme des marginaux par l’autorité policière et religieuse. Leur vie pouvait être menacée à l’instar de celle de Jean le Baptiste qui fut décapité sur ordre d’Hérode.

Dans ses propos, Jésus a donné des conditions pour être son disciple : « le préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie », « porter sa croix pour marcher à sa suite », « renoncer à tout ce qui lui appartient » (Cf. Lc 14) Est-ce possible d’être disciple pour ceux qui ont une famille, qui peinent à accepter la croix, qui possèdent des biens comme une maison ? Notons que préférer Dieu découle du premier commandement qui demande d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force et de tout son esprit. Il y a une primauté, donc une préférence pour Dieu. Cela ne signifie pas que nous ne devons pas aimer nos proches. Porter notre croix ne veut pas dire que Jésus en impose de nouvelles. Nos vies sont traversées par des croix : maladie, décès, violence, tensions sociales, catastrophes naturelles, etc. La foi ne nous fait pas échapper aux circonstances. Cependant, la foi en Dieu permet de vivre ces épreuves non pas seul mais avec lui. Il accompagne nos pas, il nous guide et nous communique sa paix. Il est donc bien préférable de porter sa croix à la suite de Jésus que seul. Enfin, les biens que nous avons pour vivre et pour offrir aux enfants un cadre de vie éducatif sont une bonne chose. Le renoncement demandé par Jésus concerne nos instincts, surtout celui de la possession souvent obsessionnelle qui nous pousse à gagner plus, à thésauriser, à garder ces biens pour soi seul. Si nous sommes de passage dans cette vie avant la vie éternelle qui arrivera bientôt, nous cherchons à vivre en mettant au service des autres personnes ces biens qui nous sont confiés. Je pense à ce couple dont les enfants ont quitté la maison familiale et qui y aménage un logement indépendant pour accueillir et loger une personne en précarité.

Le pape François a marqué notre Église par des expressions originales, dont une des plus fameuses est « tout baptisé est un disciple-missionnaire ». En cette rentrée pastorale, n’est-il pas nécessaire de s’interroger personnellement pour discerner ce que cette réalité implique pour soi ? Le pape dit que dorénavant aucun baptisé ne peut séparer les mots disciple et missionnaire. Ceci exclut le choix entre l’un et l’autre. Tout baptisé est disciple et missionnaire. Le disciple de Jésus se met à l’écoute du maître et il le suit. Il nourrit son cœur et son intelligence par sa prière, par la méditation de la Bible et particulièrement les évangiles. Le disciple devient missionnaire lorsque le salut des hommes et des femmes qu’il côtoie lui importe, voire l’inquiète. Il s’interroge : qui peut être sauvé ? La question, si elle est posée en vérité, le trouble. Certains ne seraient-ils pas sauvés ? À plusieurs reprises, Jésus nous prévient contre toute présomption d’un paradis pour tous, le salut est donné par Jésus mais il exige notre adhésion et notre conversion. Saint Paul désigne précisément ceux qui ne peuvent pas hériter du Royaume des cieux (cf. 1Co 6). Parce que la question du salut est sérieuse, notre vocation missionnaire est sérieuse. Dans la société actuelle si inquiète, il est urgent que chaque catholique le comprenne et s’inquiète du sort des autres. À qui parler de Jésus ? Avec qui prier ? Qui accueillir dans notre communauté ? Certes, nous comprenons qu’être disciple n’est pas aisé. Pourtant c’est un bel appel ! Quelle grâce d’annoncer la bonne nouvelle. Quelle joie d’être saisi par Jésus-Christ pour être envoyé vers les hommes de ce temps. Osons et laissons la providence divine nous offrir des opportunités de rencontres pour parler de Jésus.

Pour vous révéler un fait personnel, j’écris ces lignes entre ciel et terre et à droite, par le hublot de l’avion qui me mène à Rome au congrès sur la catéchèse, il y a un magnifique soleil descendant qui illumine une mer de nuages, tous si différents. J’ai aperçu comme un promontoire blanc et ouaté, très haut vers l’azur, j’ai cherché à y voir un ange tellement il eut été bon de s’y reposer. Là, je me dis que les aviateurs ont bien de la chance de profiter de ces vues jamais pareilles et incroyables. Je me dis aussi que si les hommes pouvaient goûter cette joie et cette beauté, comprendre que tout est don de Dieu, alors peut-être cesseraient-ils de faire la guerre ? La beauté élève l’âme.

Le chrétien sera réellement disciple s’il est un contemplatif. Plus il prie, plus il se plonge dans le silence et l’adoration, plus il abandonne ses propres pensées pour permettre à l’Esprit de lui souffler quelques mots encourageants, alors plus sa foi croît et plus sa joie de demeurer ainsi dans ce cœur à cœur est pérenne. Certes, notre tempérament nous porte souvent vers l’action. Nous aimons réaliser des projets, rendre des services, apporter notre aide. N’opposons pas prière et action. Les deux composantes de la vie de foi nous concernent. Comprenons que l’adoration est une grande œuvre, que nous nous enrichissons en méditant et en ruminant la parole. Là surgiront quelques bonnes intuitions pour la mission. Quelle sera la part de notre temps que nous y consacrerons en cette année ? Peu à peu, nous comprendrons ce qu’est l’amitié que Jésus nous offre, cet amour réciproque que Dieu nous transmet. Disciple, missionnaire et ami, voilà notre vocation merveilleuse pour tendre vers la sainteté.

À Chartres, il serait tellement heureux de trouver un lieu pour que tous viennent y adorer au long du jour, voire la nuit. Un local aisément accessible au public, pourquoi pas un magasin ou un grand garage à transformer en chapelle, simple, lumineux et beau. Auriez-vous une idée ? Ce serait comme un havre pour s’y poser à tour de rôle et trouver la paix. Pouvez-vous prier pour qu’une solution advienne ?

Je vous laisse prier un instant. N’hésitez surtout pas à vous arrêter dans l’église de votre village, Jésus et tous les saints vous y attendent. Formons cette chaîne de prière fraternelle.

Prions ensemble maintenant :

Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. 

Je Vous demande pardon pour tous ceux qui ne croient pas, 

qui n’adorent pas, qui n’espèrent pas et qui ne Vous aiment pas.

 

Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint Esprit, 

je Vous adore profondément et je Vous offre les Très Précieux Corps, 

Sang, Âme et Divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, 

présent dans tous les tabernacles du monde, 

en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences 

par lesquels Il est Lui-même offensé. 

Par les mérites infinis du Cœur Sacré et du Cœur Immaculé de Marie, 

je Vous demande la conversion des pauvres pécheurs. 

 

Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, 

préservez-nous du feu de l’enfer, 

et conduisez au Ciel toutes les âmes, 

surtout celles qui ont le plus besoin de votre sainte miséricorde.  

Amen

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