Aimer en vérité dans la société

Poursuivant sa réflexion à partir du mystère de la Charité, le pape Benoît XVI nous propose sa troisième encyclique, « Caritas in veritate », « l’amour en vérité » ou « l’amour dans la vérité ».

Cette encyclique sociale nous interroge sur notre amour personnel et social, car

« un christianisme de charité sans vérité risque de n’être qu’un catalogue de bons sentiments, utiles pour la vie sociale mais marginaux ».

Notre amour est-il concret ? est-il inscrit dans la vie sociale ? est-il dans la vérité ? intègre-t-il ces deux critères de l’action morale que sont la justice et le souci du bien commun ? intègre-t-il une vision de la vérité de l’homme et de la création nécessaire au «développement humain intégral », de tout l’homme, c’est-à-dire qui concerne la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions, et de tous les hommes, c’est-à-dire qui prend en compte l’ensemble de la famille humaine ?

Poursuivant la réflexion du concile Vatican II et du pape Paul VI, pour qui « celui qui est animé d’une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la combattre, à la vaincre résolument », Benoît XVI prend en compte, en ce début du XXIe siècle, l’interdépendance planétaire et l’unité de la famille humaine. Il aborde les différents défis auxquels nous sommes confrontés : l’économie et sa régulation, les placements financiers, le pouvoir politique, l’organisation du travail, la gestion des ressources naturelles, le fléau de la faim, la mondialisation, la gouvernance mondiale, les nouvelles techniques… et il propose un discernement éthique afin d’assurer un développement humain intégral, porteur d’une valeur plus humaine
et plus humanisante. Car pour Benoît XVI, les solutions aux défis ne sont pas seulement d’ordre technique ou économique, mais aussi d’ordre éthique. Il nous stimule à la réflexion personnelle, politique et sociale, ainsi qu’à l’exercice d’un jugement moral dans tous les domaines de l’activité humaine, en référence au sens de la destinée de la vie humaine.

L’encyclique est un véritable plaidoyer pour affronter en vérité les questions structurelles de notre vie en société, de nos modèles de croissance et de développement, ainsi que de nos modes de
vie. Elle nous invite à mettre les questions éthiques et les questions sociales au cœur de notre agir humain en société et à ne pas nous contenter de nous les poser uniquement quand il s’agit de corriger des excès ou de trop grandes inégalités. Elle nous invite aussi à ne jamais perdre de vue la question du sens de l’action personnelle et collective avec ces deux critères que sont la justice et le bien commun, pour évaluer ce qui est conforme à un développement vraiment humain.

Si la lecture du texte n’est pas toujours facile, et si beaucoup de nos contemporains ont l’impression de ne pas pouvoir faire grande chose devant l’énorme complexité de la vie en société, nous
pouvons y percevoir un véritable message d’Espérance en l’agir humain, comme l’affirmait le cardinal André Vingt-Trois en présentant l’encyclique : « L’humanité a la mission et les moyens de maîtriser le monde dans lequel nous vivons. Non seulement elle n’est pas soumise à une fatalité, mais encore elle peut transformer ce monde en agissant sur les événements ou leurs conséquences, et elle peut faire progresser la justice et l’amour dans les relations humaines, y compris dans le domaine social et économique, et même dans une période de crise comme celle que nous connaissons. »

✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres

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