Carmel : au cœur de l’histoire

Messe d’action de grâce pour le Carmel avant son départ : 23 avril à 18h à la cathédrale

Un nouveau chapitre à l’histoire mouvementée du Carmel de Chartres.Samedi 23 avril à 18h à la cathédrale de Chartres, mgr Pansard présidera la messe d’action de grâce pour la présence des carmélites sur le diocèse pendant près de 400 ans. RV à 18h pour entourer la communauté des sœurs avant que le Carmel ne ferme ses portes.

Le Carmel de Chartres : une histoire mouvementée …

(article paru sur le site du carmel de Chartres)

Carmel de Chartres au coeur de l'histoireThérèse d’Avila inaugure la réforme du Carmel, en Espagne, le 24 août 1562. Dès 1604 les premières carmélites arrivent en France au couvent de St Denis à Paris. Sans tarder, la ville de Chartres, connue pour sa particulière dévotion à la Vierge Marie, suscite le désir d’y installer ces nouvelles venues, dites de “l’Ordre de Notre Dame du Mont Carmel”.

Ce projet, quoique vivement encouragé par le Cardinal de Bérulle, rencontre de nombreux obstacles. Il faut les instances de Marie de Médicis pour obtenir, en 1619, une approbation.

Le 14 juin 1620 arrive la première prieure, mère Geneviève, 3ème fille de la bien connue Mme Acarie (famille d’origine chartraine), accompagnée de 6 sœurs du Carmel de Paris.

Elles sont reçues, nous disent les chroniques, “par ces Messieurs du Chapitre et conduites à la chapelle sous terre pour y entendre la messe, puis seulement après, à l’Église supérieure, avant d’aller s’enfermer dans une petite maison rue St Pierre à l’angle de la rue du Chêne Doré”.

Ce local provisoire est bientôt abandonné pour une maison de la rue des Lisses proche de la Cathédrale. Nouvelle habitation guère plus confortable que la précédente. La maison est si pauvre et si petite que les “cellules” mal fermées sont exposées à la neige, la pluie et toutes les intempéries ! Les religieuses s’en accommodèrent cependant durant 43 ans. On pouvait y vivre la vie régulière, c’était pour elles l’essentiel. Ce fut, disent les annales, un temps de grande joie et consolation intérieures…

Il fallait cependant chercher à s’agrandir par l’adjonction de bâtiments avoisinants inhabités, mais les propriétaires (Chevaliers de Malte et Jacobins) suscitaient bien des difficultés. En 1659 seulement il fut possible d’acquérir une partie de ce domaine proche du Carmel.

Un monastère, oui un vrai !

Carmel de Chartres au coeur de l'histoireLes constructions débutèrent en 1660 pour s’achever en 1668 grâce à de nombreux bienfaiteurs et de multiples aides reconnues comme vraiment Providentielles !

Les années passent. Après les difficultés des commencements, il reste aux carmélites à vivre dans la paix et la prière leur existence toute vouée à Dieu pour l’Église et le monde.

La révolution !

Hélas, nous voici au 25 février 1791. “Le monde est en feu” dirait Thérèse d’Avila. Les carmélites ne sont pas épargnées!

Sans plus tarder, les citoyens municipaux pénètrent dans le monastère et font comparaître les religieuses pour leur déclarer que l’Assemblée Nationale ayant aboli les vœux religieux en France, elles avaient à faire savoir si elles désiraient profiter de la liberté qui leur était rendue ou demeurer dans leur communauté. À l’unanimité les sœurs optent pour leur vie en communauté.

L’année suivante, nouvelle visite officielle avec inventaire de tout ce que contient le couvent. La Prieure est emmenée à Rambouillet pour y être guillotinée ! Les sœurs sont emprisonnées dans leur propre maison, pèle mêle avec la foule de tous les “suspects”.

… La veille du jour destiné à l’exécution des captifs de Rambouillet, eut lieu la chute de Robespierre. Chacun retrouve sa liberté mais il faut quitter l’habit religieux et se disperser. Clandestinement quelques-unes parviennent à se réunir de temps en temps, mais ce n’est qu’en 1802, après le Concordat que la communauté se regroupe autour de sa prieure.

Repartir à zéro

En 1812, la petite communauté réduite à la plus extrême pauvreté, occupe, rue de Beauvais, une partie de l’ancienne Visitation. L’installation très défectueuse, le voisinage malveillant, l’atmosphère peu salubre et le bruit obligent à prendre, sans attendre plus, le parti de s’éloigner.

Rue des Jubelines

carmel de Chartres au coeur de l'histoireEn juillet 1834, la découverte d’une propriété en dehors de la ville comprenant un vieux logis, des jardins de grande étendue, rue des Jubelines, permet d’envisager à nouveau la construction d’un monastère.

La première pierre est posée le 14 mars 1835 et le 4 juin 1836 les religieuses entrent dans les bâtiments. C’était plus tôt que prévu à cause de l’embrasement sinistre de la Cathédrale, un incendie tel que l’on craignit pour la ville…

À cette époque la rue des Jubelines est retirée et solitaire, hors des remparts. Mais bientôt l’établissement de la voie ferrée vers Paris nécessite deux expropriations. Les bâtiments ne sont pas atteints mais ce n’est évidemment plus le silence et la solitude tant recherchés. Voilà pourquoi, dès que possible on fit élever de grands murs de clôture !

Une question ?

Qu’est devenu le premier monastère quitté à la Révolution ? Après améliorations et modifications pour les besoins de la cause, il devient “la prison départementale”! Impressionnante comparaison ou plutôt parallèle suggestif !

Expulsion, la loi de 1901

La loi d’expulsion oblige une fois de plus les religieuses à partir. Elles cherchèrent refuge comme beaucoup d’autres communautés, en Hollande, et après bien des péripéties, trouvent asile à Berghem op Zoom. C’est là qu’en 1903 elles inauguraient un nouveau Carmel. Des jeunes filles les rejoignent : françaises, hollandaises, belges, luxembourgeoises et allemandes. Beau témoignage dans ce milieu cosmopolite, car, nous dit-on, ” la charité arrivait toujours à se faire comprendre”.

1914 ! Nouvelle calamité.

Difficultés et privations…Isolement, guère d’informations exactes…Seule la relation avec Chartres demeurait grâce à l’envoi de pain d’autel. Les sœurs savent que des amis prennent soin de leurs affaires. Le monastère est occupé par un orphelinat et ensuite par le Séminaire.

Le Carmel de Hollande prospère…

20 ans d’exil durant lesquels le Carmel s’augmente de telle manière qu’il est temps de penser à essaimer. Par ailleurs bien des communautés regagnaient la France grâce à la détente amenée par l’armistice de 1918. C’est ainsi que le 31 Mai 1921, un groupe de 9 carmélites rentrent à Chartres où elles retrouvèrent, à la joie de tous, leur monastère qui leur est restitué.

Quelques années de paix ! Déjà 4 postulantes étaient entrées et d’autres jeunes filles viennent bientôt se joindre à la communauté.

Mais, voilà 1939 !

Encore la guerre et ses terribles conséquences. Les Carmélites reçoivent l’ordre de quitter les lieux en raison des dangers imminents. Un groupe trouve refuge au Carmel d’Albi, les autres à Poitiers. Quelques mois plus tard toutes peuvent revenir pour vivre ensemble les années difficiles de la guerre dans leur monastère. Au moment de la libération, le carmel, sollicité par les autorités municipales, ouvre ses portes aux habitants du quartier. Les voisins viennent s’y réfugier espérant y trouver un peu plus de sécurité, et en tout cas un gîte.

Occasion pour beaucoup de découvrir un peu de la vie de ces carmélites cachées derrière leurs grands murs !

La vie de prière et de travail reprend son rythme. Les bâtiments avaient subi bien des dégâts, il faut y pourvoir, en s’efforçant de gagner le pain quotidien. Chacune y va de ses talents et plus encore de son désir de “servir”, sans jamais oublier que “l’oraison doit être comme le ciment de la maison” (Th. d’Avila).

Missionnaire

carmel de Chartres au coeur de l'histoireToute carmélite nourrit en son cœur de façon très actuelle le souci de la mission telle Thérèse de l’Enfant Jésus devenue “patronne des missions” sans quitter son cloître. Mais il peut être demandé à l’une ou l’autre de porter au loin la semence du Carmel.
C’est ainsi qu’en 1956, la communauté laisse partir Sœur Élisabeth pour la fondation du Carmel de Fianarantsoa à Madagascar.

… L’histoire, cependant ne s’arrête pas là, et le pourrait-elle ?

La Vie pousse en avant. Les carmélites sont, elles aussi engagées dans l’aujourd’hui de la société et de ses conditions.

Exigences matérielles, exigences d’une liturgie renouvelée plus accessible à une participation des fidèles, exigences de silence et de retrait, tout cela amène la communauté à envisager la nécessité d’un transfert.

Après recherche d’un lieu propice, le choix s’arrête à la commune de Lèves dans un beau site de verdure. Il y a possibilité d’y construire un modeste monastère. Celui-ci se voudrait en harmonie avec les quelques habitations environnantes. L’entrée, qui donne sur Champhol, est d’un accès facile.

Les sœurs s’y installent en octobre 1979.

Le 27 avril 1980 Monseigneur Kuëhn bénit la chapelle et les locaux du nouveau Carmel lors d’une cérémonie solennelle qui rassemble prêtres et amis de la communauté. La chapelle, belle et moderne, laisse pénétrer la lumière à travers ses grandes baies vitrées derrière lesquelles on voit buissons fleuris et chênes majestueux ! Elle invite au recueillement et à la prière que les carmélites partagent volontiers avec ceux qui le désirent.

S’unir pour mieux “Vivre”

Depuis les années 84, comme beaucoup de communautés religieuses en Occident, des Carmels ferment et s’unissent pour fortifier d’autres communautés. C’est ainsi que l’une ou l’autre sœur arrive à Champhol, et en 95, plusieurs du Carmel de Tours (Carmel fondé en 1608 par Anne de St Barthélemy, compagne de Ste Thérèse).

 

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