Le dialogue islamo-chrétien à la peine

Entre tensions et instrumentalisations, les relations ne sont pas au beau fixe. Mais, alors que le ramadan débute, les attentes sont plus fortes que jamais.

La visite historique au Vatican du grand imam d’al-Azhar, Ahmed el-Tayeb, le 23 mai, est-elle le sourire qui cache la morosité ? Sans minimiser le geste – et la reprise des relations officielles entre la mosquée phare de l’islam sunnite, située au Caire (Égypte), et le Saint-Siège -, le dialogue islamo-chrétien traverse une période difficile, en tout cas en France. Le constat émane, entre autres, des autorités catholiques du pays, qui ont organisé deux journées d’étude au titre limpide : « Quand le dialogue interreligieux se fait difficile ». À Lyon et à Paris, les 11 et 12 mai, l’islam était dans tous les esprits. Ouvrant ces travaux, Michel Dubost, évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes, qui préside le Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux à la Conférence des évêques de France, a dressé un tableau moyennement optimiste, rappelant que nombre de Français« refusent les migrations, ont peur de leurs banlieues où se trouvent bien des musulmans ». …

… Les évêques ont consacré plusieurs séances en assemblée plénière à discuter de leurs visions, plurielles, du dialogue avec les musulmans. « Un groupe, minoritaire, exprime sa peur et sa conviction que l’islam est violent et ne respecte pas nos valeurs », reconnaît Vincent Feroldi, qui constate toutefois depuis peu « une décrispation ». Les tensions ne sont pas une exclusivité du monde catholique. Ainsi Sibylle Klumpp regrette l’action de certains chrétiens évangéliques « qui voient dans chaque musulman uniquement une personne qui n’a pas encore découvert Jésus-Christ ».

Côté musulmans, on sent aussi une frilosité à discuter de certains sujets. « Quand on aborde les visions différentes des personnes de Jésus et de Marie dans la Bible ou le Coran, ça coince un peu », confie Alain Paillard, prêtre, président du Cerdi (Centre de rencontres et de dialogue interreligieux), à Angers. Si le directeur du SNRM reconnaît qu’il n’est « pas optimiste à court terme », il voit poindre des lueurs d’espoir. La session d’initiation à l’islam que son service organise du 7 au 11 juillet 2016 à Orsay risque de refuser du monde, ce qui ne fut pas toujours le cas. Les débats publics, notamment les soirées « à deux voix », affichent complet depuis les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, survenus au lendemain de l’ouverture de la traditionnelle Semaine de rencontres islamo-chrétiennes (Seric).

« Le dialogue interreligieux est un dialogue intercitoyen », affirme Philippe Gaudin, qui préside la Commission des relations avec l’islam de la Fédération protestante de France. « On ne rencontre jamais l’islam, mais un musulman, avec son histoire personnelle, liée à un pays, un courant »,abonde Vincent Feroldi.

Extraits du journal La Vie n°3692

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