Dieu se fait Dieu avec nous

Nous venons de célébrer la fête de la Nativité de Dieu en notre chair. Ce n’était pas seulement quelques jours ou quelques heures de lumières et de paillètes dans la grisaille de l’hiver, dans la morosité et l’inquiétude que beaucoup de nos contemporains ressentent en premier lieu pour eux-mêmes et leur proches, pour leur travail, leur entreprise, pour l’avenir, pour vite tout solder et retrouver la réalité une fois la fête terminée.
Nous avons tous besoin de temps de fête dans nos vies à l’occasion de moments importants qui éclairent nos vies en nous replaçant devant l’enjeu et le relief de nos vies. Le temps de l’Avent nous a invités à relever la tête et vivre d’espérance et retrouver l’horizon de notre marche. Noël nous invite à accueillir Dieu faisant tout le chemin pour nous rejoindre. Dieu s’engageant, Dieu se donnant, Dieu se risquant dans le monde, dans le temps, dans notre histoire, dans l’humanité. Emmanuel, Dieu avec nous. L’incarnation de Dieu en Jésus est destinée à « nous enseigner à vivre dans le monde » comme l’évoque l’apôtre Paul.
Quelle est donc la grande leçon de Noël ?
Dans la lumière et la gloire de Dieu nous avons entendu le chœur des anges chanter la paix pour les hommes aimés de Dieu, mais par trois fois l’évangéliste Luc a attiré notre attention sur l’humble signe d’ « un nouveau né emmailloté et couché dans une mangeoire ». Le signe de la venue de Dieu en notre humanité est simple et pauvre, un enfant à qui est refusée l’hospitalité, une humanité pauvre et fragile comme un enfant. C’est lui l’icône véritable du Dieu invisible qui se révèle non dans la puissance ou le succès médiatique mais dans l’humble commencement d’une vie d’homme sur la terre et qui se déploie en service d’une communion et d’une alliance renouvelée avec Dieu et avec les autres, un service d’une réconciliation, d’une fraternité et d’une vie plus forte que la mort. Saint Pierre commence son catéchisme au centurion Corneille en résumant l’activité de Jésus par cette simple phrase : « Il passait en faisant le bien » (Actes 10, 38).
Là est la vérité et la joie de Noël: Jésus, Dieu avec nous, Dieu pauvre avec nous pour que nous devenions et vivions ce que nos sommes des enfants de Dieu, des frères et sœurs faisant le bien. En dilatant dans l’ordinaire et le quotidien de nos vies d’homme et de femme la joie avec laquelle Dieu se fait Dieu avec nous et non pas contre nous nous appelant à vivre de sa vie.
« La gloire de Dieu c’est l’homme vivant et la vie de l’homme c’est la vision de Dieu » disait St Irénée de Lyon au 2° siècle. Là est la vérité et la joie de Noël, ne pas cacher ou nier la pauvreté nue du nouveau né qui est le Seigneur, le regarder Lui pour mener nos vies. En lui, Dieu révèle le véritable poids, la gloire de nos humbles vies d’hommes et de femmes, nos vies ordinaires et apparemment sans importance. Il nous entraîne sur le chemin du partage où chacun se remet à l’autre, celui de l’alliance où chacun se réjouit des dons d’autrui comme une promesse de surabondance, celui de la vérité où chacun tient parole, celui de l’effacement où chacun place l’autre plus haut que soi. Chemin à l’opposé de la superbe où chacun se veut plus grand que les autres, du mensonge où chacun se cache à lui-même la perversion de son regard, de la jalousie où chacun prend la présence de l’autre pour une menace, de la violence où chacun cherche à dominer.
Au moment où commence une année nouvelle, qu’est ce qui donne vraiment du poids, de la joie, du bonheur à nos vies? Qu’est-ce qui est vraiment humain ? Divin ?
Et si la fête de Noël nous était donnée pour Le retrouver et nous enseigner à vivre dans le monde !

Dans la joie de Noël, Bonne et Heureuse Année.

✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres

(paru dans Église En Eure Et loir n°146-Janvier 2010)

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