Franz Stock son histoire

Franz Stock : une âme sacerdotale au cœur de la Nuit –

Un article de Karine Delamaire paru dans Église en Eure et Loire n°183 (2013)

 Il y a 50 ans, l’église de Rechèvres recevait la dépouille de l’Abbé Stock, jusque-là ignorée au cimetière de Thiais (94). En 1998, René Monory, président du Sénat, et Helmut Kohl, chancelier allemand, assistent à Chartres à une cérémonie en l’honneur de l’Abbé, né en 1904 en Allemagne et mort à Paris en 1948. Qui est donc Franz Stock pour susciter un tel respect de la part de deux nations et de l’Église ? En découvrant cette vie consacrée qui a agi sans relâche pour que la Paix règne entre les enfants du Père, on ne peut que rendre grâce pour toutes les âmes sacerdotales que le Seigneur donne à son Église !

Franz Stock Providence des prisonniers, des condamnés et de leurs familles.

Pour comprendre Franz Stock, il faut garder en mémoire deux points qui l’ont aidé à se construire au cours de ses études de théologie. Son engagement dans de nombreuses conférences internationales liant Paix et Jeunesse et ses études à l’Institut Catholique de Paris où il découvre et approfondit la culture et la spiritualité de l’Église française.

Sa manière de vivre très concrètement son engagement de chrétien et de prêtre, est bouleversante. Au cœur de l’horreur et de la haine des années Quarante, il se proposera pour être aumônier volontaire des prisons de Paris, soupçonnant que c’est là qu’il pourrait aider au mieux ses amis français. Fresnes, La Santé et Cherche-Midi, des noms de prison douloureux pour des milliers de familles de résistants et d’otages pris en représailles aux actions de sabotage de la Résistance. L’autorité militaire allemande accepte sa proposition, mais veut lui imposer le port de l’uniforme allemand. L’Abbé Stock refuse énergiquement. Il garde la soutane des prêtres français afin d’être plus proche de ses malheureux paroissiens enfermés dans les cellules.

L’archange de l’Enfer

franz stock prisonsDe 1941 à 1944, il y aura là environ 11 000 captifs. Baptême d’adultes, premières communions, confessions nombreuses se succèdent dans cet enfer carcéral et il obtient des chrétiens et même des incroyants qu’ils meurent sans haine. Il faut avoir lu son journal, écrit de fin janvier 1942 à la Libération, pour se faire une idée approchante de sa vie exténuante et vraiment crucifiante. Très vite, en effet, les exécutions doivent se succéder, parfois matin et soir. Il lui arrive de passer la dernière nuit avant l’exécution avec un condamné afin de lui apporter le réconfort d’une amitié. Il est celui qui adoucit la dureté des hommes et redonne l’Espérance. Il se dit ébloui par toutes les richesses cachées au fond des âmes françaises.

Il pourrait s’arrêter là, mais sa charité l’emporte plus loin, jusqu’à la zone dangereuse de l’illégalité. Il prévient des familles de prisonniers. Il porte des nouvelles, des indications, des avertissements et des conseils. Il a l’art de se faire comprendre à demi-mot, de s’avancer sans trop se compromettre. Il sauve ainsi de nombreuses vies, presque sans en avoir l’air. Il joue ce rôle avec une extrême habileté, témoignent les survivants. Sa vie harassante lui fatigue le cœur.  On lui ordonne un repos complet et immédiat, mais il n’arrête pas un instant. Il se sait en effet tout juste toléré par la Gestapo qui guette le moindre faux pas pour l’empêcher de continuer auprès des prisonniers. Comment les laisser seuls ?

Préparer la Paix en étant prisonnier de guerre

En 1944, lors de la Libération de Paris, Franz Stock, épuisé, se trouve à l’hôpital de la Pitié. Il préfère pourtant rester avec ses 600 compatriotes intransportables plutôt que de rentrer en Allemagne. Il devient donc volontairement prisonnier de guerre des américains et est envoyé dans le camp de Cherbourg. En 1945, afin d’éviter aux vocations allemandes de se briser dans l’atmosphère démoralisante des camps, on propose à l’abbé Stock de former sur un même site tous les théologiens allemands prisonniers en France. Le Lieutenant-colonel Gourut accepte d’emblée de recevoir dans son camp de prisonniers de guerre d’Orléans puis de Chartres ce « séminaire des Barbelés ». Boue, froid, promiscuité, absence d’eau courante, les conditions de vie sont difficiles et épuisantes.

Le séminaire des Barbelés : une pêche miraculeuseséminaire des Barbelés

L’abbé Stock sera un père spirituel hors du commun, rayonnant de charité et de vie intérieure. Il puise ses forces dans une prière de plus en plus intense. Rien ne semble atteindre le moral des troupes. C’est dire la force d’âme, la qualité de fraternité et de don de soi qui les anime. Et quelle fécondité spirituelle ! Ce séminaire formera 947 étudiants, dont 630 devinrent prêtres et 4 évêques. Mgr Roncalli, futur pape Jean XXIII, viendra fréquemment les visiter et ordonnera certains d’entre eux. Il soulignera à quel point ce séminaire de Chartres fait honneur aussi bien à la France qu’à l’Allemagne, et qu’il est bien apte à devenir un symbole de l’entendement et de la réconciliation. 

Du soldat inconnu au pionnier de l’Amitié franco-allemande.

En juin 1947, le Séminaire est dissout. Le 24 février 1948, exténué, l’abbé Stock décède brusquement à l’hôpital Cochin à Paris, âgé de 43 ans. Il sera enterré le 28 février 1948 dans un complet dénuement. Considéré encore comme prisonnier de guerre, sa famille n’eut pas le droit de venir, et nul hommage ne devait être rendu à cet homme de Paix. Apprenant à temps son décès, Mgr Roncalli, sans tenir compte des prudences officielles, assista aux obsèques et au nom de l’Église rendit à l’abbé Stock l’hommage que la France n’osait alors lui rendre en affirmant :

« Franz Stock, dit-il, ce n’est pas un nom, c’est un programme ! »

Le 3 juillet 1949, les anciens résistants français rendront hommage à Franz Stock au cours d’une cérémonie commémorative publique au Dôme des Invalides.

Karine Delamaire

 

Le mois prochain : Pourquoi Rechèvres ?

Bibliographie :

  • Raymond Loonbeek, Franz Stock (1904-1948) : La fraternité universelle, Desclée de Brouwer, Paris, 1989, 345 pages ; réédité Salvator, 2007
  • René Closset, Franz Stock, aumônier de l’enfer, éd. Fayard, coll. « le Sarment », 1998 300 pages
  • Pour les jeunes (dès 9-10 ans) : Ludovic Lécuru, L’abbé Franz Stock : Sentinelle de la paix, Téqui, 2003, 157 pages.
  • Erich Kock, L’Abbé Franz Stock, Tournai, 1966, 249 pages (traduit de Zwischen den Fronten, der Priester Franz Stock).

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