Fratelli Tutti

L’encyclique Fratelli Tutti, en détail.

L’encyclique, Fratelli tutti, « Tous frères » du pape François a été signée le samedi 3 octobre 2020 à Assise, ville de Saint-François. Cette encyclique est un texte majeur qui porte le thème de la fraternité et de l’amitié sociale. Après Lumen Fidei en 2013 et Laudato Si’ en 2015, c’est la troisième encyclique du pape François. (source : église.catholique.fr)

Mgr Philippe Christory dans ses messages fraternels nous aide à rentrer dans la compréhension de l’encyclique “Fratelli tutti”

Message complet en version audio :

“Alors que le pape François vient de signer une nouvelle encyclique consacrée à la Fraternité, le merveilleux passage sur le bon samaritain qui s’achève par cette question de Jésus à ses auditeurs, nous oblige à sonder notre cœur : comment prenons-nous soin de notre frère ? Que veut dire se faire le prochain d’un autre ? Le temps présent est opportun pour nous saisir de cet appel : l’urgence de la fraternité qui est au cœur de la mission. (…)

Ce dimanche 4 octobre, en la fête de saint François d’Assise, le pape François a offert au monde une nouvelle encyclique, Fratelli tutti dont je vous commenterai quelques passages dans mes prochains messages. « Vous êtes tous frères » dit Jésus (Mt 23, 8). Si nous le sommes, c’est parce que nous avons un unique Père au Ciel, Dieu notre Seigneur. Cela signifie que notre lien est indélébile, qu’il est permanent, qu’il ne dépend ni de nos sentiments, ni de la profondeur de nos relations, qu’il nous rend responsables des autres. C’est un fait. Quel regard portons-nous sur l’autre, sur la personne que je ne connais pas, celui qui ne me ressemble pas ou qui vient d’une autre culture ? Frères et sœurs en Christ, nous le sommes, voilà ce que nous enseigne la foi. Pouvons-nous alors choisir de nous aimer les uns les autres ? Voici que cela engage notre volonté et ainsi notre responsabilité personnelle. Voici le défi du quotidien, découvrir que mon prochain a une valeur infinie dans le cœur de Dieu; aussi je peux le voir comme un frère ou une sœur. Quelle belle révélation nous est donnée là !

L’encyclique porte en sous-titre : « Sur la fraternité et l’amitié sociale. » Tout au long du texte, le pape François ne sépare pas l’amitié sociale de la fraternité. Son désir est de proposer « un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots. » (n°6) Cette manière de présenter le lien entre ces deux réalités est profondément originale. Le saint Père affirme même la profonde correspondance entre l’une et l’autre : « la fraternité universelle et l’amitié sociale constituent partout deux pôles inséparables et coessentiels. Les séparer entraîne une déformation et une polarisation préjudiciables. » (n°142) Aujourd’hui, il est proposé de parler d’amitié sociale comme un bien commun entre les peuples ou entre les nations. Le pape émet le vœu que les groupes sociaux et politiques puissent entrer en amitié. Ne trouve-t-on pas là un écho de Hannah Arendt qui affirmait qu’avec « le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié » ? La clé de l’amitié sociale est effectivement le dialogue c’est-à-dire « la capacité de donner et de recevoir, en demeurant ouverts à la vérité » (n°199). Or le dialogue passe par la culture dont les formes sont multiples et diverses, « la culture populaire, la culture universitaire, la culture des jeunes, la culture artistique et technologique, la culture économique et la culture de la famille, et la culture des médias. » (n°199) Nous ne parlons pas de n’importe quel dialogue mais de ces échanges et conversations qui sont fondés sur un authentique désir de rencontre et d’écoute en vue d’un enrichissement mutuel. C’est un dialogue dans lequel chaque personne impliquée se laisse traverser par les propos des autres. L’amitié sociale a besoin de bienveillance entre groupes et entre peuples : « elle suppose valorisation et respect, elle transfigure profondément le mode de vie, les relations sociales et la façon de débattre et de confronter les idées, lorsqu’elle devient culture dans une société. » (n°224) Cette amitié sociale au sein d’une même nation est à rechercher entre groupes sociaux différents, entre les pauvres et les riches, avec toujours la quête de l’option préférentielle pour les plus marginalisés et les déshérités. Le pape définit un principe indispensable pour construire l’amitié sociale : « l’unité est supérieure au conflit. » C’est bien cette unité que Jésus désire lorsqu’il prie son père « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21) Mais cette unité n’est pas un syncrétisme ou une fusion, mais « le fruit de la compréhension et de l’engagement réciproque, pour atteindre une unité multiforme qui engendre une nouvelle vie. » (n°245)

De l’amitié sociale entre les groupes et les peuples peut naître la fraternité. Se sentir frères et sœurs est une étape importante de la maturité humaine. Il appartient à chaque individu de bâtir cette fraternité. C’est un projet ambitieux et toujours à reprendre. « Le projet même de fraternité est inscrit dans la vocation de la famille humaine. » (n°26) Cependant « Le problème, c’est qu’un chemin de fraternité, local et universel, ne peut être parcouru que par des esprits libres et prêts pour de vraies rencontres. » (n°50)

C’est donc un chemin d’humanité toujours à construire que le pape François propose. S’il est écrit que tous les hommes naissent égaux, cette égalité ne dure que bien peu de temps, au vue des conditions sociales si diverses. Nos états démocratiques affirment l’égalité entre tous, mais chaque jour nous constatons que cette égalité est une utopie et que la réalité est toute autre. Certains vivent dans une certaine aisance, tandis que d’autres manquent de l’essentiel. L’amitié est certes de la responsabilité de chaque personne, mais il est clair que ceux et celles qui bénéficient de plus de moyens matériels et économiques ont le devoir de porter leur attention et d’ouvrir leur cœur vers ceux qui doivent tout attendre des autres pour vivre. Il est tellement difficile de tendre la main ! Rappelons-nous les mots de saint Vincent de Paul « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. »

Il est toujours intéressant de lire les conclusions d’un texte. Le pape place la source de toute fraternité dans une relation à Dieu qui est Père de tous les êtres humain. Il nous dit : « Nous, croyants, nous pensons que, sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables à l’appel à la fraternité. Nous sommes convaincus que c’est seulement avec cette conscience d’être des enfants qui ne sont pas orphelins que nous pouvons vivre en paix avec les autres. En effet, la raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité » (n°272) Car « sans vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, dans ces conditions, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres. » (n°273)

(…) Je vous propose de mettre en œuvre le principe même de fraternité. Nous allons chaque jour croiser des personnes avec qui la rencontre n’est pas toujours aisée, car nous ne nous connaissons pas forcément. Les masques qui cachent une partie de nos visages sont de surcroît des obstacles pour la rencontre et le dialogue. Cependant, cette barrière ne peut pas avoir le dernier mot. Il nous reste le regard et celui-ci peut être signifiant pour entrer en relation. Osons un pas vers l’autre et soyons son prochain qui lui apporte écoute et réconfort. Osons emprunter le beau chemin de la fraternité.

Le texte du pape méritera d’autres approfondissements, notamment sur les causes de la dégradation de la fraternité dans la vie sociale, la gravité de la guerre, l’abolition de la peine de mort, etc. Nous en reparlerons dans nos messages suivants car le saint Père sait apporter aussi une belle espérance dont nous avons besoin.”

“Face au défi de l’indifférence, la parole du pape François arrive à point nommé. Aussi, continuons la lecture de son encyclique appelée Fratelli tutti ce qui signifie « tous frères ». Nous avons parlé dans le message précédent de l’amitié sociale que les peuples, les nations ou les groupes humains susciteront par un rapprochement des idées et des cœurs. Cela nécessitera le choix d’un dialogue ouvert à l’écoute authentique des autres pour entendre leur point de vue et se laisser traverser par leur compréhension différente. Ce choix exigeant demande du courage et de la bienveillance mutuelle. Mais il n’oblige pas à la pensée unique ! Un dialogue vrai ne peut s’entendre que dans l’acceptation de la diversité d’idées.”

Je vous propose donc de poursuivre notre lecture de l’encyclique du pape Fratelli tutti. Le chapitre troisième a comme titre « penser et gérer un monde ouvert ».

Nous sommes des êtres de relation, appelés à sortir de soi-même. Le pape parle d’une « loi d’extase », expression originale, pour signifier notre besoin d’autrui en vue d’un accroissement d’être. Cela est vrai de toute relation, mais surtout lorsque nous parlons d’amour : « l’amour passe en premier, ce qui ne doit jamais être mis en danger, c’est l’amour ; le plus grand danger, c’est de ne pas aimer. » (n°92) C’est le sens du mot charité qui dans le langage courant semble négatif car associé à une forme de pitié. Or « ce qu’exprime le mot ‘‘charité’’ est que l’être aimé m’est ‘‘cher’’, c’est-à-dire qu’il est estimé d’un grand prix ». L’amour que nous nous portons les uns aux autres façonne notre fraternité, nous fait désirer le meilleur pour l’autre quel qu’il soit. En aimant, nous construisons la communion universelle. Le père Franz Stock, si cher aux chartrains depuis qu’il dirigea le séminaire des barbelés au Coudray, cultivait et enseignait l’amour mutuel pour préparer une génération de prêtres qui œuvreraient en vue d’une nouvelle entente franco-allemande après la guerre. Cette attitude évangélique concrétisait la parole de Jésus « Tous vous êtes des frères. » (Mt 23,8)

Nous adhérons volontiers au point de vue que l’amour fonde la fraternité. Mais le pape nous invite à aller plus loin et à réfléchir à ceux et celles qui vivent parmi nous comme des étrangers. Le Saint Père constate que certaines personnes vivent comme des exclus ne bénéficiant pas de relations normales avec les autres, ne voyant pas leurs besoins élémentaires être satisfaits. Ce peut être le cas de gens en situation de handicap ou encore des personnes âgées, qui se ressentent comme un fardeau pour les autres. Elles n’accèdent pas à la vie sociale normale, elles ne peuvent pas profiter de la culture, elles sont dépendantes. Or l’amour qu’elles savent offrir et susciter permet de découvrir leur richesse de cœur et leur sensibilité. Elles sont les témoins précieux de la dignité de tout homme et de toute femme, et elles apportent une part d’humanité originale.

Pour que l’amour perdure, la dignité de chacun doit être affirmée, sans distinction de peuple, de caste ou de culture, car elle est fondée sur son être même ou encore sur l’existence, depuis la conception de l’enfant jusqu’à sa fin de vie. C’est d’une importance absolue : « Lorsque ce principe élémentaire n’est pas préservé, il n’y a d’avenir ni pour la fraternité ni pour la survie de l’humanité » (n°107) nous dit le Pape. Ce n’est pas l’efficacité économique d’une personne qui lui donne sa dignité. Les États ont le devoir d’intervenir pour que chaque citoyen ait sa place, particulièrement les pauvres et les plus fragiles, car s’il est dit que nous naissons égaux, nous ne vivons pas à égalité. C’est le rôle du pouvoir politique d’offrir à chacun les conditions d’une vie digne, fraternelle et solidaire. On peut citer pour exemple l’accès inégal à l’éducation scolaire. L’Église œuvre depuis des siècles en ce sens, mais les États ont parfois laissé des populations entières dans l’ignorance pour mieux les asservir. Il est possible que vous vous sentiez, comme moi, un peu dépassé par l’ampleur du travail à réaliser en matière de solidarité, de bienveillance entre groupes humains, d’entraide destinée à tous. Le saint Père finit ce troisième chapitre de l’encyclique Fratelli tutti par une belle promesse : « si l’on accepte le grand principe des droits qui découlent du seul fait de posséder la dignité humaine inaliénable, il est possible d’accepter le défi de rêver et de penser à une autre humanité. On peut aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous. C’est le vrai chemin de la paix, et non la stratégie, dénuée de sens et à courte vue, de semer la peur ou la méfiance face aux menaces extérieures. » (n°127) Le monde est donc ouvert. Les jeunes générations bénéficient de facilités étonnantes pour se rencontrer, tant par les voyages que par les réseaux sociaux. C’est l’amour tel que le Christ le révèle qui sera la cause d’une fraternité universelle permettant de nous entraider même quand le réchauffement climatique bouleverse les équilibres humains. Nous avons dans l’Évangile un trésor à méditer et à mettre en œuvre pour voir en toute personne un frère ou une sœur à aimer et à servir. Alors se façonnera une fraternité humaine inscrite au cœur de l’homme et reliée au Dieu créateur qui nous soutient de sa grâce. Espérons donc toujours et ne nous laissons pas à aller à un pessimisme de mauvais alois. L’amour est plus fort que la haine. L’amour du Christ, qui nous a tant aimé au point qu’il a donné sa vie pour nous, est vainqueur !

Message complet en version audio ci-dessous

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Résumé de l’encyclique en version infographique

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