Homélie de Noël 2018

Noël ! Il y a une grande douceur dans cet événement caché de Bethléem. « Un enfant nous est né, un fils nous est donné. Sa paix sera sans fin. » annonce Isaïe.

Que se passe-t-il en cette nuit ? 

Marie, jeune femme « plus belle que toutes les dames que je connais » dira Bernadette, Marie douce et délicate, totalement unie à Dieu, pleine de grâce, forme la Sainte Famille avec son jeune époux Joseph, pleinement confiant en elle alors qu’elle n’était pas enceinte de lui mais par l’œuvre de l’Esprit de Dieu.

Cette famille est pourtant refusée par toutes les auberges, et doit trouver refuge dans un espace où dorment des animaux. Dans cet abri pauvre mais cependant chaleureux, une mangeoire sera le berceau du nouveau-né. La première maison du Verbe fait chair, du roi des rois, n’est donc pas un palais. C’est une modeste grotte ou une construction troglodyte semblable à celle que des fouilles archéologiques ont révélé à Bethléem.

C’est là que Marie, dont la virginité a été préservée par pure grâce du Père, Marie « immaculée conception », met au monde son enfant. Le Père épargne les douleurs de l’enfantement à celle qui a acquiescé à son projet de Salut.

À l’époque où il n’y a ni hôpital ni clinique, chaque naissance est un miracle familial et intime. Joseph avec pudeur assiste Marie et recueille son fils qu’il nomme Jésus comme l’ange lui avait dit de le faire. Ce prénom désigne déjà la mission de l’Enfant-Dieu : Jésus veut dire « Dieu sauve ».

Cette naissance aurait pu être secrète et inconnue si les anges innombrables n’étaient allés annoncer la nouvelle. A qui l’annoncent-ils ? Aux pauvres d’abord, aux humbles. À de simples bergers qui vont venir s’associer à la joie du ciel et de la terre en chantant la louange de Dieu : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes que Dieu aime ».

L’incarnation vient de s’opérer et dorénavant l’Emmanuel est avec l’homme et marche avec lui pour le conduire vers la vraie Vie, la Vie en abondance.

Aussi nous, en ce soir, pouvons lui dire : « Ô Jésus sauveur, cœur brûlant d’amour, nous te bénissons et nous t’adorons. Devant notre crèche familiale, nous nous réjouissons à l’image des santons qui te regardent, tel le ravi qui peut humblement faire éclater sa joie en ta présence ».

La nativité est pour les croyants l’accomplissement de la promesse. Mais c’est aussi  un drame : « Le monde ne l’a pas reconnu ! »

« Jésus, Tu es venu chez les tiens et les tiens ne t’ont pas reçu ».

Un drame ancien, mais toujours nouveau. Terriblement actuel. Le drame de la société française qui a abjuré de sa foi, refusant de te reconnaître et de t’accueillir Seigneur.

Alors qui nous donnera le salut ?

Qui nous sauvera de la mort ?

Qui arrêtera le bras des puissants qui oppressent ?

De qui viendra la sagesse si nécessaire pour gouverner notre pays ?

Qui inspirera la charité pour aider notre prochain et aimer nos ennemis ?

Certes et heureusement l’Esprit Saint rejoint le cœur de toute personne pour essayer de la guider à devenir pleinement humaine envers les autres.

Mais l’Esprit de Dieu est en lutte contre l’esprit du monde qui se manifeste avec force par l’égoïsme, l’individualisme, la surconsommation, le racisme, l’antisémitisme, l’avortement, l’euthanasie, les manipulations du vivant et de l’homme, la destruction de la planète, la disparition des espèces vivantes, et bien des formes sournoises qui se présentent comme un progrès scientifique mais qui atteignent la dignité de l’homme, qui brisent la communion entre les humains et celle de l’homme avec Dieu, mettant en péril la vie des générations futures.

Dans son orgueil renforcé par une intelligence qui lui permet de développer une science admirable, l’homme a rejeté son créateur pour suivre ses propres voies. Or le chemin de la vie nécessite un bon berger comme guide. Sans le Christ qui nous révèle le visage du Père, nous ne pouvons pas nous reconnaître fils et filles, frères et sœurs. Et si ne nous le sommes pas, comment nous aimerons nous les uns les autres pour bâtir une société juste, égalitaire, respectueuse de la dignité de chacun, des pauvres, des femmes, des étrangers et de tous ceux qui vivent exclus des bénéfices de l’emballement financier et économique ? Oui, ces appétits de puissance et de possession obscurcissent le cœur de l’homme.

Hier, dimanche matin, alors que je passais devant un grand centre commercial pour rejoindre une paroisse et la communauté Foi et Lumière, les parkings étaient déjà pleins pour la grande fête de la consommation. Nos nouveaux temples s’appellent dorénavant Géant Casino, Carrefour, Auchan, Leclerc. Ils célèbrent la richesse et l’abondance. La crèche elle, était pauvre et simple.

Jésus, nouveau-né sans aucune puissance apparente est oublié au profit d’un personnage grotesque appelé Père Noël, qui déverse des cadeaux. Ce matin encore, la presse ne disait pas autre chose que « cadeau cadeau cadeau ». Or nous savons que dès demain des millions de cadeaux offerts, pourtant comme signes d’amour, seront revendus. De quel amour sont-ils le signe ?

Jésus lui, n’est ni à vendre ni à acheter. Il est Grâce, don de Dieu, présence infinie d’amour, Verbe divin venu discrètement et tendrement par le sein de la Vierge Marie pour être donné au monde, à tout homme, mais d’abord aux plus pauvres qui sont les premiers à être invités à l’adorer et à le reconnaître. Car il fut caché aux puissants et aux intelligents pour être révélé aux petits, c’est-à-dire à ceux qui aujourd’hui bien souvent ne comptent pas ou ne sont pas même considérés.

Notre société pourra-t-elle se réveiller ? Oui ! L’Espérance, vertu théologale reçue au baptême, ne trompe pas. Là où le péché abonde, la grâce surabonde et les hommes ne pourront pas empêcher l’œuvre de Salut que Noël célèbre et que Jésus accomplit.

Certes, Dieu permet – ce qui ne veut pas dire qu’Il les désire – les drames naturels comme le tsunami d’Indonésie, les guerres comme celle qui ravage le Kivu, les graves dérèglements climatiques causés par l’homme. Mais si l’homme a la liberté de détruire la vie même qui lui a été donnée, il peut aussi se réveiller et prendre conscience de sa responsabilité à devenir artisan de paix. Il peut choisir la vie et choisir le bien. Il peut décider de refuser le mal pour que demain, avec la grâce de Dieu, l’Humanité accède à la Vie en plénitude non pas par la lutte des classes, mais par la communion des cœurs qui n’exclura personne, surtout pas les pauvres qui souvent, à l’image de Joseph et Marie, conservent le vrai sens de la Vie et de l’entraide. « Les pauvres sont nos maîtres », disait saint Vincent de Paul !

La nuit de Noël est l’occasion magnifique pour que les riches prennent conscience que leur richesse matérielle, qui ne cesse de s’accroître par les mécanismes financiers mondiaux, ne leur appartient pas mais est le fruit du travail d’hommes et de femmes souvent éprouvés et que cette richesse doit profiter à tous. Le partage ne peut pas être une option. Il est un devoir. La dignité du riche n’est pas de devenir pauvre mais de servir le pauvre en partageant sa richesse. Si le riche a pu être imaginatif pour devenir riche, qu’il le soit autant pour faire advenir une société plus humaine et pour se faire, à l’image du Christ, le serviteur de tous.

Jésus-Christ, lui de condition divine, est l’infiniment riche en tant que Dieu mais il s’abaisse pour partager sa richesse en devenant homme pour communiquer sa Vie.

En ce sens, Noël célèbre une révolution qui bouleverse l’histoire de l’humanité.

Cette nuit, j’invite les chrétiens à se réjouir et à prier intensément pour notre société et pour tous nos concitoyens. Mais j’invite aussi ceux qui doutent de Dieu et de sa présence à oser lui parler avec confiance, à faire un pas vers lui, à ouvrir l’Évangile et à le lire, à parler à Dieu. J’émets le vœu que la faiblesse et le péché des chrétiens, et aussi des prêtres, ne soient pas un obstacle pour que les hommes de bonne volonté accèdent au visage tendre de l’Enfant Jésus en cette nuit de Noël.

Jésus est le merveilleux cadeau fait à l’humanité.

En cette fête de Noël, il honore la famille humaine, il la rassemble autour de lui. Participons à ce moment si doux.  Qu’il fortifie les faibles, console les affligés et remplisse le cœur de tous ceux qui désirent son Amour infini.

Que la joie de Noël habite vos cœurs et ne la quitte pas.

Amen

Monseigneur Philippe Christory

Télécharger l’homélie de Mgr Christory nuit de Noël 24.121.2018

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