Homélie Messe Chrismale du 2 juin 2020

Homélie – messe chrismale – 2 juin 2020 – Chartres

 

Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier né d’entre les morts, le prince des rois de la terre.

Dans cette bénédiction transmise par Saint Jean, il y a une promesse du don du Seigneur pour chacun de nous. Il y a aussi l’affirmation forte de la grandeur de notre Seigneur Jésus-Christ que nous servons et que nous aimons. Il est l’alpha et l’oméga, celui qui nous a attirés à lui, que nous avons choisi de servir et envers qui nous allons bientôt renouveler nos engagements en tant qu’évêque, prêtre ou diacre, en présence du peuple de Dieu, notre Eglise. Oui Jésus est notre Vie, il est notre futur car il nous attend là où une place nous a été préparée.

Je voudrais vous remercier pour toutes les messes célébrées dans la solitude, suscitant cette veille sur le monde pour accompagner les malades, les mourants et les soignants. Cela a porté et porte toujours du fruit, un fruit caché et fécond, telle la rosée qui imbibe une terre aride et désertique. Rappelons-nous Charles de Foucault bientôt canonisé qui plaçait sur l’autel de la sainte messe les habitants du Hoggar et au-delà pour les présenter à Dieu. Je vous bénis de cette fidélité. Certains ont vécu le confinement avec facilité et même joie, pour d’autres ce fut réellement dur, en raison de l’isolement et du vide de relations familières.

Cette messe chrismale est maintenant une joie, car elle nous rassemble enfin, mieux que par Skype ou zoom. Nous partageons un moment unique, dans ce lieu si beau, avec cette singularité d’être déjà au mois de juin.

Durant ces semaines de confinement, comme prêtre ou comme diacre, autant que la liberté de mouvement vous le permettait, parfois avec des moyens de communication innovants, vous avez annoncé la bonne nouvelle aux humbles, guéri ceux qui ont le cœur brisé, consolé tous ceux qui sont en deuil, apporté l’huile de joie c’est-à-dire l’huile des malades à ceux dont la vie était fragilisée.

Le Seigneur bénit ses serviteurs qui œuvrent ainsi, et finalement qui répondent par leur oui à la vocation qu’ils ont reçue par pure grâce pour être parmi les hommes le signe efficace de sa présence aimante. Qui indiquera le chemin du ciel aux enfants que nous rencontrerons ? Voici notre mission.

Que fera Dieu à son serviteur fidèle ? Le psaume dit « sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. » Dieu est fidèle même si nous sommes infidèles, car il ne peut se renier lui-même. Et nous comptons sur Lui pour avancer. Sa grâce nous précède, et il attend notre réponse, notre décision et notre détermination. Il n’est pas de vocation consacrée viable et durable sans cet acquiescement résolu et constant.

Que craindre désormais ? Si Dieu est vraiment le Seigneur de notre vie, si nous pouvons dire dans l’Esprit « Jésus est Seigneur », alors nous demeurons dans sa main et nous reposons sur son coeur. Il accompagne nos efforts. Il bénit nos actions. Il féconde nos paroles parce qu’elles sont l’écho de sa Parole de vie. Alors nous n’avons pas de crainte à avoir, car il  n’y a pas de crainte dans l’amour.

Nous vivons le déconfinement. Il plane comme un vent de liberté. Comment la grâce a-t-elle irrigué notre sacerdoce durant ces semaines de confinement ? Qu’avons-nous fortifié ? Qu’avons-nous ajouté de nouveau et de beau ? Peut-être avons-nous fait des découvertes sur nous-mêmes, sur nos désirs. Que ferons-nous pour être des témoins nouveaux, des prêtres et des diacres plus lumineux et plus fidèles à notre appel ? La réponse n’est-elle pas dans notre union au Christ ?

Notre prière de pasteur est particulièrement une prière de soutien et de suppléance. Soutien pour ceux qui souffrent et qui vivent des épreuves. Suppléance pour tous ceux qui ne croient pas en Dieu et qui le rejettent. Les priants prient pour ceux qui ne prient pas. Si nous sommes des actifs dans nos paroisses, nous sommes avant tout des fidèles de l’oraison, de la méditation de la Parole. Prêtres, comme diacres et fidèles laïcs, nous sommes des hommes consacrés pour reconnecter sans cesse les hommes et les femmes à Dieu dans l’Esprit Saint.

La prière est le combat de notre vie. Cela restera et l’âge n’arrange pas les choses, nous l’expérimentons. Mais nous apprenons à durer, à accepter la sécheresse de l’oraison. Nous comprenons que la fécondité de notre prière ne se mesure pas par les consolations que nous pensons y recevoir car celles-ci sont souvent la résonance de notre sensibilité et de nos émotions. La prière est donc un combat à la hauteur du défi. Le défi est d’être associé au sacrifice du Christ qui veut sauver le monde et qui, inlassablement et sans se décourager devant nos limites, nous confie le soin des âmes. Combat parce qu’il faut trouver du temps. Combat parce que c’est la priorité à choisir avant d’autres activités. Combat parce que nous nous ennuyons quand nous prions. Combat parce qu’il faut toujours revenir à Dieu quand les distractions et les rêveries nous emmènent ailleurs. Combat parce que nous y expérimentons plus le dénuement que la consolation. Combat parce que souvent nous attendons des résultats qui ne viennent pas. Combat parce que nous sommes seuls à prier devant une humanité qui ne le fait pas.

Mais joie quand l’Esprit nous donne son intuition, nous glisse une parole de l’Ecriture qui vient répondre à notre questionnement. Joie quand la paix survient au fond de nous-mêmes alors que nous sommes dans la peine. Douceur quand dans la prière du soir, nous déposons les visages de ceux qui se confient à nous au long des jours. Force quand nous entendons à nouveau l’appel de Dieu à aller en son nom vers nos frères et soeurs.

Nous demeurons ainsi en sa présence. Comme prêtres, nous ne mesurons pas notre fécondité. Chaque eucharistie célébrée est si précieuse car elle participe au salut du monde, à l’offrande de l’église, chaque prière est une participation à la prière de Jésus tourné vers le Père qui s’offre en sacrifice en vue de la communion entre nous et avec le père. Un prêtre est un contemplatif, un ami de Dieu. L’action par ses bras prolonge cette contemplation. En effet, elle rencontre le Christ à nouveau dans l’homme souffrant, dans ce jeune a éduquer, dans le vieillard à accompagner durant sa vie qui va vers son entrée au Ciel.

Pour nous évêque, prêtres et diacres quelle est notre force ?

A la suite de Jésus, nous pouvons dire « l’Esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a envoyé.» Nous connaissons des fatigues et des doutes. Durant le confinement nous avons eu le temps de nous interroger. Cependant, dans une vie engagée comme la nôtre, nous ne devons jamais mettre en doute l’appel entendu et reçu. Nous y sommes pour la vie. Ce pilier est planté profondément. C’est le socle de notre vie pour laquelle ce soir, ensemble, nous bénissons Dieu, pour laquelle ce soir nous renouvelons notre engagement. Dieu saura nous montrer la voie et nous communiquer sa grâce.

Puisons maintenant au saint sacrifice de la messe la joie pour notre ministère, unis les uns avec les autres, dans un même presbyterium.

Amen.

 

Mgr Christory Philippe,

Evêque de Chartres

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