Homélie, ordination diaconale Clément Pierson 04/07/2021

Homélie de Mgr Philippe Christory pour l’ordination diaconale de Clément Pierson – dimanche 4 juillet 2021

Quelle belle joie d’accueillir cette célébration ce dimanche au cours de la messe qui nous rassemble tous.

Clément est un fils de cette terre, et il se présente à nous pour être ordonné diacre.

Le diacre est un homme configuré au Christ – Serviteur, le cœur tourné vers ses frères et sœurs. L’engagement de prière qu’il prend, par la récitation des offices quotidiens, par sa méditation de la Parole, par son adoration de Jésus eucharistie, nous dit qu’il prend part à la prière de tous, et qu’il entre dans la communion des saints qui se tiennent en prière devant la face de Dieu, tant au Ciel que sur terre.

Son engagement appelle aussi notre propre engagement puisque toute personne dont la vie est consacrée dans le Célibat pour le Royaume s’appuie sur la force de la prière du peuple de Dieu.

Par le sacrement de l’ordre, Clément sera serviteur de ses frères. Ce service est particulièrement manifesté dans le livre des actes des apôtres quand il faut choisir des hommes pour prendre soin des veuves d’origine grecque, donc des femmes âgées sans présence familiale, venues de la diaspora juive et qui sont sans ressources à Jérusalem. Non seulement les premiers chrétiens décident d’organiser la vie caritative, mais ils choisissent des hommes connus pour leur piété et leur générosité. Depuis son origine, à la suite du commandement de Jésus de faire en son nom ce qu’il fit lors de la cène, soit nous laver les pieds mutuellement, l’Église multiplie les lieux d’accueil et de soin. N’a-t-elle pas créé au Moyen-âge les hôtels-Dieu dans tant de cités pour y accueillir les pauvres et pour les soigner ?

Aujourd’hui, l’Église confirme la demande de Clément qui désire être ordonné diacre. Son parcours lui a fait connaître en profondeur la vie de service qu’il embrasse pour toute sa vie. Clément, puissiez-vous vous laisser inspirer par tant de saints et des saintes qui surent donner leur cœur et leur vie pour leurs frères et sœurs, à l’image d’un saint Vincent de Paul.

Or en ce jour, l’Église a la joie de fêter un jeune homme, Pier Giorgio Frassati, lui-même inspiré par ce grand saint de la charité en acte, saint Vincent de Paul. Il est né en 1901 mais il meurt jeune, le 4 juillet 1925. Il n’a que 24 ans !

Saint Jean-Paul II l’a appelé « l’homme des béatitudes. »

Adolescent, il se met au service de la foi et de la charité, secourant les pauvres des taudis de Turin, grande ville industrielle où sa famille est connue car elle possède le journal La Stampa. Il fait cela sans que sa famille ne s’en aperçoive. Avec quelques amis, il se consacre à un apostolat de son cru, au sein d’une compagnie créée par lui, la « compagnie des types louches », qui mêle amitié spirituelle et plaisanteries lors d’excursions. Ils s’engagent à se soutenir spirituellement les uns les autres. Pier Giorgio structure la pensée du groupe : « À nous, il n’est pas permis de vivoter ; nous devons vivre. » Vivre, il le prouve quand il se dépense sans compter pour aller visiter des familles vivant dans la plus grande précarité.

Son imagination est large, comme après les réceptions données en la demeure de ses parents, par exemple il récupère les fleurs pour qu’elles soient déposées sur les cercueils des pauvres gens. « La charité seule peut servir de but à toute une vie, remplir un programme. La charité, voilà la fin à laquelle je veux tendre, avec la grâce de Dieu. » dit-il.

Il décrit ses visites aux pauvres comme ses « nouvelles conquêtes. » Il affirme à l’un de ses amis : « Autour des malades, autour des malheureux, je vois une lumière que nous n’avons pas ».

Pier Giorgio puise en Jésus-Christ sa force. Une nuit, dans un monastère, il demande aux moines la permission de prier avec eux la nuit entière. Il y sera tantôt à genoux, tantôt debout pour ne pas s’endormir, jusqu’à la messe de 5h, puis il fera une heure d’action de grâce, avant de retrouver ses amis pour une excursion en haute montagne. À sa sœur qui s’inquiète de sa possible tristesse, il lui dit : « Tu me demandes si je suis heureux : comment pourrait-il en être autrement ? Tant que ma foi m’en donnera la force, je serai toujours heureux : la tristesse doit être bannie des cœurs animés par la foi. La douleur n’est pas la tristesse qui est la pire des affections. Cette maladie est presque toujours le fruit de l’athéisme, mais la fin pour laquelle nous avons été créés nous indique une voie, sans doute semée d’épines, mais non une voie emplie de tristesse. »

Il contracte la poliomyélite et meurt une semaine après le déclenchement de la maladie, le 4 juillet 1925, à 24 ans. Personne dans sa famille n’a vu venir le mal qui l’a saisi. Ce n’est qu’après la mort de Pier Giorgio que sa famille prend connaissance de ses actions de charité ; même ses amis, en dehors du cercle de Saint-Vincent-de-Paul, ne sont pas au courant de l’importante activité qu’il a menée auprès des pauvres. Lors de ses obsèques, des milliers de personnes, dont de nombreux pauvres de Turin, sont présents pendant le trajet jusqu’à l’église. Ses proches se rendent alors compte de son activité secrète et, très vite, sa personne est particulièrement admirée. De nombreux groupes de jeunes catholiques s’inspirent de son exemple dans les années qui suivent.

N’est-il pas un merveilleux modèle de sainteté et de charité en acte ?

Clément, vous êtes un homme chrétien et serez dorénavant consacré dans le célibat pour le Royaume. En tout moment, les personnes vous solliciteront et vous demanderont d’être proche d’elles pour les écouter et les guider. Ce n’est pas encore pleinement le temps de l’engagement pastoral, puisque vos études vont continuer à Rome l’an prochain. Là vous fortifierez votre intelligence aux sciences ecclésiastiques, la théologie, la patristique, l’étude des écritures saintes pour être capable de rendre compte de la foi qui est celle de l’Église. Cela sera bien utile car la société française est traversée par des mouvements de la pensée souvent très déroutants. Cette semaine, a été votée la loi bioéthique ouvrant plus largement la recherche sur l’embryon et la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes. La puissance immodérée de la science se manifeste en contradiction face à la sagesse de Dieu qui s’exprime par l’humilité du Christ venu parmi nous. La Vierge Marie que nous honorons en cette cathédrale et qui accueille les visiteurs sous le vocable de « trône de la sagesse » nous dit clairement que la vraie connaissance est celle que donne le Saint Esprit. Mettez-vous souvent, cher Clément, sous son voile de tendresse pour entendre son encouragement à prier intensément le Saint Esprit. Lui vous guidera vers la vérité tout entière.

Le service à rendre comme diacre ne peut pas se confondre avec la suractivité du monde. Cette vocation que vous accueillez vous invite au silence et à l’intériorité. Notre époque est celle de la prophétie. Demeurer en silence et dans le recueillement chaque jour quand les jeunes sont attachés à leur casque pour visionner Tic-Toc ou Snapchat est un acte prophétique. Annoncer Jésus messie crucifié et humble semble se perdre dans le vide des déserts humains. Mais la parole semée s’enracine à notre insu et de manière improbable dans des cœurs assoiffés de vérité et de sens. Ce silence est une parole. Ce silence dispose à l’écoute.

À l’instar d’un Saint-Étienne diacre, nous sommes chacun invités à être le porte-parole d’une bonne nouvelle audacieuse et en même temps délicate car la sagesse que nous annonçons n’est pas celle du monde ni la nôtre, aussi brillants sommes-nous intellectuellement. Elle est toujours l’annonce d’un visage discret, celui de Dieu fait homme qui ouvre son cœur particulièrement aux pauvres et aux humbles, à ceux qui veulent le rencontrer et qui le cherchent en vérité. Comme pour le prophète Ezéchiel, nous sommes consacrés pour aller dire à ceux qui accepteront d’écouter :  « ainsi parle le Seigneur ! ». Car ce n’est pas notre parole que nous devons annoncer mais bien l’évangile, le même hier et aujourd’hui, toujours sous la conduite de l’Esprit Saint pour que son message rejoigne effectivement la vie de nos contemporains. Cela demande un travail de méditation pour que l’évangile devienne une nourriture familière dans notre quotidien. Cela peut être ardu. Peu à peu, la Parole devient comme une sève qui coule en nous, elle éclaire notre pensée et irrigue nos actes. L’Église est notre famille et elle vous enverra porter le message au seuil, là où beaucoup vivent sans jamais venir boire à la source d’eau vive, le cœur aimant de Jésus-Christ.

Ces jours-là, l’envoyé se sent faible. « Ma grâce te suffit » dit le Seigneur à Saint Paul. On connaît son ardeur à annoncer la bonne nouvelle. On voit son courage dans l’adversité. La grâce ne manque pas, c’est-à-dire une présence aimante de Dieu qui infuse délicatement sa propre vie qui vient alors couler en nos veines pour que nous la communiquions aux personnes rencontrées.

Le service est l’expression de notre amour donné, il dit la valeur des frères et sœurs. Clément, puissiez-vous trouver auprès de la Vierge Marie, la frêle jeune fille de Nazareth, la grâce de recevoir l’appel à vous mettre au service de vos frères, en toute hâte, dans le recueillement et le silence, dans l’humilité et la joie.

Amen

 

 

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