La joie de l’amour : Amoris Laetitia

Une présentation de l’exhortation ‘Amoris Laetitia” pour inciter à lire l’exhortation.

RGC amoris laetitiaVous trouverez ici l’intégralité de l’émission sur RGC “Les marches de la foi” dédiée à la présentation de l’exhortation apostolique “Amoris Laetitia” proposé par Didier Gougis, délégué diocésain à la formation continue. Diffusée sur les ondes de Radio Grand Ciel (RGC) le 18 avril 216, vous pouvez la réécouter en cliquant sur le lien sur le côté droit de votre écran.

amoris laetitia

L’exhortation apostolique “Amoris Laetitia”

L’exhortation apostolique du Pape François “Amoris Laetitia”, “La joie de l’amour” a été publiée le 8 avril dernier.

Exhortation apostolique, c’est un texte du pape qui suit un synode, pour sa mise en œuvre dans l’Eglise.

Elle arrive au cours d’un processus synodal inédit depuis le concile Vatican II : concertation de l’ensemble des catholiques du monde, synode de 2014, 2è concertation des catholiques, synode 2015, Exhortation du pape donc, mais qui n’est pas un point final, on va le voir.

Le pape s’appuie énormément sur le travail des 2 synodes qu’il cite abondamment, mais aussi sur la tradition de l’Église passée et présente : Saint Thomas d’Aquin, les papes depuis Paul VI, les conférences épiscopales du monde entier…

 

1 : Le titre : la joie de l’amour ;  La joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église (1).

Un fil rouge du pape François dans ses écrits : la joie ; l’évangile est Bonne nouvelle, la mission des chrétiens et de l’Église est de la partager !

2 : La portée du document

Ell est énorme, on peut parler de révolution dans l’Église catholique : Je voudrais réaffirmer que tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles. (3)

Voilà qui est peu habituel sous la plume d’un pape ! “Unité de doctrine, mais interprétations différentes de certains aspects de la doctrine” (3). Cela signifie qu’il ne donne pas de consigne universelle à appliquer partout de la même manière ; il propose une marche vers la vérité.

Un deuxième point novateur autour de la question de l’inculturation, c’est à dire adaptation, ou mieux, mise en forme, dans une culture donnée : Car « les cultures sont très diverses entre elles et chaque principe général […] a besoin d’être inculturé, s’il veut être observé et appliqué » (3).

Qu’y a-t-il dans ce document, la joie de l’amour ?

Neuf chapitres, qui traitent de nombreux sujets qui concernent la famille, ou plutôt les familles, les différentes formes de familles.

325 paragraphes : il est impossible de tout résumer en quelques minutes ; mais tout le monde peu le lire (le pape l’adresse “AUX ÉVÊQUES, AUX PRÊTRES ET AUX DIACRES, AUX PERSONNES CONSACRÉES, AUX ÉPOUX CHRÉTIENS, ET À TOUS LES FIDÈLES LAÏCS). C’est très lisible, très riche, très enthousiasmant et plein d’enseignements pour la vie concrète des familles…

1er chapitre : “A la lumière de la Parole” :

c’est une plongée dans la Bible (quelques textes !) et leur application concrète à la vie des familles. Par exemple en commentant la création de l’homme et de la femme dans la Genèse : Le couple qui aime et procrée est la vraie ‘‘sculpture’’ vivante […], capable de manifester le Dieu créateur et sauveur (11).

2è chapitre : “Les réalités et les défis de la famille” :

c’est une prise en compte de la réalité ; le pape ne parle pas d’une famille rêvée, idéale, c’est à dire irréelle, mais de la famille dans le monde d’aujourd’hui ! avec ses forces et ses faiblesses…

François y invite l’Église à une “salutaire réaction d’autocritique” dans la manière de présenter le mariage et la famille au monde : Nous avons du mal à présenter le mariage davantage comme un par­cours dynamique de développement et d’épanouis­sement, que comme un poids à supporter toute la vie. (37)

Il y parle aussi de la difficulté de respecter la conscience : Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles qui souvent répondent de leur mieux à l’Évangile avec leur limites et peuvent exercer leur propre discernement dans des situa­tions où tous les schémas sont battus en brèche. Nous sommes appelés à former les consciences, mais non à prétendre nous substituer à elles (37).

Le pape aborde aussi les faiblesses de notre monde : le tout jetable, le manques de perspectives d’avenir, l’affectivité sans limites, la mentalité antinataliste dans certaines régions, le risque des biotechnologies, la solitude, le mal logement, les migrations sources de souffrances pour les familles, les personnes handicapées, la place des personnes âgées, la misère etc…

Et il rebondit en employant le terme de défis : ces situations (et bien d’autres) sont des défis pour les chrétiens !

Dans cette partie il aborde la question du droits des femmes (54) en des termes forts en en faisant une lecture théologique : nous admirons une œuvre de l’Esprit dans la reconnais­sance plus claire de la dignité de la femme et de ses droits.

3è chapitre : “Le regard posé sur Jésus” : la vocation de la famille

C’est aussi un regard théologique : comment la famille s’enracine dans la foi au Christ ressuscité…

Le Pape y fait un bref parcours de la conception de la famille à travers des documents de l’Église depuis Vatican II puis il entre dans le cœur du sacrement de mariage : La famille est l’image de Dieu qui […] est communion de personnes. (71)

Dans la foulée du synode, François exprime qu’il existe des éléments positifs présents dans les formes matrimoniales d’autres traditions religieuses (77) ou dans d’autres formes d’union.

Là aussi, il fait une première présentation du discernement nécessaire (79), sujet qu’il traitera plus en profondeur au chapitre 8.

4é chapitre : “L’amour dans le mariage

Le pape s’arrête longuement sur ce sujet (75 § c’est la plus longue partie !), et on n’en parle peu dans les médias : “De fait, la grâce du sacrement du mariage est destinée avant tout à « perfectionner l’amour des conjoints” écrit-il en citant le Catéchisme de l’Église Catholique,

et là, il fait un magnifique commentaire du texte de St Paul aux Corinthiens qu’on appelle l’hymne à l’amour (1 Co 13) ; un commentaire pas à pas que j’invite tous les auditeurs à lire. Juste une citation : L’amour a toujours un sens de profonde compassion qui porte à accepter l’autre comme une partie de ce monde, même quand il agit autrement que je l’aurais désiré. (92)

A partir du § 120, François dispense des conseils précieux pour “grandir dans la charité conjugale”, ce sont des conseils aux couple pour durer dans l’amour. Il ne se contente pas d’affirmer que : promettre un amour qui soit pour toujours est possible (124) , mais il ouvre des chemins pour y aider.

Par exemple, l’importance du regard que l’on porte sur son conjoint : L’expérience esthétique de l’amour s’exprime dans ce regard qui contemple l’autre comme un fin en soi (128)

ou encore l’importance du dialogue : Le dialogue est une manière privilégiée et indispensable de vivre, d’exprimer et de faire mûrir l’amour, dans la vie matrimoniale et familiale. Mais il suppose un apprentissage long et difficile. (136) Et le pape développe autour des langages différents, de l’écoute…

Il parle avec sensibilité du monde des émotions si important dans une vie de couple, et de la dimension érotique de l’amour : Dieu lui-même a créé la sexualité qui est un don merveilleux fait à ses créatures. (150)

Au 5è chapitre, “L’amour qui devient fécond

Le pape aborde la question de la fécondité, fécondité au sens large : dans la vie donnée à des enfants, bien-sûr, mais aussi dans vie sociale…

Il y traite de la maternité, de la paternité et du fait que : Tout enfant a le droit de recevoir l’amour d’une mère et d’un père, tous deux nécessaires pour sa maturation intégrale et harmonieuse. (172)

D’une manière originale, François affirme, en s’appuyant sur l’exemple de Jésus, que : Aucune famille ne peut être féconde si elle se conçoit comme trop différente ou ‘‘séparée’’ (182), et il plaide pour que toute famille joue son rôle d’intégration dans la société.

Dans ce chapitre, on peut aussi lire plusieurs paragraphes consacrés aux personnes âgées et leur rôle essentiel dans la continuité des générations : une famille qui se souvient est une famille qui a de l’avenir. (193)

Le chapitre 6  “Quelques perspectives pastorales

Il ouvre la voie à la pratique des chrétiens dans le domaine de la pastorale familiale. Là encore le pape précise qu’il donne un exposé général , mais que : Ce sont les différentes communautés qui devront élaborer des propositions plus pratiques et efficaces, qui prennent en compte aussi bien les enseignements de l’Église que les nécessités et les défis locaux. (199)

L’axe qu’il donne est que l’Église désire  accompagner toutes les familles et chacune d’elles afin qu’elles découvrent la meilleure voie pour surmonter les difficultés qu’elles rencontrent sur leur route (200).

Accompagner est un mot clé de ce document, tout comme discerner.

Suivent des orientations pour aider les fiancés à se préparer au mariage, puis ensuite dans les premières années du mariage ; une vraie mine pour celles et ceux qui sont appelés à s’y consacrer…

Par la suite, le texte se propose d’éclairer les crises, les angoisses et les difficultés : faire face à la crise qui se présente, apprendre à pardonner, soigner ses vieilles blessures…

Il a des mots forts sur la place des personnes divorcées engagées dans une nouvelle union : l’Église doit les accompagner car elles sont inclues dans la communion ecclésiale (243).

Le pape ne craint pas d’intituler une partie de ce chapitre : “Quand la mort transperce de son aiguillon”, car la mort fait partie de la vie de famille….

Dans le chapitre 7, qu’il intitule “Renforcer l’éducation des enfants” :

François s’interroge : “Où sont les enfants ?” pour conduire la famille à se demander à quoi elle veut exposer ses enfants (260). Il y donne de nombreux conseils pour une éducation saine des enfants en invitant à prendre en compte le temps, c’est à dire le processus de maturation de la liberté de l’enfant (261).

Il insiste également sur la nécessité de la formation morale des enfants, comme éducation à la liberté, à travers un parcours qui propose des petits pas qui peuvent être compris, acceptés et valorisés (271).

Plusieurs paragraphes sont consacrés à l’éducation sexuelle et affective dont le pape précise qu’elle ne peut être comprise que dans le cadre d’une éducation à l’amour, au don de soi réci­proque. De cette manière, le langage de la sexualité ne se trouve pas tristement appauvri, mais éclairé (280).

Enfin, bien-sûr, dans ce chapitre, François parle de la transmission de la foi dont il dit qu’elle doit faire en sorte que  les enfants grandissent dans cette façon d’entrer en relation avec le monde, sans renoncer à leur foi et à leurs convictions (289).

Le chapitre 8 s’intitule : “Accompagner, discerner et intégrer la fragilité.

Les 3 termes sont importants et le pape va les développer avec précisions.

C’est là qu’il s’arrête sur ce qu’il appelle le discernement pastoral qui doit permettre de prendre en compte les personnes qui ne vivent pas l’idéal de la famille pour toutes sortes de raison, et de les accueillir et de les accompagner avec patience et délicatesse (294).

Il situe la loi comme un don de Dieu qui indique un chemin (295)et que le but est d’intégrer les personnes dans toutes les situations et non de les exclure.

De manière très neuve, François affirme qu’on ne devait pas attendre du Synode ou de cette Exhortation une nouvelle législation générale du genre canonique, applicable à tous les cas et que les conséquences ou les effets d’une norme ne doivent pas nécessairement être toujours les même (300).

Et il insiste : un Pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations ‘‘irrégulières’’, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes (305).

Cette position se résume par cette expression :  La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (306).

Le chapitre 9Spiritualité matrimoniale et familiale

Ce long et magnifique texte se termine par ce chapitre qui développe une spiritualité de l’amour exclusif et libre (319), mais aussi, spiritualité de l’attention, de la consolation et l’encouragement (321).

Au cœur de cette spiritualité, il y a cette affirmation : C’est une profonde expérience spirituelle de contempler chaque proche avec les yeux de Dieu et de reconnaître le Christ en lui (323).

Pour aller plus loin

Cette présentation est bien-sûr partielle, elle visait surtout à vous inciter à lire ce texte fort et enthousiasmant. Peut-être pas à la suite, mais par petites touches, comme on vient se désaltérer à une source…

Vous trouverez le texte intégral sur le site du Vatican vatican.va, mais aussi en cherchant sur votre moteur de recherche préféré !

 

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