Message 116, Mgr Philippe Christory,  » Nous avons vu le Seigneur ! « , Vendredi 9 avril 2021

 

Nous sommes encore dans la joie du Triduum pascal et des célébrations du Mystère de la Résurrection de Jésus-Christ avec les baptêmes de ceux et celles qui sont dorénavant appelés néophytes. Partout on a vu une grande ferveur, des assemblées nombreuses, des personnes animant généreusement, un élan qui ne se dément pas. La foi est vivante et soutient chacun face à l’épreuve de la pandémie. La foi est notre premier vaccin porteur d’espérance et de joie : « ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez. » (Act 2,33)

Aussi, entrons dans le temps pascal en respirant à plein poumon le souffle du Saint Esprit, recueillons les fruits de la résurrection. Voici le programme de vie que nous pouvons mettre en place. Souvent nous visualisons bien le temps du carême comme celui qui nous conduit à Pâques de même que nous vivons l’Avent comme le chemin vers Noël : tous deux sont de merveilleux moments de profondeur spirituelle et de retrouvailles familiales. Cependant les quarante jours qui s’ouvrent maintenant, malgré le confinement, sont autant d’étapes joyeuses dans la lumière de Pâques pour arriver à la Pentecôte. Ce jour-là fait mémoire d’une fête agricole juive lors de laquelle Jésus-Christ envoya son Esprit Saint sur les apôtres, la Vierge Marie et les disciples priant au Cénacle. Ils en furent bouleversés.

La vie chrétienne est nourrie de la grâce divine jour après jour. Au sein des communautés chrétiennes, nous demandons au Seigneur une nouvelle effusion de l’Esprit Saint. Le pape saint Jean XXIII l’avait demandée avant le Concile Vatican II. Son successeur Saint Paul VI avait repris cette prière car « si grands sont les besoins et les périls de ce siècle, si vastes les horizons d’une humanité portée à la coexistence mondiale et impuissante à la réaliser, qu’il n’y a de salut qu’en une nouvelle effusion du don de Dieu. » Lors de la vigile de Pentecôte 2004, saint Jean-Paul II exprimait le souhait « que la spiritualité de la Pentecôte se diffuse dans l’Église, comme un élan renouvelé de prière, de sainteté, de communion et d’annonce. » Nous attestons qu’elle est à l’œuvre dans la vie de beaucoup de catholiques fervents et témoins dans notre diocèse.

Pour invoquer cette effusion de l’Esprit sur l’Église, nous reprenons la lecture de l’exhortation apostolique « La joie de l’Amour » (Amoris Lætitia) publiée par le pape François en 2016. Pourquoi approfondir ce texte ? Car le premier don de l’Esprit est la joie qui nous relie entre nous et parce que « la joie de l’amour qui est vécue dans les familles est aussi la joie de l’Église. » (AL1) Le Saint Père a inauguré une année sur l’amour familial (19 mars 2021-26 juin 2022). Son texte fait suite à l’Assemblée Générale Extraordinaire du Synode des Évêques en 2014 qui rassembla à Rome des représentants de l’Église Catholique du monde entier, conduisant à faire une complexe synthèse d’expériences, de préoccupations et de questions très diverses venues de cultures différentes de la nôtre. Si la fondation de la famille a sa source en Dieu (Cf. Gn 1-2), la figure qui réunit la multiplicité des situations de vie est pour le pape François le polyèdre. J’ose vous en donner une définition mathématique ! « Un polyèdre est une forme géométrique à trois dimensions ayant des faces planes polygonales qui se rencontrent selon des segments de droite qu’on appelle arêtes. » Ce polyèdre conjugue diversité et unité. Il y a donc le centre qui représente Dieu et son Amour universel et infini, et toutes les faces diverses qui signifient les réalités familiales propres à toutes les cultures humaines. L’Esprit Saint suscite la communion entre toutes dans cette diversité.

Le texte aborde beaucoup de questions « en gardant les pieds sur terre » : le projet divin à la lumière des Écritures, la pastorale familiale, la préparation au mariage, le sacrement du mariage, l’éducation des enfants, les situations imparfaites, la fécondité, la transmission de la foi, l’épreuve de la maladie et de la mort, etc.
Le premier chapitre intitulé « À la lumière de la Parole » dit comment la Révélation sur l’amour familial se manifeste dans les saintes Écritures. Le point de départ est le livre de la Genèse, dans les chapitres 1 et 2 qualifiés de « chapitres grandioses ». Ils affirment que l’être humain, homme et femme, est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. La notion de « sainte Trinité » dit la communion entre le Père, le Fils et l’Esprit. C’est pourquoi nous croyons en un seul Dieu dans une pluralité des trois personnes divines unies par un Amour infini. D’ailleurs comment aimer si l’on est seul ? Ainsi chaque être humain est créé à l’image de Dieu, est capable de relations d’amour. Le couple l’est en tant que couple qui touche à l’intime et devient fécond, quelles que soient les modalités de cette fécondité. L’amour conjugal exprime visiblement la communion en Dieu. Le pape l’exprime ainsi : « La fécondité du couple humain est l’image vivante et efficace, un signe visible de l’acte créateur. » (AL 10) Dieu se donne à voir au sein de la nature créée, l’homme et la femme l’expriment par leur harmonie et leur complémentarité. Toute la pastorale de l’Église consiste à renouveler et fortifier cette harmonie par la communication, la prière commune, une vie sexuelle épanouie, le pardon, l’accueil des enfants. Car la vie conjugale ne va pas de soi, nos modèles familiaux sont blessés, nos itinéraires ont pu être difficiles, nous sommes pauvres en humanité. Or nous ne sommes pas seuls, la puissance de l’Esprit Saint accompagne ceux et celles qui se mettent à son écoute. C’est dans la reconnaissance mutuelle de nos fragilités qu’opère la grâce et que grandit l’amour. Ayant reconnu en Ève celle qu’il recherche (Cf. Gn 2), Adam s’attache à elle et ensemble ils donnent la vie. « L’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair. » (Mt 19,5)

« La Parole de Dieu ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites » dit le pape (AL22). Le Christ lui-même rencontre la dureté et même la violence au sein de la vie des hommes et du foyer conjugal. L’accueil des enfants, même si l’Écriture les regardent comme des « plants d’olivier » (Ps 128,3), la transmission de la foi, le foyer familial vécu comme « église domestique », tout cela n’ôte pas les difficultés du quotidien et la nécessité d’un grand courage. Heureusement l’aide divine est promise : « Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur. » (Ap 21,4) Dieu se fait proche et vient vers l’homme : « Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3,20) Une clé du bonheur selon la Parole de Dieu est la tendresse. Les textes parlent de l’enfant heureux contre sa mère et de Dieu qui, telle une mère qui soulève son nourrisson contre sa joue et le berce d’amour, veut faire découvrir tout l’amour qu’il veut offrir à ses enfants. (Cf. Os 11,1ss) Oui, Dieu est lent à la colère et plein d’amour, le découvrir est une grâce pour les époux.

Finalement le paragraphe 29 résume le plan de Dieu pour le couple : « Par ce regard, fait de foi et d’amour, de grâce et d’engagement, nous contemplons la famille que la Parole de Dieu remet entre les mains de l’homme, de la femme et des enfants pour qu’ils forment une communion de personnes, qui soit image de l’union entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. L’activité procréative et éducative est, en retour, un reflet de l’œuvre du Père. La famille est appelée à partager la prière quotidienne, la lecture de la Parole de Dieu et la communion eucharistique pour faire grandir l’amour et devenir toujours davantage un temple de l’Esprit. »

Dans mon prochain message nous regarderons la réalité et les défis de la famille.

Pour conclure ce message sur une autre annonce, j’aimerais vous faire part de ma joie de célébrer une messe d’action de grâce pour les trois années d’épiscopat chartrain. Si vous êtes géographiquement proches de Chartres, je vous invite à y participer le jeudi 15 avril à 12h en la cathédrale. Si vous ne pouvez venir, merci de la prière que vous ferez monter vers le Seigneur. Que je sois, toujours plus, un pasteur selon son cœur !

Ensemble tournons nous encore et toujours vers Notre-Dame :

Vierge Marie,
Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur a tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

Messe d’Action de Grâce : 3 années !

C’est dans la joie que je vous convie à ma messe d’action de grâce pour les trois années d’épiscopat en Eure & Loir, en la cathédrale le jeudi 15 avril à 12h.

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