Message 137, Mgr Philippe Christory, Vendredi 3 septembre 2021

Un enfant me demanda comment écouter Jésus que l’on ne voit pas. Dans les psaumes, les contemporains du psalmiste l’interrogent « Où est-il ton Dieu ? », montrant que la question de la connaissance de Dieu n’est pas nouvelle mais qu’elle habite le cœur et l’esprit de l’homme. À Lourdes lors du pèlerinage, la Vierge Marie nous a aidés à aller vers Jésus par qui Dieu a parlé en ces temps où nous sommes et qui sont les derniers (cf. Hb 1,2). Quand la prière se fait profonde et fidèle, intime et accompagnée par la Parole, alors la connaissance de Dieu prend de la profondeur. Peu à peu, ce Dieu lointain devient proche, sa sagesse nous illumine, sa présence se fait familière et nous lui parlons régulièrement. Certes, nous ne maîtrisons pas ce dialogue comme des experts. Nous ne pouvons pas prétendre encore à l’intimité préparée au Ciel. Nous voyons comme au travers d’un voile, souvent dense, et lorsqu’il nous est offert un instant de contemplation comme un rayon qui ouvre l’obscurité, alors nous goûtons à quelque chose de sa présence. Mais ce n’est pas encore Lui en plénitude. C’est l’Esprit qui vient au secours de notre espérance.

À ce sujet, en célébrant samedi dernier la fête de saint Augustin, le lendemain de la fête de sa sainte mère Monique, me revenait un de ses propos « si tu dis que tu connais Dieu, ce n’est pas Dieu. » Connaître Dieu, c’est le désir des mystiques et parfois des chrétiens laïcs. Mais peut-on le connaître ? Dans l’Islam, les musulmans récitent les beaux noms d’Allah, au nombre de 99. En réalité, le professeur Maurice Borrmans (1925-2017), père blanc qui fut mon professeur à Rome, un des grands islamologues et figure du dialogue islamo-chrétien, expliquait qu’il existe plusieurs listes officielles selon les pays qui regroupent près de 150 qualificatifs différents. Or chaque mot a une limite et ne peut jamais embrasser la totalité d’une réalité. Ainsi aucun mot à lui seul ne peut dire Dieu. C’est d’ailleurs pour cela que nos frères juifs ne prononcent pas le nom de Dieu exprimé par le tétragramme YHWH. On utilise plutôt adonaï qui peut se traduire par « mon Seigneur ». Un mot réduit forcément la nature infinie de Dieu. Le chrétien exprime Dieu par « Dieu est amour » (1Jn 4) ou encore « Dieu est miséricorde » en comprenant que c’est la nature même de Dieu d’être amour et miséricorde. Mais notre conception humaine et mondaine de l’amour fausse la donne et notre compréhension. Qu’est-ce en réalité que l’amour ? Qui peut dire qu’il en a une parfaite compréhension ? Nous avons quelques éléments par l’Écriture sainte. Par exemple, « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13) Saint Jean dans sa lettre tente de nous éclairer : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » (1Jn 4,10) Mais ne trouvez-vous pas qu’un mystère demeure ? Dieu a pensé sa création que nous nommons communément la nature afin que nous y vivions et y partagions sa Gloire, par Amour ! Pourtant le monde demeure le lieu des luttes et des ténèbres. Dieu a comme laissé tout son projet de création à l’autonomie de la nature puissante (par exemple le mouvement des astres) et fragile (tels les microbes et les maladies), accompagnée par sa Providence. Alors y connaître Dieu reste bien difficile. Modestement nous projetons nos mots sur Dieu, comme maître, rabbi et père. Mais n’y a-t-il pas un gouffre infranchissable entre Dieu et notre expérience personnelle de l’enseignement (le rôle du maître ou du rabbi) et de la paternité (le rôle du père) ? Le croyant cherchera toute sa vie, par la méditation des saintes Écritures et sa contemplation du Mystère divin, à appréhender quelque chose de la présence de Dieu, acceptant les écueils et les épreuves non comme des obstacles mais comme des motifs de persévérance pour aller vers Dieu.

En cette rentrée scolaire et de travail pour la plupart d’entre nous, il est précieux de réfléchir à notre formation et aux canaux disponibles de connaissance. Ayons un projet pour nourrir notre foi ? Des propositions existent dans nos paroisses, par le diocèse, dans des lieux de formations qui proposent des parcours à distance (MOOC dans tant de domaines de la vie spirituelle). Nous désirons une Église vivante qui annonce l’Évangile, cela suppose que les catholiques approfondissent leur relation à Dieu, leur vie de prière et leur connaissance du Mystère chrétien par des études et le dialogue fraternel. Comprenez que nous ne pouvons pas nous en tenir à la foi de notre enfance ou à celle du brave charbonnier. En route avec courage, s’il-vous-plait !

C’est la rentrée scolaire et en vous écrivant ces lignes, ma pensée va vers chacune de nos écoles catholiques et leur équipe pédagogique. Ces lieux accueillent vos enfants et adolescents pour les conduire à devenir des hommes et des femmes aimants, ouverts aux autres dans la diversité de notre société française, visages de l’Évangile dont nous devons témoigner pour qu’ils puissent avoir accès à Jésus-Christ, instruits afin d’être acteurs de la société de demain. C’est le Christ source de l’espérance qui illumine notre vie pour la considérer comme un tremplin vers un bel avenir, malgré le contexte sanitaire et social complexe. Nos enfants ont le désir de Dieu. Un garçon me dit : « je veux donner à Dieu et à l’Église tout mon amour. » N’est-ce pas merveilleux ? Ouvrons la porte à la connaissance de l’évangile et du salut. Ne faisons pas obstacle par nos peurs et nos réticences, par une vision étriquée de la laïcité qui empêche la transmission d’un si beau trésor (cf saint Paul dans 2Co 4,7). Une jeune fille m’écrivait : « j’aimerais que l’Église se tourne vers la jeunesse car je vois à la messe tant d’enfants qui se demandent à quoi ça sert. » Sa question est commune chez beaucoup d’enfants qui m’écrivent et nous pourrions proposer des rendez-vous de découverte de la liturgie, des livres, des objets et surtout du mystère du sacrifice eucharistique par lequel un enfant peut comprendre que sa prière fidèle a une grande valeur quand il l’offre pour la conversion et le salut de tous. Personnellement je vais reprendre avec joie mes visites de classes pour écouter les jeunes et répondre à leurs questions. Je remercie du fond du cœur tous les adultes qui vont cette année prendre soin de notre jeunesse et transmettre la vie de foi par le catéchisme, l’animation de groupe d’enfants, les moments imprévus et précieux qu’il nous faut saisir pour offrir quelque parole divine. Merci aux parents qui soutiennent sur ce chemin leurs enfants et qui prennent parfois soin des amis de leurs enfants quand ceux-ci n’ont pas directement accès à la foi. Merci aux grands-parents qui témoignent, expliquent et transmettent l’art de vivre chrétien, à temps et à contretemps. Tous ensemble, nous permettrons que notre jeunesse accède à une vie chrétienne vraie, consciente et épanouissante.

J’avais commencé avec enthousiasme la lecture du texte du pape François « La joie de l’Évangile » (Evangelii Gaudium) donné en 2013 dont le thème central est la mission des chrétiens appelés à devenir disciples-missionnaires. Je souhaite prolonger cette découverte dans les prochaines semaines. C’est en effet dans l’acte missionnaire et l’annonce du kérygme, c’est-à-dire au sens propre du mot un cri ou une proclamation, un cri par son expression synthétique « Jésus-Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité, nous sauve du péché et de la mort », que nous devenons pleinement chrétiens. Car l’Église dont nous sommes membres existe pour évangéliser. Lorsque nous rencontrons des hommes et des femmes de notre époque, tous font un jour l’expérience douloureuse de la souffrance. Elle est commune à la vie humaine. Or la vie chrétienne ouvre une brèche dans cette douleur par laquelle la paix et la joie peuvent nous rejoindre. C’est la présence du ressuscité et l’expérience de son amour miséricordieux et compatissant qui ouvrent une voie nouvelle vers la vie. Notre propre union à Jésus dans la prière contemplative nous permet de goûter combien Jésus s’est fait proche de l’humanité affligée et nous percevons alors l’urgence de dire au monde que le mal et la mort n’ont pas le dernier mot, au contraire que la vie est donnée et renouvelée dans cette union avec Jésus. Reste alors à faire confiance, à le laisser nous soulager et nous guérir. Nous resterons probablement convalescents et fragiles, mais en se sachant aimés et pardonnés. La joie de l’Évangile nous habite lorsque nous témoignons, puisons dans l’eucharistie et la méditation de la Parole l’énergie pour aller à la rencontre des hommes d’aujourd’hui. Bonne rentrée.

Prions la Vierge Marie ce jour ensemble :

« Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance, réclamé votre secours, ait été abandonné.

Animé d’une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je cours vers vous et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds.

O Mère du Verbe, ne méprisez pas mes prières, mais accueillez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen. »

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