Message 138, Mgr Philippe Christory, Vendredi 10 septembre 2021

« Celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. » 

 

Demain samedi, ce sera l’anniversaire du dramatique attentat de New-York que fut la destruction totale du World Trade Center, deux immenses gratte-ciels qui se sont effondrés devant le monde sidéré. Ces tours faites d’acier et de béton étaient comparables à la statue géante de la vision du prophète Daniel cuirassée de fer dont les pieds en argile n’avaient pas résisté à la chute d’une pierre : elle s’écroula. Alors commençait le cycle terrible de la revanche et de la vengeance, il fallait déloger les terroristes qui menaçaient le monde occidental, les rejoindre dans leurs repaires, au cœur de l’Afghanistan, pays du rêve oriental devenu terre de guerre depuis l’invasion soviétique. Les mêmes armes qui servirent contre les communistes – fournies en partie par l’occident – se retournèrent contre les Américains durant vingt années d’occupation. Certes beaucoup d’Afghans retrouvaient une certaine liberté, surtout celle d’être instruits grâce à des écoles accessibles aux filles et aux garçons, le pays s’ouvrant à une démocratie fragile mais qui s’est écroulée face à la pression des talibans pour qui seule la charia peut organiser la vie publique des hommes. Quant aux femmes, les voilà contraintes à se voiler à nouveau, et à être privées de toute espèce de participation à la vie publique. Mes lectures m’ont fait découvrir ce pays, comme Mille soleils brûlants de Khaled Hosseini ou encore Les Hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra. L’écrivain Ahmed Rashid dont le livre, L’ombre des taliban, est une référence, l’affirme : « Quiconque a été en contact avec un Afghan ou a visité l’Afghanistan, en paix ou en guerre, me comprendra si je dis que ce pays et les gens qui y vivent sont parmi les plus extraordinaires au monde. » Très peu de chrétiens vivent dans ce pays islamisé par les conquêtes musulmanes. J’ai eu la joie de marier Léa dont les parents avaient été missionnaires évangéliques à Kaboul. Continuons à prier car la prière est l’arme de la paix.

L’exhortation apostolique du pape François « la joie de l’évangile » (Evangelii Gaudium) nous demande une véritable transformation missionnaire. Comment est-ce possible et quels sont les chemins proposés ? Le fondement de cette conversion est la prière du peuple chrétien, dans l’écoute de l’Esprit Saint qui nous inspire les voies de Dieu pour ce temps contemporain, face aux questions qui émergent et bouleversent les relations interpersonnelles. Prions pour que des prophètes se lèvent et parlent aux hommes de notre époque, leur témoignant que nous pouvons être associés pour bâtir une civilisation de l’amour par des relations vraies et fécondes, en vue de projets qui respectent les humains comme la nature. Mais comment prier lorsque l’on revient vers l’Église sans être formé ? En effet, certains retrouvent le Christ et me disent simplement ne pas savoir prier. En réalité, toute personne qui se tourne vers Jésus pour lui parler fait déjà une belle prière. Notre prière chrétienne commence par le signe de la croix que nous traçons du front au nombril et sur nos épaules. Objet de torture, la croix est devenue le signe de l’amour offert par Jésus pour chacun de nous. Il a payé le prix de notre salut, il nous sauve du drame du péché. Aussi nous entrons dans la prière en nous concentrant sur la présence de Dieu, en le saluant et en le bénissant, en faisant silence en soi, en fermant les yeux et les oreilles aux objets et aux bruits extérieurs comme intérieurs, particulièrement notre smartphone. Demeurons longtemps dans cet état calme qui saisit le cœur tout en cultivant le désir de la rencontre et de l’écoute. Puis, nous pouvons lire lentement un texte biblique ou un écrit spirituel qui dispose l’esprit à se centrer sur la présence divine, pour remercier le Seigneur de ses bienfaits voire lui demander pardon. Le silence prolonge ce moment puis il est possible d’intercéder et de demander au Saint Esprit ses dons. Enfin, notre prière personnelle n’est chrétienne que si elle embrasse le monde entier, souvent théâtre de luttes et de souffrances. Finalement lorsque le temps choisi au départ est écoulé, nous pouvons bénir Dieu pour ce moment, invoquer la Vierge Marie en lui demandant de nous garder en paix sur le cœur de son Fils Jésus et après un beau signe de croix, chacun peut repartir l’âme légère et disposé à être témoin de l’évangile. Saint Jean Chrysostome, prédicateur merveilleux du VIème siècle disait : « rien au monde n’est plus fort que le juste qui prie. L’homme qui prie a la main sur le gouvernail du monde. » Que les hommes et les femmes qui assument une autorité soient des priants pour écouter la voix de l’Esprit les guider, car « hors de moi vous ne pouvez rien faire » dit Jésus. Que les maires de nos communes, nos parlementaires, nos sénateurs, nos directeurs d’EHPAD et d’écoles puisent dans leur union à Dieu la grâce nécessaire pour être guidés et assumer les lourdes charges qu’ils portent, là est mon vœu. Pour être en paix et en communion fraternelle, n’avons-nous pas besoin d’un pivot ou d’une fondation ?

La transformation missionnaire authentique se fonde sur une foi profonde qui rend compte de l’espérance donnée par Dieu. Dans mon message précédent, je parlais de la connaissance de Dieu tout en rappelant que dans ces derniers temps le Verbe divin incarné en Jésus-Christ a donné visage à Dieu et s’est fait connaître. Jésus demandera aux apôtres qui vivent avec lui : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » (Mc 8,29). Cette question ouvre à la possibilité d’une réponse personnelle. La transformation missionnaire a donc besoin d’une recherche personnelle et ecclésiale fondée sur notre intimité avec Jésus dans la prière et la contemplation. Elle puise dans le saint sacrifice eucharistique sa force. Si cette quête est celle de la théologie, en réalité tout chrétien croyant et disposé à engager sa raison dans un travail de recherche devient théologien. Aussi la transformation missionnaire n’est pas le fruit de techniques, de moyens matériels ou de processus d’entreprises mais c’est un chemin courageux et persévérant à l’écoute de l’Esprit qui révèle peu à peu le sens de l’Écriture lue dans la Tradition de l’Église par celui qui a le cœur ouvert et des oreilles pour écouter. La conversion passe par l’écoute des personnes et « il convient d’être réalistes et de ne pas donner pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile qui lui confère sens, beauté et attrait. » (Pape François EG 34) L’annonce doit se centrer sur « l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse. » Il y a une hiérarchie dans les vérités, les vertus et les actes qui en procèdent. « Dans ce cœur fondamental resplendit la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité. » Là, la miséricorde est au-dessus de toutes les vertus. Nous ne pouvons exclure telle vertu ou tel aspect du dogme mais tout doit être lu et soumis à la lumière de la Révélation du Christ qui s’opère par l’incarnation, par la passion jusqu’à la résurrection qui ouvre le chemin du Ciel où Dieu le Père nous attend. C’est l’amour divin qui opère cela. C’est lui qui doit se manifester dans nos paroles missionnaires. « L’Évangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous. » (EG 39) Espérons toujours que notre société ouvre la porte au Sauveur. En attendant, revisitons les lieux et associations catholiques que nous animons pour lui donner sa vraie place.

Ces jours-ci, alors que le monde fait mémoire des attentats de New-York et hésite entre tristesse, colère ou espoir, nous catholiques prions et appelons par nos paroles à bâtir avec tous une civilisation fondée sur l’amour et cet amour a un nom, il se nomme Jésus.

Je vous propose de prier avec le pape François en reprenant la belle prière qu’il nous donna place saint Pierre en pleine pandémie en 2020 :

Ô Marie,

Tu resplendis toujours sur notre chemin

comme signe de salut et d’espérance.

Nous nous confions à toi, Santé des malades,

Qui, auprès de la Croix, a été associée à la douleur de Jésus,

En maintenant ta foi ferme.

Toi, salut du peuple romain,

Tu sais de quoi nous avons besoin

Et nous sommes certains que tu veilleras

Afin que, comme à Cana de Galilée,

Puissent revenir la joie et la fête

Après ce moment d’épreuve.

Aide-nous, Mère du Divin Amour,

À nous conformer à la volonté du père

Et à faire ce que nous dira Jésus,

Qui a pris sur lui nos souffrances

Et s’est chargé de nos douleurs

Pour nous conduire, à travers la croix,

À la joie de la résurrection. Amen.

Sous ta protection nous cherchons refuge, Sainte Mère de Dieu.

N’ignore pas nos supplications, nous qui sommes dans l’épreuve,

Et libère-nous de tout danger, Ô Vierge glorieuse et bénie.

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