Message 149, Mgr Philippe Christory Vendredi 26 novembre 2021, « Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche ! »  

 

L’Avent (mon quatrième déjà, en Eure & Loir) est une période liturgique propice à l’intériorité spirituelle, à la méditation des évangiles de l’enfance qui décrivent la venue de l’ange Gabriel, l’accueil du Verbe divin dans le sein de Marie, la naissance de l’enfant conçu miraculeusement, la place de Joseph qui le nomme Jésus, la pauvreté matérielle comme espace de vie pour le Roi des rois. Nous aurons dès ce dimanche 28 novembre quatre semaines pour vivre plus sobrement, moins consommer, prier fidèlement à l’écoute des textes bibliques, aimer ceux qui sont proches, nettoyer la maison et donner ce qui n’a servi à rien durant l’année pour les œuvres, fabriquer plutôt qu’acheter des petits cadeaux personnels à offrir et préparer une belle crèche avec nos santons. Au sein de nos communautés paroissiales, pourrons-nous organiser des rencontres en invitant ceux qui sont seuls et réaliser des décorations à offrir pour embellir chaque maison, sans dépenser ? Pourrions-nous réaliser des gâteaux typiques de Noël et partager de bons chocolats chauds ? Proposerons-nous une table ouverte le 25 décembre pour ceux et celles qui n’ont pas de famille ? C’est le moment de susciter une église solidaire, de nous réunir. Que personne ne dise que cela ne l’intéresse pas car notre église a besoin de chaque talent et de notre élan solidaire. La société laisse beaucoup de personnes démunies : le temps de l’Avent n’est-il pas l’occasion de faire quelque chose avec elles ? Personnellement, à l’approche de Noël, je suis heureux à l’idée d’aller célébrer la messe à la prison de Châteaudun, de partager une soirée avec les compagnons du partage, de célébrer la messe et de prendre un repas à la maison de retraite Notre-Dame de Joie au milieu des religieuses très âgées, de vivre la matinée de Noël à l’Hôtel-Dieu parmi les résidents, de visiter les prêtres âgés du diocèse accueillis chez les sœurs de Saint Paul de Chartres, de me rendre disponible pour les personnes en difficulté. Les pauvres nous enrichissent de leur humanité authentique.

Nous avons célébré dimanche dernier la fête du Christ Roi. Loin du faste des royautés humaines, Jésus entre dans le monde des humains par l’humble porte de la pauvreté, en naissant dans une mangeoire entouré de ses seuls parents, la Vierge Marie et Joseph. Sa vie publique, il la parcourt sans « pierre où reposer sa tête » en totale dépendance de la Providence divine et de la bonne volonté des gens. Il prêche et il guérit, il aime et il pardonne. Cependant sa parole devient insupportable pour les autorités religieuses juives quand il décrit sa parfaite communion avec Dieu le Père du Ciel, « le père et moi, nous sommes UN » (Jn 17) et le Roi des rois devient la victime d’une machination abjecte qui le mène à la crucifixion. « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. » disent-ils (Jn 10,33). Son trône devient la Croix immonde de son supplice. Cependant il ressuscite et apparaît glorieux le troisième jour. Sa charité totale est son vêtement de majesté. Il communique ses dons à son Église par les apôtres qui reçoivent mission de le rendre présent par les sacrements et de faire connaître ses enseignements.

C’est pourquoi l’Église est apostolique et elle est constituée des « pierres vivantes » les baptisés en Jésus-Christ. Elle est sainte car le Christ est la tête, mais elle est pauvre car nous sommes tous pécheurs. Depuis la parution du rapport Sauvé sur les violences sexuelles, plusieurs personnes sont venues me parler des abus subis par la faute de prêtres ou dans leur famille, causes de souffrances profondes et durables. L’Église de France a pris la décision courageuse de réparer autant qu’il est possible par l’accueil et l’écoute et par l’aide financière envers les victimes qui demanderont un soutien. Je vois des personnes très sensibles à cette solidarité mais j’entends aussi des mécontentements de catholiques qui ne veulent pas que leur argent ou celui qu’ils ont pu donner pour la mission de l’Église soit utilisé pour aider les victimes d’abus. « Quand un membre souffre, tout le corps souffre » affirme Saint Paul (1Co 12,26) explicitant notre solidarité envers les plus souffrants. Que ceux qui ne veulent pas donner d’argent ne le fasse pas : « que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement » (2Co 9,7). Ne soyons pas des juges enfermés dans des certitudes mais au contraire écoutons les victimes, lisons « de victimes à témoins » ce recueil de témoignages que l’on trouve sur le site de la CIASE, et n’oublions pas que les victimes de ces abus sont aussi dans nos propres familles, proches de nous. Le diocèse de Chartres a peu de réserves financières et seuls quelques legs annuels permettent d’assurer son équilibre ressources et charges en vue de la mission. Les membres du Conseil économique du diocèse sont bien conscients des enjeux de justice et de gestion.

L’Avent nous permet d’espérer. Les responsables laïcs et clercs de l’Église travaillent pour anticiper et mettre en place les bonnes procédures afin de rendre l’Église sûre. La société doit elle-même convertir les relations humaines pour que cessent les perversités. L’Écriture sainte dit que le Seigneur, après avoir chassé les vendeurs tels des bandits hors du temple de Jérusalem, reprend son chemin vers les personnes qui le recherchaient. C’est ce que notre diocèse fait et doit faire. Chasser les bandits, prendre soin des blessés et poursuivre son chemin vers ceux qui cherchent Dieu. Qui sont les bandits aujourd’hui ? Ce sont les abus de pouvoir qui infantilisent les fidèles. Aujourd’hui des hommes et des femmes aspirent à rencontrer Jésus, comme nos catéchumènes et nos confirmants rassemblés dimanche dernier, ou comme les jeunes couples qui ont vécu une journée de partage et de prière à l’écoute de Jésus. Nous existons pour les rejoindre et leur annoncer l’Évangile.

Les mots du prophète Isaïe me reviennent pour nous redonner l’espérance en l’alliance éternelle de Dieu. Le peuple hébreu était alors en exil loin de chez lui : « vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur déclare : “Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations”. Vous serez nourris, portés sur la hanche, comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs. » (Is 66,11-14).

Dans l’Ancien Testament, le lait et le miel sont des nourritures précieuses considérées comme des signes de la grâce divine. Le prophète Isaïe proposait d’acheter du lait sans argent, sans rien payer (Is 55,1), car la grâce est un cadeau immérité, offert par la miséricorde divine. Le Seigneur fait une promesse de paix qui aujourd’hui, résonne de manière particulière. Nous espérons être consolés comme la maman console son enfant en larmes. La vie sera redonnée. Isaïe utilise l’image des ossements desséchés dont Ézéchiel avait eu la vision : la chair reprend vie sur ces ossements par le souffle de Dieu. Pourquoi chez Isaïe une telle espérance est-elle possible ? En réalité, il aperçoit le serviteur souffrant qui prend sur lui tout le péché d’Israël, figure prophétique du Messie attendu et qui se révèle en Jésus-Christ. C’est pourquoi nous croyons que les bénédictions divines arriveront à condition que chacun de nous accueille en sa vie et dans son cœur Jésus comme Messie et Sauveur. Autour de Lui, l’Église redeviendra l’assemblée bénie et fraternelle qui prie et accueille toutes personnes afin de rendre notre société plus humaine et préparer l’avènement de la vie céleste.

Prions en cette fin de semaine pour entrer en Avent avec zèle et un vrai goût pour demeurer proche de Jésus enfant.

« Sainte Marie, Mère de Dieu,

gardez-moi un cœur d’enfant, pur et transparent comme une source.

Obtenez-moi un cœur simple qui ne savoure pas les tristesses.

Un cœur magnifique à se donner, tendre à la compassion.

Un cœur fidèle et généreux, qui n’oublie aucun bien et ne tienne rancune d’aucun mal.

Faites-moi un cœur doux et humble, aimant sans demander de retour, joyeux de s’effacer dans un autre cœur devant votre divin Fils.

Un cœur grand et indomptable qu’aucune ingratitude ne ferme, qu’aucune indifférence ne lasse.

Un cœur tourmenté de la gloire de Jésus Christ, blessé de son amour

et dont la plaie ne guérisse qu’au ciel.

Amen »

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