Message 151 Mgr Philippe Christory vendredi 10 décembre, « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut ! »

 

 

En ce temps de l’Avent nous pouvons méditer sur la si belle figure de Marie. Quel est le sens de l’expression « Immaculée Conception », celle que l’Église honore le 8 décembre ? Il nous faut remonter au livre de la Genèse, plus spécialement au troisième chapitre qui raconte le drame du premier péché d’Adam et Ève. Mais tout d’abord doit-on accorder crédit à l’histoire de la création par Dieu de ce premier couple de nos ancêtres ? Les érudits juifs, vers le VIIe siècle avant Jésus-Christ, inspirés par le Saint Esprit, ont écrit deux récits de créations, empruntant aux peuples païens du Moyen-Orient une partie de ces histoires, mais y ajoutant une théologie merveilleuse pour nous dire que l’être humain, tiré de la glaise et vivant par le souffle de Dieu, est créé homme et femme, réellement à l’image et à la ressemblance de son créateur. Il ne l’est pas par le corps puisque Dieu est un pur esprit, mais par la communion d’amour en Dieu Trinité qu’Adam et Ève reçoivent tel un trésor. Cependant, au centre du paradis pousse l’arbre de la connaissance du bien et du mal que Dieu interdit de consommer. Tentés par le malin, Satan, ils vont succomber, désobéissant au Seigneur, se défiant de lui par orgueil, et ils sont chassés de cet état d’innocence originelle. Désormais les humains seront tous marqués du péché des origines, fragilisés dans leur vocation à la communion tant avec Dieu qu’entre eux. Qui ne fait pas l’expérience de sa fragilité et de la tentation au mal qui advient en soi malgré notre désir de bien faire ?

Marie, qui enfante Jésus, portait-elle aussi cette marque du péché originel ? Le peuple catholique percevait depuis le Moyen-Âge qu’elle avait un destin singulier, et voici que le sensus fidei, ce bon sens spirituel du peuple croyant, reconnaissait que Dieu l’avait préservée de ce mal. Comment était-ce possible si l’on considérait que le Christ sauve tous les humains ? Marie sa mère devait-elle aussi être sauvée ? Saint Bernard de Clairvaux trouva la réponse à cette énigme en disant qu’il est plus grand d’empêcher un enfant de tomber que de le relever après sa chute. Jésus sauve sa mère de ce péché originel en la préservant d’en être marquée grâce aux mérites de sa passion salvatrice. Ainsi l’Église peut-elle simultanément dire que Marie est née immaculée de tout péché originel et qu’elle est sauvée par avance par la Croix et la résurrection de son Fils Jésus.

Cette belle fête qui résonne dans nos cœurs trouve un écho remarquable à Lourdes lorsqu’en 1858 la belle dame des apparitions affirme à sainte Bernadette qu’elle est l’immaculée conception. Nous fêtons donc Marie, en ce 8 décembre. Immaculée conception.

Maintenant revenons avec attention à la nouvelle traduction du Missel Romain qui utilise dorénavant l’expression « frères et sœurs » au lieu du seul « frères » dans la prière de demande de pardon au commencement de la messe. ll s’agit de la prière appelée confiteor. À deux reprises, cette mention y apparaît : « Je confesse à Dieu tout-puissant, je reconnais devant vous, frères et sœurs, que j’ai péché en pensée, […] C’est pourquoi je supplie la bienheureuse Vierge Marie, les anges et tous les saints, et vous aussi, frères et sœurs, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu. » N’y voyons pas là une nouveauté, puisque le canon romain c’est-à-dire la prière Eucharistique n°1 utilise cette formule latine : « Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum » ce qui se traduit par « Souviens-toi, Seigneur, de tes serviteurs et de tes servantes ». Il faut rappeler que ce Missel est d’un usage universel, notamment au Canada où les canadiens sont sensibles à la parité dans le langage liturgique. La nouvelle traduction s’est attachée à l’original latin, en tenant compte de la langue habituelle et maternelle qui est celle du cœur, sans pour autant tomber dans des particularités locales.

La liturgie se reçoit de l’Église, c’est-à-dire à travers le travail de recherche de théologiens, d’historiens et de liturges compétents. Le nouveau Missel arrivant à maturité après dix années de travail, nous l’utiliserons tel qu’il est, car ce n’est pas l’innovation personnelle qui rendra la messe vivante, mais notre foi et notre prière commune, intense et vraie en Jésus-Christ. Il serait bien que tous les laïcs engagés dans le service liturgique de leur communauté lisent l’introduction du Missel, magnifique par son développement théologique et spirituel. On y apprend par exemple que le psaume doit être chanté, que c’est le chantre ou le chœur qui chante l’antienne de l’Alléluia, que les fidèles se mettent à genoux durant la consécration, que l’on incline la tête devant le mystère de l’incarnation lorsque l’on récite le symbole de la foi, que le silence sacré est important après le Gloria et après chaque lecture, qu’il sera bon d’utiliser le latin pour quelques grandes prières comme le Notre-Père ou le Gloria. Tout ceci doit être transmis avec pédagogie et nous nous souvenons que tout est pour la Gloire de Dieu au service de la vie spirituelle de chacun. Ainsi, ceux qui préparent la messe auront une forte attention au service des fidèles et non pas à leur propre goût.

En ce temps de l’Avent, notre vie spirituelle continue et j’aimerais insister sur la certitude que nous ne sommes pas seuls. Le Christ est là. La cinquième vague causée par la Covid suscite inquiétude, fermetures de classe, contraintes sanitaires. Simultanément les catholiques préparent la fête de Noël en cet Avent, temps de la promesse comme l’annonce le prophète Isaïe que nous lisons jour après jour. Le 3 décembre, nous fêtions saint François-Xavier, compagnon de saint Ignace de Loyola et premier jésuite qui, au XVIe siècle, partit évangéliser l’Extrême-Orient jusqu’au Japon. Il rêvait d’entrer en Chine mais l’épuisement mit fin à son glorieux périple comme témoin de Jésus-Christ. Quelle puissance d’amour l’habitait ? Il voyait la soif des populations indigènes demandant à recevoir le baptême en choisissant la foi en Jésus Christ car ils découvraient la liberté et le salut. Le Christ est la réponse magnifique aux attentes exprimées par des hommes et des femmes troublés face à un avenir incertain dans une société divisée qui ferme ses frontières et peine à reconnaître en chaque personne un frère ou une sœur. En cet Avent, regardons la Vierge Marie comme modèle de disciple, elle qui depuis l’Annonciation vit en présence de l’Esprit Saint. Elle montre l’authentique attitude du croyant qui perçoit que Dieu vient vers lui : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » (Jn 14,23). En tout lieu, au travail ou dans les transports, dans les temps de famille ou de loisirs, le jour comme la nuit particulièrement dans nos insomnies, nous pouvons lui parler comme on parle à un ami qui entend nos désirs comme nos plaintes. Il amène en nous la paix et la joie spirituelle que nous accueillons de tout cœur car nous ne sommes pas seuls, nous sommes le temple de l’Esprit. Vivons dans cette attitude émerveillée face à la beauté du mystère de l’Incarnation célébrée à Noël. Ne soyons pas trop distraits par l’extériorité des décors d’une société qui élimine volontairement les signes de sa venue. Pourquoi ne pas essayer de lire l’Évangile en famille en laissant chacun dire ce qu’il reçoit de la Parole ? C’est cela notre richesse et ce sont nos cadeaux. Nos activités mondaines ne combleront pas les grands désirs que nous portons en nous. Avec le Christ nous avancerons guidés par l’Étoile vers Bethléem où nous pourrons adorer l’enfant Jésus. N’est-ce pas là une merveilleuse source de sérénité et d’espérance ?

Je désire vous proposer la belle prière de la neuvaine à la Vierge Marie utilisée pour la fête de l’Immaculée Conception : 

Ô Marie Immaculée, Mère très aimante de Jésus, entourez chaque famille de votre maternelle affection. Qu’elle soit un lieu authentique d’amour, de prière, de partage, d’accueil et de paix.

Révélez à chacune d’elles sa vocation missionnaire en témoignant de la joie de l’Évangile.

 Que votre Sainte Famille aide les couples en crise à surmonter les difficultés et à en faire des opportunités pour grandir dans l’amour et devenir plus forts. Secourez les familles éprouvées par la maladie, la pauvreté ou la guerre. Réconfortez les enfants privés de tendresse, d’écoute et d’éducation ; défendez-les de tout mal.

 Avec saint Joseph, époux et père vigilant, conduisez-nous sur le chemin de la Vie ; obtenez-nous grâce, miséricorde et courage, pour accomplir chaque jour la volonté d’amour du Père. Amen.

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