Message 162 Mgr Philippe Christory, vendredi 25 février

« La Croix de Jésus n’est-elle pas son plus grand miracle ? »

Et si vos enfants appellent leur enfant Radegonde ? Car il existe une Radegonde qui fut reine, épouse, religieuse, et surtout reconnue sainte. Voici une femme admirable dont notre pays peut être fière. À notre groupe de quinze prêtres partis en retraite spirituelle il y a quelques jours à Poitiers, il fut donné de mieux la connaître. Radegonde est une princesse née vers 519 en Thuringe et qui retourne au ciel le 13 août 587. Suite à une défaite militaire, Radegonde, qui a onze ans, et son petit frère, sont prisonniers du roi Clotaire et c’est à sa Cour qu’ils sont éduqués. Le charme de la jeune femme touche le roi qui décide de l’épouser, ce qu’elle ne désire pas, ayant choisi en son for intérieur la vie consacrée, mais sous la pression elle finit par acquiescer. Faite reine des Francs, elle choisit de vivre simplement et elle prend soin des pauvres, jusqu’au jour terrible où Clotaire fait assassiner son frère. Face au crime, Radegonde ne peut plus rester à la Cour, insiste pour partir ce qui lui est finalement permis, même si son époux cherchera à la reprendre en se mettant à sa poursuite. Elle devient diaconesse et moniale. Radegonde échappe à son époux grâce à l’intervention de l’évêque saint Germain qui convainc le roi de l’oublier prétextant l’excommunication de toute personne arrachant une moniale à son abbaye. Passée par Tours, elle arrive à Poitiers. Elle y fonde le monastère Notre-Dame devenu la congrégation de la Sainte-Croix, mais par humilité, choisit de ne pas en prendre la tête et c’est sainte Agnès qui en est la première abbesse. Elle obtient un fragment de la sainte Croix du Christ de l’empereur Justin II qui règne sur l’empire byzantin. Sa sainteté se répand. Elle influence grandement le monde politique, œuvrant pour l’unité du Royaume, notamment par ses relations épistolaires avec les évêques et le roi Sigevert I successeur de Clotaire. Son corps repose dans l’église Sainte-Radegonde de Poitiers et de nombreux miracles furent attestés par son intercession. En ces jours de préparation à l’élection présidentielle, son intercession peut être sollicitée pour que nous recevions un président ou une présidente qui œuvre pour le bien des citoyens. L’Évangile n’étant pas un code civil, il sera difficile de voir appliquer ses enseignements dans l’ère politique mais l’influence du bien qu’il propose peut aider chacun à vivre heureux et en paix.

Lors de notre belle retraite, la figure d’Hilaire de Poitiers nous a été présentée et ses écrits furent lus. Il est un des premiers « Pères de l’Église », une figure incontournable de l’antiquité chrétienne occidentale, dont la foi puise dans la Bible toute sa force. C’est l’Écriture qui lui permet de comprendre la double nature, humaine et divine du Christ. L’œuvre d’Hilaire de Poitiers est fondamentale pour lutter contre l’arianisme qui nie la nature divine de Jésus et donc la possibilité qu’il nous sauve de la mort. Il nous a laissé notamment un écrit majeur en douze volumes nommé « De Trinitate ». Des enseignements reçus, j’aimerais vous partager ce que j’ai retenu de ce saint qui considérait que son officium –  son métier – était de prêcher : non pas tant parler de Dieu que « parler Dieu ». Comment comprendre cette expression ? Hilaire désire que son intelligence, son être, sa sensibilité, que tout ce qu’il est « parle Dieu ». Car Dieu n’est pas un objet dont on parle mais Lui parle. En effet, Dieu est insaisissable et prétendre parler de lui est présomptueux car la réalité de sa nature divine va tellement au-delà de notre entendement. Dieu n’est-il pas insaisissable ? « Dieu, nul ne l’a jamais vu. » C’est ainsi que sa présence en nous, puisque nous sommes par notre baptême devenus temple de l’Esprit Saint, rayonne dans les obscurités du monde. Hilaire insiste pour que notre être laisse passer Dieu grâce à la présence du Saint Esprit, par une vie spirituelle profonde et une vraie familiarité avec l’Écriture sainte. Dieu se laisse voir comme le soleil traverse le verre du vitrail. Permettre à Dieu de parler à travers nous, en espérant que nous ne soyons pas des verres opaques qui ne laissent guère passer l’éclat des rayons, mais que nous reflétions la lumière. Saint Paul n’affirme-t-il pas que « nous brillons comme des lumières » ? Encore faut-il que nous nous orientions en permanence vers la source de toutes les grâces, le cœur de Jésus, un peu comme on oriente un panneau solaire pour qu’il soit exposé au maximum du rayonnement solaire. Est-ce que ma vie « parle Dieu » – on pourrait dire « dit Dieu » ? Voici une bonne question à se poser entre frères et sœurs. Comment gagner en authenticité dans notre vie spirituelle ? Comment les autres, mes amis et mes proches, reconnaissent-ils que je vis de la présence du Seigneur ?

Si nous pensons être peu transparent à la lumière, heureusement, il y a un remède précieux : le sacrement de la confession qui nettoie l’âme des scories du péché, et la charité en acte qui alimente le feu intérieur. En ces jours de carême qui arrivent, voici une belle démarche spirituelle, porteuse de belles grâces d’humilité, libératrice des conséquences du péché, particulièrement la tristesse intérieure et la froideur spirituelle.

Notre histoire de France regorge de vie de saints et de saintes. C’est un patrimoine spirituel à découvrir pour y puiser des exemples concrets. Cela continue aujourd’hui, n’en doutons pas, par exemple avec la canonisation prochaine du bienheureux Charles de Foucault. Les livres ne manquent pas pour découvrir sa vie. Cet homme, militaire remarquable, un peu fêtard dans sa jeunesse, aventurier et découvreur audacieux, est devenu par la rencontre de l’abbé Huvelin en l’église Saint-Augustin de Paris, un homme de Dieu, ermite, religieux et acheva sa vie dans une profonde amitié avec le peuple Touareg près de Tamanrasset au sud algérien, au cœur du massif montagneux de l’Assekrem. Là, en haute montagne, au cœur du désert, dans un ermitage balayé par les vents, il priait seul, entouré de musulmans, offrant sa vie au Christ. Sa canonisation aura lieu le dimanche 15 mai à Rome, et il est possible de s’y rendre.

D’ici mon prochain message, nous aurons commencé le carême. Comme je vous le proposais la semaine dernière, préparons-nous à ce temps liturgique, comme on se prépare pour un voyage fait de silence (la prière), de sobriété (le jeûne), d’entraide (l’aumône). Une lecture des Saintes Écritures, un livre spirituel de qualité à méditer, un parcours à suivre sur le web pour nourrir notre vie théologale et spirituelle. Sur ce point, j’aimerais vous faire une proposition riche mais qui demande un certain effort. Mais l’effort n’est-il pas nécessaire à la vie de foi comme il l’est à l’amour, à la famille, à l’amitié ? Il s’agit de rencontres autour du thème de la Croix et de Jésus crucifié à découvrir dans les épîtres de saint Paul qui sont proposées sous forme de vidéos chaque semaine. Je vous mets le lien ci-après. Certains préfèrent ne pas parler de la Croix, ils aimeraient une religion de l’amour sans douleur et sans sacrifice, mais cela n’existe pas. Nos vies passent par des épreuves, même parfois des persécutions voire des guerres. Être chrétien fidèlement n’est pas fait pour les amateurs de sucreries, mais pour ceux qui entendent Jésus dire « si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24). Jésus est Dieu de la Providence, il marche à nos côtés dans les épreuves et dans les joies.

Voici le lien à découvrir pour ce parcours de carême : https://play.emmanuel.info/courses/saint-paul-leglise-et-la-croix/

Saint Cyril de Jérusalem, un autre Père de l’Église, cette fois-ci d’Orient, disait : « Toute action du Christ glorifie l’Église ; mais la gloire des gloires, c’est la Croix. » Cette conviction, il la puise dans saint Paul qui disait : « pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. Par elle, le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde. » (Gl 6, 14) Nous pouvons d’ailleurs comprendre l’importance du sacrifice de la Croix. Ne voyons-nous pas Jésus opérer des miracles ? Pourtant ces miracles que Jésus réalise ne concernent qu’une ou quelques personnes. Le fruit du miracle est donc limité à la personne guérie et aux témoins qui sont encouragés. La Croix est un sacrifice dont la fécondité est universelle, le Christ crucifié puis ressuscité sauve toute l’humanité, depuis l’origine jusqu’au dernier-né. Cette réalité souvent incomprise est un « scandale pour les Juifs, une folie pour les nations païennes » (1Co 1, 23). Cependant pour nous elle est la source du salut. Cela signifie que le péché et la mort n’ont pas eu le dernier mot, et que nous avons la Gloire de Dieu comme destination ultime, cette Gloire étant la joie parfaite et lumineuse.

Merveilleux moment que le carême qui s’ouvre à nous. Sachons redoubler dans la prière, notamment auprès de la Vierge Marie avec qui nous pouvons prier pour les vocations en vue de la vie consacrée.

Prière à Notre-Dame du Sacerdoce

Vierge Marie,

Mère du Christ Prêtre,

Mère des prêtres du monde entier,

Vous aimez tout particulièrement les prêtres,

Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.

Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,

Et vous l’aidez encore dans le ciel.

Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,

Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.

Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,

Qui nous donnent les sacrements,

Nous expliquent l’Évangile du Christ,

Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.

Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,

Les prêtres dont nous avons tant besoin,

Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,

Obtenez-nous, ô Marie,

Des prêtres qui soient des saints.

Amen.

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