Message 86 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 11 septembre 2020

« Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. » (Rm 13,10)

Chacun de nous a soif d’amour. Être aimé et pouvoir aimer quelqu’un est tellement important ! Cela nous différencie des créatures vivantes, dont la mémoire instinctive, celle de leurs gènes, commande leur agir. Ainsi le Tisserin fait-il un nid extraordinaire sans qu’on lui ait appris. L’homme a certes un corps, mais il a aussi une âme et un esprit qui lui permettent d’exercer sa volonté. Il peut faire le choix, libre, d’aimer, de se donner, gratuitement, pour le bonheur des autres ou d’un autre dans le cadre du couple. C’est ce que saint Jean-Paul II appelait la vocation sponsale, qui est inscrite dans le cœur de tout homme, qu’il soit ou non marié. L’homme est un être de relation et de don. Toutes les lois du peuple juif comme celles de notre code civil balisent un cadre pour un vivre-ensemble harmonieux, mais elles sont inférieures dans leur statut face à la vocation à l’amour qui les surpasse toutes. Si l’un de nous aimait parfaitement, alors la plupart des lois civiles ne le concerneraient pas car il ne ferait rien aux dépens des autres. Seul Jésus-Christ fut capable d’un tel amour dans sa vie terrestre. C’est en raison de cette vocation à l’amour que l’éducation de l’enfant cherche à épanouir sa capacité à aimer et à se donner pour le bien des autres. Nos écoles catholiques ont cette mission spirituelle. Elles s’organisent pour apporter une sagesse, c’est à dire faire connaitre Jésus-Christ, source et modèle de tout amour.

Le lundi 31 août, nous inaugurions le bâtiment Charles Péguy au sein du lycée Notre-Dame de Chartres. Ce projet veut favoriser l’enrichissement culturel et artistique des élèves. Au cœur de ce lieu, se trouve un bel oratoire qui possède un vitrail nouveau conçu par une classe d’arts plastiques. Les élèves ont œuvré avec la Maison Loir dont le savoir-faire est connu de tous les amateurs de vitrail. Cette œuvre présente, dans un style contemporain lumineux et coloré, une Vierge Marie accroupie et penchée vers Jésus. Il est représenté comme un enfant de quatre ans. L’attitude de la Vierge est celle de l’accueil, de la tendresse et de la douceur, de la vigilance envers son enfant et de la confiance qu’elle lui donne. Ce nouveau lieu de prière est empreint de paix pour méditer et prier. Les lycéens qui viennent étudier en cet établissement sont ainsi conduits au plein de développement de tout leur être, corps, esprit et âme. La force de l’éducation catholique est d’offrir la possibilité de l’intériorité sans la masquer ou la réserver à la sphère privée de la vie personnelle. Ouvrir son âme à la grâce, laisser son cœur être rempli par la Parole divine, recevoir d’en haut une sagesse qui viendra éclairer les connaissances acquises par l’étude, voici un projet digne de tout être humain. Issu d’un milieu simple, le grand poète Charles Péguy, familier de Chartres où il vint en pèlerinage à plusieurs reprises, notamment en 1912 et 1913, fut saisi par le Christ. Ses textes admirables méritent d’être lus. Habité par le Seigneur, il partit à la guerre en 1914 pour défendre son Pays la France et fut tué cette même année. Tombé trop jeune, il laisse un héritage littéraire magnifique. Qu’un bâtiment scolaire porte son nom n’est pas anodin, et qu’un oratoire en soit le cœur ne l’est pas davantage.

Ces lycéens sont le présent de l’Église mais aussi son avenir. Si l’un d’eux lit mes lignes, je lui dis toute ma confiance pour qu’il se mette à l’écoute de l’Esprit Saint avec ses amis chrétiens pour proposer des voies nouvelles pour la mission. Les disciples que Jésus appela en Palestine étaient des hommes jeunes qui avaient l’âge des étudiants d’aujourd’hui. Parfois l’iconographie tardive les a peints avec une barbe blanche, mais n’était-ce pas pour exprimer la sagesse et l’autorité ? Dans les faits, le Christ continue à appeler des adolescents et des jeunes adultes pour leur proposer de tout lui sacrifier, de lui offrir leur vie, de partir vers cette société pour annoncer l’Évangile et soulager les pauvres dans la misère. Chers jeunes, dans ma prière et plus particulièrement mon chapelet, je vous confie à Marie. Si vous vous mettez à son école, elle vous gardera dans la vérité et la pureté, elle vous enseignera le don de soi, elle vous protègera des tentations du monde, elle vous portera vers la vraie liberté qui consiste à aimer sans condition. Cette vie lumineuse est possible dans tous les états de vie. Cependant, ceux qui donneront tout sans demeurer attachés aux biens matériels et au confort expérimenteront la vraie joie, fruit de l’Esprit, spécialement dans la rencontre des autres.

Ces lignes, vous comprendrez qu’il me faut plusieurs jours pour les écrire. C’est devenu un plaisir de vous écrire. Presque une découverte. C’est une joie de demander au Saint Esprit de passer par moi, par mes mots pour qu’il nous parle et que nous puissions devenir, toujours plus, ces chrétiens engagés, ces témoins envoyés par Jésus-Christ à la rencontre des hommes et des femmes de ce monde. Or il s’avère que ce 86ème message est écrit en le jour de la fête de sainte Teresa de Calcutta, appelée couramment Mère Teresa. De nombreux écrits décrivent sa vie religieuse, son « appel dans l’appel », c’est à dire, pour elle qui était une merveilleuse enseignante au sein de l’école des Sœurs de Lorette de Calcutta, un appel à tout quitter pour une œuvre nouvelle. Quelle œuvre le Seigneur lui demanda-t-il ? Fonder une congrégation de sœurs indiennes, les missionnaires de la Charité, habillées comme des indiennes, pauvres et ne possédant rien pas même des bâtiments, pour aller chercher dit-elle « au fond de leur trou » dans les bidonvilles de l’Inde et du monde, les âmes et les sauver en leur dévoilant l’Amour du Seigneur. Cet appel a retenti en elle par des voix et à travers sa rencontre de personnes très pauvres qu’elle servait en allant les visiter. Cet appel, elle l’a soumis à son père spirituel et à Monseigneur Périer, évêque de Calcutta, car elle ne voulait agir et partir que dans une totale obéissance à Dieu et à son Église. Elle ne retenait rien pour elle. Elle ne prétendait rien d’elle-même. Elle désirait seulement répondre à un appel en voyant ces millions de pauvres affligés par la vie et les maladies, mourant parfois comme des chiens. Elle attendit longtemps, plusieurs années, car son évêque, homme sage et expérimenté, voulait être assuré que ce projet était absolument de Dieu. Cette longue épreuve de l’attente a muri en elle l’offrande et le sacrifice. Son cœur était totalement donné à Dieu, cependant qu’un désir fort et urgent l’envahissait. À son évêque qui lui demandait sa profonde motivation, elle écrivit simplement : « le salut des âmes, l’apaisement de la soif d’amour et des âmes du Christ, n’est-ce pas assez grave ? »

La figure de cette femme marqua plusieurs générations depuis les années cinquante. Par elle, le Seigneur réveilla bien des consciences politiques pour faire justice aux pauvres, aux abandonnés, aux oubliés. Nous savons que les jeunes chrétiens d’aujourd’hui portent en eux une réelle générosité pour prendre soin des autres et leur annoncer le Christ. Mère Teresa ne prétendait pas convertir les non chrétiens, mais son seul trésor était Jésus-Christ à qui elle offrait tout. Aussi sa vie devenait Parole divine, son regard laissait voir celui de Jésus compatissant, sa tendresse bouleversait. Elle était le visage de l’Église sans frontière, penchée sur les souffrances de tout homme sans distinction de croyance.

Pour conclure ce message spirituel, je voudrais rendre hommage à une femme qui fit beaucoup parler des curés de paroisse et surtout des personnes qui donnent du temps pour aider les prêtres dans leur quotidien. Vous aurez compris que je veux nommer Annie Cordy qui a chanté « je suis la bonne du curé ». Cette chanson, les plus jeunes ne l’ont peut-être pas entonnée, mais les séniors l’ont souvent fredonnée. Pour activer notre mémoire, voici le premier couplet « C’est point commode / C’est d’être à la mode / Quand on est bonne du curé / C’est pas facile d’avoir du style / Quand on est une fille comme moué / Entre la cure et les figures / Des grenouilles de bénitier / La vie est dure / Quand on aime rigoler. » Notre ami Stéphane Bern l’appelle « la fée de la bonne humeur. » Elle offrait merveilleusement son sourire. Belge, elle avait dans le cœur la chaleur des gens du Nord. J’émets le vœu qu’au sein de nos communautés paroissiales, nous ayons toujours sa joie à partager. Certains ont des talents artistiques bien utiles pour l’offrir. Mais tous, en choisissant la joie du cœur, nous contribuons à embellir l’Église et le monde autour de nous. Soyons généreux, car ce peut être un péché que d’être triste ! La joie est contagieuse, Annie Cordy la vivait. Elle doit faire rire les anges et les saints maintenant.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

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