Message 88 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 25 septembre 2020

Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : «Le Christ, le Messie de Dieu. »  (Lc 9, 18-20)

Voici le cœur de notre foi, accueillir Jésus comme Messie de Dieu, il est Verbe divin fait chair en Marie. Sa présence nous est promise. Par la puissance de l’Esprit Saint, Jésus communique sa grâce à chacun de nous. Mais ne sommes-nous pas négligents en oubliant qu’il est présent ? Ne sommes-nous pas accaparés par les multiples activités journalières ? J’aimerais vous interroger sur le temps. Que faire du temps que nous avons ? Il y a « le temps pour aimer et le temps pour ne pas aimer » dit le livre de Qohelet (Ec, 3, 8).

Ce matin du premier jour de l’automne, lundi 21 septembre, je me suis réveillé admiratif d’un beau soleil sur Chartres. Il faisait si beau. Cette belle lumière de fin d’été, qui passe avec les saisons, n’est-elle pas une invitation à la contemplation et à la méditation ? Récemment, je marchais seul en forêt entre Happonvilliers et Les Corvées-les-Lys. J’ai pris plaisir à être à l’écoute des bruits que font les glands de chênes en tombant, à écouter le chant des oiseaux, à entendre le murmure du vent dans les cimes des arbres. J’ai choisi de m’arrêter. Ce ne fut pas si simple pour un habitué comme moi de rythmes effrénés. Je regardais les arbres, je foulais le sol poussiéreux, je contemplais les perspectives offertes par les longs chemins qui traversent ces bois. Quelle beauté se découvrait. Ne réalise-t-on pas alors que chaque jour mériterait de prendre plus soin de soi, en méditant et en priant, en occupant mieux l’espace autour de soi, en exprimant de la gratitude envers ceux et celles qui œuvrent pour que ma vie soit possible. Ensemble, nous formons une chaîne humaine et sommes reliés les uns aux autres. Par exemple, comment manger ma nourriture sans penser à ceux qui la cultivent, la transforment et la transportent jusqu’à moi ? Comment téléphoner à un proche aimé sans penser que des techniciens ont inventé ces fantastiques réseaux de communication ? Comment porter des vêtements sans penser aux bergers ou aux planteurs de coton, à ceux qui tissent le fil et à ceux qui conçoivent ces habits ? Oui, Seigneur, en ce jour d’automne je veux te bénir pour la solidarité humaine qui m’entoure. Je choisis d’être en joie pour ce qu’il m’est donné d’avoir pour vivre.

Ainsi le Seigneur nous donne ce jour pour aimer. L’amour passe mais il renait chaque matin. Hier, si je n’avais pas aimé, il serait trop tard pour me reprendre. Peut-être qu’alors mon ultime acte d’amour serait de demander pardon à la personne que j’aurais pu offenser par ce manque d’amour. Quant à demain, nous verrons. Le propre de l’enfant est de ne pas prévoir. Voyez comment les parents s’y prennent en avance pour préparer un voyage ou des vacances. L’enfant ne sait rien de cela, il vit chaque jour sans se soucier du lendemain. Certains adultes a contrario sont tellement dans l’anticipation qu’ils ne savent plus profiter du temps présent. Le Christ nous dit « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3). Être comme un enfant, n’est-ce pas entrer dans la confiance, sans s’inquiéter pour demain ? « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 34) Demain veillera sur lui-même.

Ce renoncement à l’inquiétude du lendemain peut sembler irresponsable. Ne faut-il, au contraire prévoir ? Préparer par exemple la rentrée scolaire ? Cela est vrai et nécessaire. Mais il y a une liberté à cultiver dans le fait de prévoir et simultanément ne pas être soucieux. C’est à cette condition, à la mesure de cette liberté que nous pouvons accueillir l’instant présent, comme un espace pour aimer et vivre dans la paix. Dire oui à la surprise, accepter l’invitation spontanée à m’arrêter avec quelqu’un, prendre le temps pour écouter et découvrir. Si par exemple, dans la rue, quelqu’un propose de répondre à des questions pour un sondage, beaucoup diront « je n’ai pas le temps » n’osant pas dire « cela ne m’intéresse pas ». Or Jésus s’est souvent laissé aborder. Il allait sur les chemins pour être interrompu comme avec Zachée perché sur son sycomore. Son occupation était plutôt de ne pas en avoir pour se laisser surprendre. Jésus disait « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » (Mt 8, 20). Tel ce groupe de jeunes hommes partis avec un prêtre depuis Paris vers Paray-le-Monial, deux par deux, sans argent ni nourriture et… pieds nus ! Ils avaient choisi de vivre en totale dépendance des rencontres qu’ils feraient. Cette tentation de la prévoyance nous stresse souvent, car tout ne peut pas être prévu. En d’autres cultures, faute de moyens, les gens apprennent la confiance. Un reportage télévisé montrait des familles indiennes dorénavant sans aucun argent puisque la pandémie avait eu comme effet de supprimer tous les petits métiers quotidiens. Elles continuaient à vivre, dans la solidarité, avec rien, juste un peu de riz, se confiant à Dieu. Cela peut s’appeler de la résignation. Mais on peut y lire un espoir au-delà de toute espérance. Comment une telle attitude peut-elle nous inspirer une vie plus équilibrée, plus pacifiée, plus humaine ? Si nous vivons le quotidien comme l’unique espace temporel possible pour aimer, alors nous pouvons croire en la Providence divine pour demain et notre avenir. Jésus insiste sur cet art de vivre : « C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? » (Mt 6, 25-26) Aussi, avec l’automne qui est là, nous pourrions nous arrêter et méditer sur ce qui est l’essentiel à nos yeux, et que nous n’honorons pas toujours. Comment vivre cet essentiel ? Quelles occupations transformer pour atteindre ce but ? Comment vivre avec plus de gratitude le quotidien dans la lumière du Christ vivant ?

Il est si difficile de ralentir le rythme de nos sociétés. Le confinement laissait entrevoir un changement. A-t-il réellement eu lieu ? Certes, sur certains points, une évolution existe. Certains parents ont fait le choix d’enseigner leurs enfants à domicile. D’autres ont adopté le télétravail. Beaucoup de ceux qui ont un jardin le cultivent dorénavant. C’est la prière qui nous dispose à ce nouvel art de vivre. J’ai pu souvent vous y encourager. Où en êtes-vous de vos rendez-vous quotidiens ? Quel moment et quel temps consacrez-vous au Seigneur ? Le chapelet est-il devenu un ami quotidien lors de vos déplacements ? Si vous avez faibli, ne baissez pas les bras. Remettez l’ouvrage sur le métier. Priez souvent et en tout lieu, au travail et dans vos espaces de vie sociale.

Ce vendredi 25 septembre s’ouvre à Paris le « Congrès Mission » qui permettra de découvrir les initiatives missionnaires de l’Église catholique en France. Par des conférences, des ateliers, des rencontres nous découvrirons beaucoup de projets magnifiques et créatifs, pour annoncer le Royaume de Dieu. L’Église est par nature missionnaire. Sa vocation est d’annoncer l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle rapportée par les quatre évangélistes dans le Nouveau Testament. Chacun d’eux s’est adressé à une communauté différente avec sa propre culture. Il a raconté ce que Jésus enseignait, le bien qu’il faisait partout où il passait, comment il guérissait les malades et invitait les hommes à la conversion et à l’amour mutuel. Sa mission était simple. Saint Luc rapporte : « en ce temps-là, il arrivera que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qui avait été guéries de maladies et d’esprits mauvais. » (Lc 8, 1-3). Ainsi, tout homme et toute femme peut connaître Jésus et choisir de le suivre quelle que soit sa situation, mais à condition qu’un ami de Jésus le lui présente.

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

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