Message 93 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 30 octobre 2020

Alors que vous recevez ce nouveau message, un groupe de quarante lycéens du diocèse est de retour de Taizé. La Communauté de Taizé est, depuis 1944, connue pour son ouverture œcuménique : cette ouverture est au cœur de la spiritualité de son fondateur le Frère Roger. L’expérience de Taizé est justement celle de la fraternité. Aujourd’hui une centaine de frères y vivent, surtout pour l’accueil des retraites de jeunes. Ce lieu, situé au cœur de la France rurale dans un tout petit village bourguignon, attire des milliers de chrétiens et d’autres croyants. Là, par la prière silencieuse, des chants très inspirés, par les échanges, une fraternité entre jeunes gens se crée dans la bienveillance et la foi.

Voici quelques jours, la question se posait d’y aller. La région de Taizé est sous couvre-feu et le Covid se répand en France. Pour moi, évêque, c’est un rendez-vous annuel. Est-ce dû à mon désir de parler aux jeunes, est-ce le lieu où ma paternité épiscopale se déploie, est-ce le besoin de dire aux jeunes que l’Église les accompagne ? Le pasteur ne peut pas être proche de son peuple en restant à son bureau, même pour écrire ses messages ! Le compagnonnage se vit par des échanges et par la convivialité, à travers ce qui ne se dit pas, c’est à dire nos cœurs unis par le Saint Esprit. Quel beau projet de bâtir un monde fraternel !

Notre lecture de l’encyclique du pape François Fratelli Tutti continue. Nous avions commenté la parabole du Bon Samaritain, modèle de celui qui se fait frère des autres, qui devient le prochain de l’homme blessé. Nous avons parlé de l’Amour qui nous vient du cœur de Dieu et qui suscite une authentique fraternité interpersonnelle. Nous avons aussi évoqué l’amitié sociale que des groupes humains ou des peuples établissent par la volonté réciproque d’un dialogue vrai et bienveillant, dans le respect des autres et de leurs croyances. Aussi, continuons maintenant avec le chapitre quatre du texte intitulé « un cœur ouvert au monde. » L’universel et le local sont les deux dimensions d’une communion entre les êtres humains et c’est la complémentarité des héritages culturels qui permet l’enrichissement de chacun. Le pape donne l’exemple du migrant qui recherche un accueil et un lieu de vie. Comment répondre à sa demande ? Le saint Père énumère les quatre étapes fondamentales à mettre en place : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Pour permettre un avenir au migrant, le pays accueillant doit assurer des conditions de vie dignes, des protocoles d’intégration et d’éducation, le statut de réfugié, une bienveillance fraternelle, un échange des richesses entre celui qui arrive et celui qui est accueilli. Chaque pays cherche son intérêt particulièrement par une immigration choisie et profitable. Or l’Église veut affirmer l’importance de la gratuité, c’est à dire « la capacité de faire certaines choses uniquement parce qu’elles sont bonnes en elles-mêmes, sans attendre aucun résultat positif, sans attendre immédiatement quelque chose en retour. » (n°139) Dieu se donne gratuitement. Dans la Révélation divine, il y a la manifestation du don infini de Dieu qui n’espère que notre conversion et notre amour. Aussi Jésus dit que lorsque l’on donne quelque chose à autrui « que ta main gauche ignore de ce donne ta main droite. » (Mt 6,3) La gratuité nous effraie car elle ne semble pas raisonnable dans une culture fondée sur l’échange des biens par un processus économique et rentable : nous avons peur de perdre quelque chose. Nous craignons que ce que l’autre a, il nous l’enlève. Mais c’est l’inverse !

Une question demeure difficile : comment l’accueil des autres, des migrants, peut se faire au sein de notre société ou de notre groupe ? L’accueil fraternel ne peut se faire au dépend de sa propre culture, au risque de perdre son identité. Notre culture est façonnée par des siècles de vie économique, de pensée philosophique et de foi chrétienne. Les fondements de notre culture française sont chrétiens, même si « la philosophie des Lumières » élaborée par certains penseurs à partir du XVIIème siècle cherchait à s’en affranchir. En raison même de sa vocation d’accueil, la France a souvent absorbé des apports extérieurs. Mais elle ne peut le faire que peu à peu tout en gardant ses racines. Encore faut-il qu’elle ne les oublie pas… Le pape François exprime clairement cette idée : « la solution ne réside pas dans une ouverture qui renonce à son trésor propre. Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. » Il parle plusieurs fois d’un « substrat original ». Voici pourquoi chacun doit aimer et prendre soin de sa maison. C’est là que sont nos racines. Ainsi, nous pouvons rechercher la fraternité par un double mouvement : approfondir nos racines et déployer nos bras pour que s’y abritent les personnes en recherche d’accueil, les pauvres et tous les exclus.

Comme membres de l’Église qui sommes en Eure-et-Loir, nous pouvons nous interroger en cette veille de la Fête de Toussaint. En confinement, beaucoup d’entre vous ont entrepris un nouvel élan et vous avez fait entrer Jésus-Christ dans vos maisons. Que d’échos magnifiques nous sont parvenus. Nous avons beaucoup dit que l’Église redevenait « domestique », ce mot venant du latin domus c’est-à-dire « maison ». Dans les premiers siècles, les chrétiens ne possédaient pas de lieux affectés au culte. L’Empire romain ne les autorisait pas. Ce fut donc dans les maisons particulières qu’avaient lieu les rencontres et qu’était célébrée l’eucharistie que l’on retrouve dans les Actes des Apôtres sous l’appellation « fraction du pain ». (Act 2,42) Où en sommes-nous des fruits de notre vie spirituelle au sein de nos foyers ? Comment demeure l’expérience vécue durant le confinement de notre prière personnelle, de la lecture des textes bibliques notamment ceux de la messe quotidienne, du silence « habité » à la maison ? Comment avons-nous fait évoluer notre relation avec Dieu et comment celle-ci a rayonné entre nous ? Comprenons-nous que la fraternité commence avec nos proches avant de s’étendre aux voisins ?

Il est nécessaire de faire un vrai point sur ce qui est vécu chez les chrétiens. En effet, Jésus est souvent confiné hors de nos maisons et de nos foyers, oublié dans le tabernacle de l’église du village fermée la plupart du temps. Jésus y est seul et abandonné. Chez beaucoup de personnes, bien souvent, point de prière du foyer, point de lecture personnelle de la Parole de Dieu, point de « coin prière », point de bénédiction de la table, point de lecture de vies de saints ou des textes du magistère de l’Église. Nous pouvons certes nous dire catholiques et près de 60% des français se déclarent catholiques. C’est merveilleux mais aussi bien triste : où sont-ils ? Comment vivent-ils leur vie de prière. Force est de constater que bien souvent, cette dernière est réduite ou même inexistante. Nous pouvons être émus de la place de l’Islam dans la société française, venue par les migrations successives, et de l’ampleur de l’athéisme porté par une laïcité militante que notre société enfante encore. Mais la nature ayant horreur du vide, nous laissons souvent la place, et je cite saint Paul, à « tous les courants d’idées, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur. » (Eph 4,14)

Le temps est au réveil, chers amis, à la décision ferme et fidèle. Notre vie chrétienne peut être porteuse de lumière dans la société si nous sommes lumineux par notre attachement au Christ, dont nous témoignons en vivant une relation profonde avec lui. Rappelons-nous l’avertissement de Dieu aux chrétiens de la jeune communauté d’Éphèse « Je connais tes actions, ta peine, ta persévérance, je sais que tu ne peux supporter les malfaisants ; tu as mis à l’épreuve ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas ; tu as découvert qu’ils étaient menteurs. Tu ne manques pas de persévérance, et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager ta peine. Mais j’ai contre toi que ton premier amour, tu l’as abandonné. » (Apo 2,1-4) N’avons-nous pas oublié si souvent notre premier amour ? On dit qu’une partie des catholiques ne sont pas revenus dans leur paroisse depuis le confinement. Heureusement en quelques lieux, cela ne se vérifie pas, car certains ont conscience que la foi exige la fidélité. Interrogeons-nous ! Et si notre époque était celle de l’héroïcité ? Voyez les catéchumènes, les confirmands, les adultes qui viennent vers l’Église pour un baptême ou la confirmation. Sont-ils les seuls à rechercher Dieu ? Non, sûrement pas, et d’autres hommes et femmes qui vivent à côté de nous aspirent à cette rencontre mais ne trouvent personne qui aille vers eux pour leur en parler explicitement.

Nous allons vivre ce dimanche la belle fête de la Toussaint. Ce sera l’occasion de regarder le Ciel dans l’Esprit des Béatitudes, en accueillant la joie promise dès maintenant « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Si nous sommes enracinés dans le Christ, nous verrons sa Gloire. Notre fidélité aux rendez-vous quotidiens et à l’eucharistie dominicale sera le signe de notre foi pour nos proches. N’ayons pas peur des remarques mais aimons en vérité. Nous pouvons nous tourner très particulièrement vers la Vierge Marie, qui est appelée Reine du Ciel, mère de tous les saints et saintes. En priant le chapelet, nous nous relions à Jésus par la méditation des Mystères de sa vie. Essayez une promenade le chapelet à la main, pour aérer votre corps et votre cœur. Sanctifiez votre vie et les lieux que vous parcourez en priant pour vos voisins. Apportez mystérieusement la paix du Christ par votre fidélité. Bonne route.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Dorénavant, j’aimerais vous proposer une prière pour les vocations.

Prière à Notre-Dame du Sacerdoce

Vierge Marie,
Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

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