Message fraternel n°171 du vendredi 29 avril 2022

« Quant à nous, nous sommes les témoins de tout cela, avec l’Esprit Saint ! »

 

En ce temps pascal, nous vivons dans la lumière de la résurrection de Jésus et nous cheminons ensemble vers la fête de la Pentecôte. Ce temps pascal n’est-il pas aussi important que l’Avent et que le carême ? Notre vie chrétienne est destinée à la Gloire de Dieu dans la puissance du Saint Esprit que Jésus appelle le Paraclet, mot qui veut dire le Consolateur. Et c’est en Église, comme une famille unie, que nous sommes dans cette attente à l’instar des apôtres réunis au Cénacle à Jérusalem espérant que se réalise la promesse faite par Jésus.

La première communauté chrétienne mettait tout en commun et elle louait le Seigneur. « Il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis » chante le psaume 133, valorisant ainsi la vie communautaire. Le peuple hébreu à l’époque du roi David vivait en clan sous la tente, et la famille élargie prenait soin de tout un chacun. Aujourd’hui l’habitat, les lieux de vie et de travail, les déplacements incessants ne donnent que rarement la possibilité de réelles rencontres familiales ou amicales élargies. L’Église est une famille de frères et sœurs, une famille unie par l’amitié en Dieu, par la force du Saint Esprit. La joie, lorsqu’elle est partagée, ne diminue pas : elle croît !

La source de la communion est en premier lieu l’eucharistie, à la fois sacrifice du Fils de Dieu et table commune où chacun reçoit le pain des anges et l’Évangile pour suivre les appels du Saint Esprit. Car l’eucharistie est effectivement le sacrifice de Jésus débuté lorsque, par son Incarnation, lui, le Verbe divin, prend notre condition et pleinement accompli en sa Passion. De son arrestation à sa résurrection, en passant par le chemin du calvaire et la mort, le Christ, par son sacrifice, sauve l’humanité. La passion saisit l’humanité dans une même offrande faite par le Fils au Père dans la puissance de l’Esprit Saint.

La communion eucharistique nourrit la communion de l’Église, c’est-à-dire la communion entre tous les fidèles chrétiens. Depuis la Pentecôte, cette fête juive agraire est devenue notre fête chrétienne de la vie missionnaire inspirée par l’Esprit. C’est le mystère insondable de l’Église, non pas un mystère qui serait réservé à quelques initiés favorisés par une connaissance privée, mais un mystère de vie et de lumière que nous découvrons en marchant ensemble à l’écoute de l’Esprit pour saisir comment nous sommes chacun associés au projet divin de salut. Cette marche ensemble se nomme un synode. C’est une marche ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu, dans la prière et la louange.

Membres de nos paroisses, il nous est bon de nous retrouver pour écouter l’Évangile, pour l’intérioriser, le ruminer, et de comprendre la portée des mots de Jésus quand il affirme sans détour à la synagogue de Nazareth : « aujourd’hui cette parole s’accomplit ». Jésus prononce une parole donnée par le prophète Isaïe 700 ans avant lui. Par ses prophéties, Isaïe soutenait son peuple exilé à Babylone, il osait parler d’un avenir fait de liberté, il affirmait que son peuple n’était pas destiné à demeurer éternellement en esclavage. Dans la synagogue, Jésus affirme que les aveugles vont voir, que les sourds vont entendre, que les prisonniers seront libérés. Au cours de son ministère public, c’est bien cela que Jésus réalise. Seuls ceux qui résistent à cause de l’aveuglement de leur cœur ne verront pas que le messie est là. Jésus n’avait-il pas dit : « Bienheureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ». Il faut être capable de pleurer sur son péché pour être consolé par la miséricorde divine. Il faut désirer avoir un cœur pur pour voir Dieu.

Mais cet « aujourd’hui » affirmé par Jésus, s’accomplit en réalité maintenant. Cet aujourd’hui se déploie par le ministère apostolique partagé aux prêtres et aux diacres pour le bien de tout le peuple chrétien. Aujourd’hui Dieu guérit les malades, il libère les prisonniers des prisons intérieures du péché, il redresse ceux qui sont courbés sous le poids de la souffrance et de toutes les violences, il apporte l’espérance dans une société souvent malade de ses contradictions jusqu’à faire le choix funeste de la guerre. C’est là la folie des hommes qui n’entendent pas Dieu qui appelle pourtant à l’amour et à la gratitude.

Pour vivre de telles grâces, il nous est bon d’être ensemble au sein de nos paroisses, avec les prêtres et les diacres, chacun entouré de l’affection et de la prière des autres. Il nous est bon d’entendre la Parole de Dieu qui nous unit dans la même sagesse. Il est bon de prendre soin des pauvres et des malades, de visiter les anciens à domicile et de leur apporter le précieux corps de Jésus. Chaque vie humaine, souvent insignifiante aux yeux des hommes, est un tel trésor pour notre Seigneur qu’il désire la sauver et la chérir car elle est destinée à vivre dans sa gloire pour l’éternité. Cette communion dans l’eucharistie trouve dans l’événement du cœur transpercé de Jésus le signe visible de la vie versée et donnée vers nous. Qui a vu cela mieux que la Vierge Marie ? Elle est le premier témoin du coup de lance qui transperce son fils jusqu’au cœur. L’eau et le sang coulent du corps du Christ. La Vierge Marie a gardé en son cœur les ultimes paroles de Jésus qu’elle a confiées à saint Luc qui nous les a rapportées : « Père entre tes mains je remets mon esprit. » C’est elle aussi qui entend la parole de Jésus qui lui confie le disciple Jean comme son fils. Chacun de nous devient à travers ce don le fils ou la fille de Marie et elle nous guide vers Jésus.

Dans la lumière du Saint Esprit, qui éclaire sans brûler, nous mesurons la grâce que Dieu nous fait quand nous constatons nos fragilités, nos limites et notre péché, fruit de nos infidélités. Mais nous savons que là où le péché abonde, la grâce surabonde. Nous expérimentons que Dieu nous fait miséricorde chaque fois que nous osons nous tourner vers lui avec confiance, avec l’espérance qu’Il nous a choisis pour être ses témoins. Et nous reprenons la route en présence de Jésus, avec courage, en sachant qu’il nous conduit par sa résurrection à la vraie vie. Nous sommes destinés à la vie éternelle par la grâce de notre baptême. Aussi, nous ne craignons pas les aléas du chemin. Ne nous a-t-il pas promis « je suis avec vous tous les jours » ?

Lors de la messe chrismale célébrée quelques jours avant Pâques, j’ai eu la joie de bénir les saintes huiles. Cette noble matière devient signe efficace de la guérison, de la force d’en-haut, du don de la vie. Nous y ajoutons le parfum qui, dans la Bible, est synonyme de joie, de fête ; il exhale la divine odeur du Saint-Esprit. Je dois remercier la Maison Guerlain qui nous offre un merveilleux parfum de roses tout spécialement préparé pour notre église en Eure & Loir. Ces huiles servent dorénavant dans nos paroisses, auprès des malades, comme pour les baptêmes et l’ordination presbytérale de Clément qui aura lieu le dimanche 3 juillet à la cathédrale (15h30).

Prions en communion avec tous les enfants, les jeunes et les adultes qui vont communier pour la première fois, qui feront leur profession de foi, qui vont être confirmés. Ces mois de mai et de juin sont propices à ces moments festifs. Ils engagent ceux et celles qui reçoivent ces dons, et ils stimulent chacun de nous à prendre conscience de nos responsabilités comme témoins du Christ.

À quelques jours de sa canonisation, je vous propose de prendre la belle prière d’abandon entre les mains du Père des Cieux, composée par Charles de Foucauld :

Mon Père,

Je m’abandonne à toi,

fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Pourvu que ta volonté

se fasse en moi, en toutes tes créatures,

je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu,

avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime,

et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,

de me remettre entre tes mains, sans mesure,

avec une infinie confiance,

car tu es mon Père. Amen.

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