Message Fraternel de Mgr Christory

Retrouvez le Message Fraternel hebdomadaire de Mgr Philippe Christory

Monseigneur Philippe Christory s’adresse à vous chaque semaine pour évoquer les sujets qui lui tiennent à cœur ou encore traiter de l’actualité.

Version audio disponible en cliquant sur le triangle du lecteur noir

 

Message 96 Mgr Philippe Christory, Vendredi 20 novembre 2020

MESSES EN VISIO – DIMANCHE 22 NOVEMBRE – POUR VOTRE PAROISSE
Nos quêtes : ne nous oubliez pas ! Depuis vos foyers, le site jedonnealeglise.fr vous attend !

“Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait !”

Je commence par vous partager la joie profonde que j’ai eue voici quelques jours en instituant lecteur et acolyte un séminariste du diocèse de Chartres, Clément Pierson, avec six autres jeunes gens, en vue du sacerdoce. Célébrée en huit clos, cette liturgie était chantée par le chœur du séminaire des Carmes. Permettez-moi de vous redonner un extrait de l’homélie de cette messe qui parlait de l’amour dans le cœur du bon pasteur : « Ne craignez donc pas votre petitesse. Ne craignez pas vos limites. Ne craignez pas vos fragilités car c’est par ces fissures du cœur que passe la lumière. Nous sommes aimés, soyons en sûr. Cette expérience de l’amour est nécessaire car l’amour est le cœur du message que vous aurez à annoncer. Vous savez combien le témoignage des actes que nous posons, des paroles que nous prononçons, de l’écoute que nous offrons, de l’attention à tous et particulièrement aux pauvres disent quelque chose de l’amour qui habite dans le cœur du pasteur. Nous ne pouvons pas tromper les autres. Le peuple a un sensus fidei affiné et il reconnaît l’amour dans le cœur du pasteur. Il vous faudra cet amour profond et vrai pour inviter les fidèles à vivre dans l’amour. Avoir cet amour est plus important que d’être fort et apte. Aimer Dieu et aimer son prochain forment un même commandement. Cependant ce commandement se dit par l’offrande de la vie, pas par des postures ou des discours, comme Jésus s’offre totalement dans le silence face à Pilate pour nous et pour le salut de l’humanité. Votre vie révèlera l’amour que vous recevez de l’Esprit, cet amour que vous offrirez alors aux autres. »

C’était ce jour-là l’anniversaire du décès de mon père, mort en 2016, qui a tant fait pour soutenir des séminaristes durant plus de quinze ans, apportant toujours un message d’espérance aux centaines de bienfaiteurs qu’il visitait chaque année. Il eut été heureux d’y être mais possiblement il fut présent du haut du Ciel.

Maintenant continuons notre lecture de l’encyclique Fratelli tutti. Dans le chapitre 7, le pape parle « des parcours pour se retrouver ». Cela signifie que la fraternité n’est pas tant un but ou un point final à atteindre qu’une marche à faire ensemble, une route que chaque génération devra emprunter à nouveaux frais. Pour croître dans la fraternité, regardons la réalité en face et ne rêvons pas d’une époque ancienne qui aurait été meilleure. Cela implique que nous soyons dans la vérité. La vérité, « compagne indissociable de la justice et de la miséricorde » (n°227) nous « conduira à la réconciliation et au pardon. » Pour être pleinement frères, nous devons vivre un dialogue dans la vérité : il implique la possibilité d’exprimer les désaccords, les différends, le mal subi, la souffrance, afin que chacun prenne conscience des violences qui ont blessé les relations humaines. La vérité peut et doit même nous conduire à ne pas nous voiler la face, à ne pas nier des histoires douloureuses, parfois enfouies, comme les abus sexuels commis par des clercs dans l’Église, le harcèlement dans le travail, les formes d’esclavage imposées à des personnes en situation de fragilité ou encore le rejet motivé par les différences sociales, etc. L’écoute des personnes en souffrance est un travail exigeant et patient. La béatitude prononcée par Jésus « heureux les artisans de paix » (Mt 5,9), exprime – c’est le sens du mot artisan – q devient le lieu de la guérison. La parabole des talents nous rappelle que chacun reçoit de Dieu des talents selon ses capacités eu’il faut apprendre et persévérer par un travail persévérant pour construire une paix authentique. C’est ensemble, au service des autres, dans l’élaboration d’une culture de la paix et du partage que peu à peu se met en place une fraternité ouverte à tous quit qu’en réalité tout se reçoit de Dieu. Il n’y a aucune raison de nous comparer sur ce point, mais il importe de nous aider mutuellement à développer les dons que Dieu nous a faits. Les talents du cœur sont au cœur de la fraternité.

Le pape parle dans ce chapitre du pardon, souvent difficile lorsque les blessures sont profondes. Comment pardonner la personne qui a fait tant de mal ? Pardonner ne signifie pas cesser de lutter contre les injustices, contre ce qui conduit au mal. Pour préserver la dignité de chacun, ce combat est nécessaire pour que le mal ne recommence pas son œuvre de souffrance, c’est même une exigence. Le texte donne des pistes de réflexion pour ce combat. L’une d’entre elle est de faire œuvre de bonté : telle une force, la bonté permet de refuser la vengeance qui ne peut pas assouvir la soif de justice d’une victime. Une autre est de cultiver les vertus pour promouvoir la réconciliation, la solidarité et la paix. Une autre encore est de faire mémoire et ne pas oublier les maux imposés dans l’histoire, les persécutions, les guerres, le trafic d’esclaves. L’oubli ferait des hommes des êtres anesthésiés et manipulables par des personnes qui recommenceraient le cycle infernal des guerres, de la violence et du mal. Car la guerre est toujours injuste, elle sème la souffrance, elle laisse le monde pire que l’état d’avant. « Jamais plus la guerre, jamais plus » avait crié le pape saint Paul VI devant l’hémicycle de l’ONU le 4 octobre 1965.
Ce chapitre du texte du pape François s’achève sur la prophétie d’Isaïe « ils briseront leurs épées pour en faire des socs de charrue. » (Is 2,4) L’énergie qui monte en nous face aux injustices et aux souffrances peut-elle être orientée vers des œuvres de miséricorde, pour nous entraider et dialoguer, pour construire cette fraternité effective entre tous ? Jésus-Christ annonce un monde nouveau, qui se fera par sa grâce avec les talents de chacun de nous. Puisons dans l’adoration les forces spirituelles pour ne pas faillir, pour repartir lorsque nous sommes affligés. Chacun de nous a une place dans le grand projet divin.
En ces jours de confinement, nous aimerions nous ressourcer spirituellement ensemble. Nous sommes sensibles aux expressions du besoin de nos contemporains, besoin de relations sociales, besoin de sport et de détente, besoin de nature, besoin de travailler en équipe, besoin de culture, enfin besoin d’amitié et de fraternité. Beaucoup de personnes vivent une profonde souffrance due à la solitude et aux conditions de vie confinée qui isolent même au sein des familles. L’homme est un être de relations et le manque est tel que les consultations en psychologie ont doublé. Heureusement nous voyons parmi les croyants un élan de prière nouveau et des actes de charité vers les proches. Pour certains, en leur maison devenue église domestique, c’est la première expérience d’une vie spirituelle dense et quotidienne.

Reste à ce jour l’interdit des rassemblements. La messe nous manque, mais n’est-ce pas le cas pour des millions de catholiques âgés ou malades qui ne peuvent plus sortir depuis longtemps ? Qui leur porte la communion ? Eux en sont privés car une fois reclus chez eux, la communauté paroissiale les oublie. Ouvrons les yeux, reprenons nos listes de noms, allons visiter, manifestons notre fraternité, apportons Jésus eucharistie. Simultanément nous sommes solidaires avec les malades et les soignants.

Faut-il manifester comme certains ont choisi de le faire ? Manifester est un droit absolu pour tout citoyen français. Mais ne faudrait-il pas le faire plutôt devant la préfecture qui incarne l’État puisque la loi cause ce mécontentement ? La prière et la messe s’adressent à Dieu, elles ne peuvent être un moyen de manifester vers le gouvernement. Nous avons nos armes spirituelles pour ce combat, notre prière, le jeûne et la charité, à utiliser sans limites. Nous pourrions aussi inventer des pèlerinages seul ou en famille, dans le respect des gestes-barrières, vers une église puisque la distance ni la durée ne sont plus comptées pour nous y rendre (toujours mettre « motif familial impérieux »).

Surtout, si nous voulons tant la messe, il serait nécessaire de prier plus encore pour que nos fils soient les prêtres de demain.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Prions Notre-Dame du Sacerdoce dans nos foyers et demandons des vocations sacerdotales.

Vierge Marie,
Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

Message 95 Mgr Philippe Christory, Vendredi 13 novembre 2020

Nos quêtes : ne nous oubliez pas ! Depuis vos foyers, le site jedonnealeglise.fr vous attend !

Très bien, serviteur bon et fidèle,
tu as été fidèle pour peu de choses,
je t’en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton seigneur !

Le nouveau confinement bouleverse notre économie et nos relations humaines et il ne va pas s’arrêter de si tôt. Or il importe que notre vie ecclésiale ne soit pas confinée ! Et elle ne l’est pas : les liens sont entretenus, la visite des pasteurs est autorisée à domicile, nos églises sont ouvertes tant que possible, la communion eucharistique est donnée le dimanche et parfois même en semaine, les confessions sont possibles, la catéchèse se fait dans nos écoles catholiques et à la maison grâce aux supports merveilleux qui sont transmis par les équipes. Notre vie fraternelle n’est pas confinée. Au contraire ! Nous partageons par notre amitié notre foi au Christ vivant. Nous pouvons multiplier les appels vers les familles ayant demandé un baptême ou ayant eu un deuil depuis les mois derniers. Quant à l’eucharistie en assemblée, elle est interdite par décret de loi, aussi nous patientons nourris par la prière personnelle, la méditation de l’Écriture et nos actes de charité qui sont autant de canaux de la grâce divine. Dieu est grand et rien ne peut entraver sa sainte volonté pour nous rejoindre. Ajoutons un jour de jeûne par semaine ; Jésus nous y invite pour faire face aux adversités et en faire un sacrifice de louange fécond.

J’ai évoqué récemment la figure des bienheureux Carlo Acuntis et Isabel Cristina Campos. Voici que le pape François met en valeur un autre jeune catholique, le bienheureux Joan Roig i Diggle, assassiné à 19 ans en 1936 lors de la guerre civile espagnole. Deux choses le caractérisaient. D’une part son attachement à l’eucharistie quotidienne et à la sainte communion. Il voulait « être le pain rompu et partagé avec les hommes et les femmes de son temps ». D’autre part il était « un garçon sensible aux injustices qui aimait surtout les personnes plus vulnérables. ». Il devint un ardent défenseur de la doctrine sociale de l’Église en s’engageant pour la justice, la paix et la solidarité. Son témoignage de vie et de pensée catholique sont éloquents pour nous aujourd’hui. Dans la lumière de cette belle histoire, les questions que pose le pape François dans son encyclique sont très pertinentes pour ceux qui s’engagent dans la société civile : « Quel amour ai-je mis dans le travail ? En quoi ai-je fait progresser le peuple ? Quelle marque ai-je laissée dans la vie de la société, quels liens réels ai-je construits, quelles forces positives ai-je libérées, quelle paix sociale ai-je semée, qu’ai-je réalisé au poste qui m’a été confié ? » (n°197) N’est-il pas passionnant de considérer l’engagement politique avec cet angle de vue ? Le pape écrit que la politique authentique est animée d’un véritable « amour social ».

Ces figures de saints constituent une merveilleuse opportunité de découvrir leur vie, de comprendre comment chacun d’eux a mis en œuvre l’Évangile selon son charisme, dans son contexte culturel pour répondre à un appel divin et à des besoins humains. Tous, nous sommes appelés à porter du fruit. Cela me fait penser à un fait bien simple mais dont j’aime faire une lecture spirituelle. Mes parents, dans le Nord, ont un jardin avec des arbres fruitiers. Dans ma jeunesse nous avions des poires extraordinaires, mais ces arbres ont disparu. Voici quelques jours une grosse tornade a abattu le dernier pommier, chargé souvent de centaines de fruits très bons. Ce bel arbre s’est couché après avoir vaillamment donné ses derniers fruits. Il est mort comme un bon serviteur. Cela illustre bien la vie d’un saint, celui qui est planté proche d’un peuple de croyants, qui porte du fruit et qui un jour tire sa révérence. Notre foi espère qu’après ce moment émouvant du deuil il y a une vie incroyable, un Amour présent et éternel, une louange parmi la multitude des bienheureux qui voient la face de Dieu, un repos sur le Cœur de Dieu.

Dans les quelques paragraphes qui suivent, continuons à puiser dans l’encyclique Fratelli tutti du pape François. La fraternité espère qu’un lien de cœur rassemble la famille humaine. Créer une fraternité authentique est un enjeu passionnant. Nous sommes différents, nous pensons et nous parlons différemment, nous défendons des convictions parfois opposées ; mais rien de cela n’entache la fraternité : elle en au contraire est enrichie.

Comment est-ce possible ? Cela est possible quand la fraternité est fondée sur l’amour du prochain. Et l’amour du prochain est possible s’il est abreuvé à la source : l’Amour de Dieu. Il est pour cela heureux que chaque personne réponde positivement à l’invitation de Dieu « viens et suis-moi ! ». Encore faut-il que chacun ait connaissance de l’amitié proposée par Dieu.

L ‘encyclique est un texte émouvant mais complexe à résumer car il est déjà la synthèse d’une thématique riche. Il introduit un processus de dialogue pour susciter une culture de la rencontre, pour « être des étoiles dans l’obscurité » (n°222), bienveillantes et réconfortantes afin d’alléger le poids de la vie des autres. Le chapitre 6 de l’encyclique a comme titre « dialogue et amitié sociale ». Il s’achève sur la nécessaire bienveillance qui libère de la « cruauté », de l’empressement et de l’anxiété, ces maux qui séparent les hommes et empêchent d’inspirer une culture vivante et fraternelle. La bienveillance se cultive jour après jour par des paroles de bonté et des actes de soutien mutuel. Cela s’exprime par la règle d’or de l’Évangile « tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi. » (Mt 7,12)

Le pape détaille les fausses routes du dialogue, quand certains sont disqualifiés à cause de leur propre culture, de leurs origines ou de la pauvreté. Le dialogue ne peut être une négociation menée en vue d’avantages personnels ou d’accaparement de biens au profits de groupes particuliers. Il n’est pas un échange fébrile d’opinions comme souvent sur les réseaux sociaux. Il n’use pas de termes humiliants pour disqualifier les autres. Il ne cherche pas à manipuler.

Bien au contraire le dialogue requiert un échange ouvert à la diversité, en quête de vérité, dans le respect des expériences de chacun. Aussi faut-il rejeter la prétention de savoir ce qui est bon pour les autres sans tenir compte de leur acquis et de leur culture. Le respect de la dignité de toute personne passe par ce dialogue dans lequel chacun trouve une écoute vraie et aimante. Rappelons-nous combien de personnes marginalisées ont perçu en Jésus-Christ celui qui les écouterait et les appellerait. Son regard se posait sur les lépreux, les malades et les parias. Il les voyait « comme on regarde une personne » pour reprendre la belle expression de sainte Bernadette au sujet de la Vierge Marie à Lourdes. Le pape François n’évoque pas seulement la rencontre et le dialogue comme des rendez-vous bien organisés, mais il parle d’une nouvelle culture de la rencontre. La rencontre devient culture entre les humains, elle est un art de vivre permanent. Elle ne cherche aucunement un résultat matériel. Cette culture permet des relations nouvelles entre les êtres. Particulièrement, les pauvres et les oubliés trouveront un espace dans ce dialogue pour être acteurs de cette nouvelle culture. Dans ce projet de nouvelle culture, subsidiarité et solidarité se tiennent ensemble pour que les fidèles créent ensemble un projet global au service du bien commun.

L’encyclique du saint Père nous offre des éléments pour méditer et façonner les voies nouvelles pour demain. Je vous encourage encore à redoubler de fidélité dans la prière et le jeûne. Les murs de Jéricho doivent tomber ! La pandémie s’arrêtera. Nous désirons nous rassembler pour célébrer le Seigneur lors de la sainte messe. En attendant, nous avons une conviction : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. » (2Co 5,17)

 

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Prions Notre-Dame du Sacerdoce dans nos foyers et demandons des vocations sacerdotales.

 

Vierge Marie,

Mère du Christ Prêtre,

Mère des prêtres du monde entier,

Vous aimez tout particulièrement les prêtres,

Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.

Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,

Et vous l’aidez encore dans le ciel.

Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,

Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.

Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,

Qui nous donnent les sacrements,

Nous expliquent l’Évangile du Christ,

Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.

Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,

Les prêtres dont nous avons tant besoin,

Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,

Obtenez-nous, ô Marie,

Des prêtres qui soient des saints. Amen.

 

Message spécial confinement Mgr Philippe Christory, Samedi 7 novembre 2020

Message concernant le confinement, en vue du dimanche 8 novembre.

“Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus”

Les évêques de France ont voulu faire appel à la justice de notre pays pour demander que soit levée l’interdiction des rassemblements dans nos lieux de culte.

Ce soir, nous apprenons que le Conseil d’État s’y est opposé. À l’heure de ce message, je n’en connais ni les raisons invoquées, ni les conditions futures. Si nous avons voulu faire appel à la justice, c’est aussi pour la respecter comme l’Écriture sainte nous y invite. Je m’attends à ce que les fidèles soient découragées ou en colère. Je ne peux que regretter cela, nous le vivrons en solidarité avec tant de personnes dont la vie économique et sociale est en grave danger, certains pensant ne plus pouvoir vivre. Nous prierons pour les malades, les soignants, ceux qui accompagnent les autres avec abnégation et générosité.

Demain lors de mon homélie à 11h, je parlerai certes de l’importance de l’eucharistie. Je dirai aussi que rien ne manque à celui qui met pleinement sa confiance en Dieu. Le catéchisme dit que si Dieu a lié le Salut aux sacrements, Dieu n’est pas lié aux sacrements. Sa grâce ne nous manquera pas si nous sommes pleinement à son écoute, si nous mettons en pratique sa Parole, si nous demeurons dans une attitude d’amour et de bonté pour ceux et celles qui nous entourent, à cause de l’Évangile qui nous redit de nous aimer les uns les autres.

Le président de l’Assemblée des évêques de France, Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, donnera ce dimanche 8 novembre à 9h son discours de clôture de notre rencontre de la semaine sur KTOTV.

Discours de Mgr de Moulins-Beaufort

Vous pourrez suivre la messe sur la télévision et sur le web.

A Chartres, grâce à Chartres.live, avez le zèle d’une nouvelle équipe de jeunes cinéastes, nous aurons la messe retransmise à 11h, sur Chartres.live ou sur le site du diocèse de Chartres et celui de la cathédrale.

Plusieurs prêtres du diocèse ont prévu de transmettre en vidéo la messe dominicale par le WEB. Renseignez-vous auprès d’eux.

Radio Grand Ciel, notre radio diocésaine, vous proposera la messe de 11h en direct depuis la cathédrale comme chaque dimanche.

Enfin, je vous engage dans la journée de dimanche à vous rendre dans vos églises. En Eure & Loir, j’ai demandé aux prêtres de vous accueillir pour vous donner la sainte Communion. Il va de soi que la recevoir nécessite de s’y bien préparer, si possible en suivant la messe par radio ou télévision, et en venant se recueillir avec profondeur dans l’église avant.

A la Cathédrale, la communion vous sera proposée entre 15h et 18h.

Face aux maux qui traversent nos sociétés, en vue d’un monde fraternel, continuons notre résistance spirituelle par la prière quotidienne et par le jeûne un jour de la semaine. Bon courage. Nous ne perdons pas l’Espérance qui nous a été donnée par Dieu car il est présent avec nous.

Bon dimanche dans la Lumière du Seigneur !

Message 94 Mgr Philippe Christory, Vendredi 6 novembre 2020

MESSES EN VISIO – DIMANCHE 8 NOVEMBRE – POUR VOTRE PAROISSE
Nos quêtes : ne nous oubliez pas ! Depuis vos foyers, le site jedonnealeglise.fr vous attend !

A notre tour d’être saint !

Après Nice, la folie a frappé à Vienne. Pourquoi l’amour disparaît-il dans le cœur d’un homme au point de vouloir tuer et encore tuer ? Un frère et ami, le père Hermann Glettler, est devenu évêque d’Innsbruck en Autriche et j’ai eu la joie de le visiter dans ce beau Tyrol et aussi à Vienne et à Graz. Ce merveilleux pays, avec ses montagnes, ses chalets fleuris, ses lacs et ses chants nous fait rêver, comme en écho au film « la mélodie du bonheur » avec la touchante famille Von Trapp. Face aux attentats qui voudraient briser le rêve, nous pourrions être saisis par la peur. Or pourquoi craindre ? Jésus nous enseigne : « Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? » (Mt 6,27) Notre vie est précieuse. Cependant elle reste un passage, une sorte de pèlerinage vers l’au-delà. Aussi Jésus nous enseigne-t-il : « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » (Jn 12,25). Saint Paul vivait dans un monde cruel où la mort était omniprésente à cause des maladies, de la guerre et des violences des romains. Dans ce contexte-là, chaque journée était vécue comme une bénédiction. Saint Paul dit aux habitants de la ville de Philippes qu’il remet joyeusement sa vie entre les mains de Dieu : « si je dois verser mon sang pour l’ajouter au sacrifice que vous offrez à Dieu par votre foi, je m’en réjouis et je partage votre joie à tous. Et vous, de même, réjouissez-vous et partagez ma joie. » (Ph 2, 17-18) Saint Paul est prêt à donner sa vie à cause de l’Évangile pour le salut du monde.

Beaucoup de saints et de martyrs ont accepté cela. Que vaut ma vie personnelle si je la compare au salut éternel de tous les hommes ? Au cours des guerres, des soldats se sacrifiaient pour leurs camarades, comme dans la bataille de Diên Biên Phu au Vietnam. Mais qui perdra sa propre vie pour les autres afin qu’ils aient la vie éternelle ? Aujourd’hui, ce n’est pas (encore) cela qui nous est demandé par le Seigneur mais notre fidélité. Pour cela nous avons les armes spirituelles que l’Écriture nous enseigne : la prière, la vérité, la Parole, le zèle à annoncer l’Évangile, auxquelles nous ajoutons le jeûne que Jésus affirme nécessaire pour vaincre les plus puissants démons. Jeûner n’est guère naturel, ni facile. Il y a tant de ces petites choses bien bonnes à se mettre sous la dent : entre le sucré et le salé chacun y trouve son compte ! Mais le jeûne est l’arme de la victoire que nous devrions utiliser. Pourquoi ne pas choisir une journée par semaine et nous contenter de peu tout en nourrissant notre âme de la prière et de la lectio divina ? Comment faire tomber les murs de l’injustice et de l’incohérence lorsque nous sommes interdits de rassemblements et donc de culte communautaire ? Notre projet de résistance passe par la prière et le jeûne. Écrire, interpeler, nous le faisons mais le Christ demande notre prière : « vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. » (Mt 6,9-11). Inlassablement prions pour recevoir le Pain des anges, le Pain de vie.

Notre espérance ne fléchit pas. Elle est fondée dans le Christ. Elle nous est donnée lors de notre baptême comme participation à la vie divine. Charles Péguy écrit en 1912 Le Porche du mystère de la deuxième vertu et donne cette belle méditation sur l’Espérance qu’il compare aux deux autres vertus théologales la foi et la charité :
« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout. Cette petite fille espérance. Immortelle. […]
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière. […]
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus. […]
Mais l’espérance ne va pas de soi. L’espérance ne va pas toute seule.
Pour espérer, mon enfant, il faut être bien heureux, il faut avoir obtenu, reçu une grande grâce.
L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera dans le futur du temps et de l’éternité. »
Pour nous, l’espérance se cultive par des actes d’espérance au cœur des réalités de la vie. Elle est forte face à nos craintes quand nous buvons à sa source, le cœur de Jésus. Nous sommes vivants. Alors vivons en puisant l’espérance face aux troubles de la société. Le pape espère « que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance. » (Laudato Si n°244)
Nous sommes encore dans l’octave de la Toussaint, appelés à la sainteté à l’écoute de l’Esprit Saint. La sainteté est là au cœur de l’Église, encore plus aujourd’hui qu’hier. Combien de saints et de saintes connus nous ont précédés depuis 2 000 ans, partout dans le monde et si nombreux en France. Notre pays fut imprégné de leur amour transformé en actes et en projets pour le bien des autres : hôpitaux, écoles, universités, paroisses, monastères et abbayes, associations d’entraide. La France ne serait pas ce qu’elle est sans eux. La sainteté est pour aujourd’hui. Par exemple, laissez-moi vous présenter la bienheureuse Isabel. Isabel Cristina Campos est morte à l’âge de vingt ans en 1982. Cette femme laïque brésilienne fut tuée « en haine de la foi » par un homme qui l’agressait et auquel elle a résisté. Il a tenté de la violer. L’agresseur a attaché Isabel avec une corde et l’a poignardé à une dizaine de reprises. Elle a résisté, « mourant vierge, pure et chaste. » Dans sa biographie, on dit qu’elle menait « une vie simple, intense et belle qui est devenue un fragment vivant de l’Évangile ». Isabel Cristina souhaitait devenir médecin pédiatre en Afrique. Comme est belle cette expression « devenir un fragment vivant de l’Évangile » ! Si chacun de nous était cela, nous serions telles les pièces de verre coloré qui constituent les vitraux de notre cathédrale, nous formerions une œuvre d’art spirituelle !
Quelle était la motivation de ces saints ? Quel était le ressort interne de leur vie si pleine d’élan pour Jésus-Christ ? En réalité, ils avaient rencontré son visage, au fond de leur cœur, dans sa Parole, par une guérison ou un pardon, lors d’un témoignage de vie, par la service des pauvres… N’est-ce pas extraordinaire de prendre profondément conscience de l’amour infini de Dieu pour soi ? Nous sommes chacun aimés. Et cet amour nous communique la sainteté. La sainteté c’est d’accepter d’être aimé par Dieu. C’est se laisser envahir par son amour. C’est laisser notre âme être illuminée par sa sainteté divine. C’est nous mettre à la disposition de cet amour pour être lumineux de lui dans ce monde, par notre attachement à la Parole dit saint Paul. Saint Jean précise : « Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. » (1Jn3,1) Ces dons sont merveilleux et l’Esprit vient au secours de notre faiblesse pour nous rendre saints. C’est le Saint Esprit qui fait de nous des saints quand nous lui ouvrons grand le cœur.
Ce chemin de sainteté est ouvert à la fraternité. Ce mot m’apparaît de plus en plus prophétique. Les tensions au sein même des peuples exigent une nouvelle fraternité, aux États-Unis d’Amérique, en Europe, entre humains de religions différentes, entre personnes de cultures diverses. Dans son encyclique Fratelli Tutti, au chapitre cinq, le pape François parle du besoin d’une « charité sociale et politique » en mettant au centre la dignité humaine, en incluant les pauvres qui doivent prendre leur part dans l’édification de nouveaux chemins. Le Saint Père n’hésite pas à parler de la politique comme « une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun. » (n° 180) L’amour est civil et politique et peut imprégner toutes les relations sociales pour un monde meilleur. Croyons-nous à l’amour social comme principe universel des relations politiques ? Qui se lèvera parmi les jeunes générations pour construire cette politique enthousiasmante fondée sur la fraternité et l’amour des autres ? Je voudrais vous encourager à lire ces jours-ci les nos176 à 197 de cette encyclique pour que vous espériez dans la politique. Le saint Père affirme que « la bonne politique unit l’amour, l’espérance, la confiance dans les réserves de bien qui se trouvent dans le cœur du peuple, en dépit de tout. » (n°196) Et le pape remarque que « cela ressemble à une utopie naïve » à laquelle il ne faut pas renoncer. C’est un peu fou, mais l’Évangile est un peu fou et les apôtres saisis par le Saint Esprit laissaient penser qu’ils étaient plein de vin doux ! Alors allons de l’avant, avec enthousiasme, vers la fraternité.
Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Dorénavant, je vous propose la prière pour les vocations à Notre-Dame du Sacerdoce

Vierge Marie, Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

Message 93 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 30 octobre 2020 ———————-

Alors que vous recevez ce nouveau message, un groupe de quarante lycéens du diocèse est de retour de Taizé. La Communauté de Taizé est, depuis 1944, connue pour son ouverture œcuménique : cette ouverture est au cœur de la spiritualité de son fondateur le Frère Roger. L’expérience de Taizé est justement celle de la fraternité. Aujourd’hui une centaine de frères y vivent, surtout pour l’accueil des retraites de jeunes. Ce lieu, situé au cœur de la France rurale dans un tout petit village bourguignon, attire des milliers de chrétiens et d’autres croyants. Là, par la prière silencieuse, des chants très inspirés, par les échanges, une fraternité entre jeunes gens se crée dans la bienveillance et la foi.

Voici quelques jours, la question se posait d’y aller. La région de Taizé est sous couvre-feu et le Covid se répand en France. Pour moi, évêque, c’est un rendez-vous annuel. Est-ce dû à mon désir de parler aux jeunes, est-ce le lieu où ma paternité épiscopale se déploie, est-ce le besoin de dire aux jeunes que l’Église les accompagne ? Le pasteur ne peut pas être proche de son peuple en restant à son bureau, même pour écrire ses messages ! Le compagnonnage se vit par des échanges et par la convivialité, à travers ce qui ne se dit pas, c’est à dire nos cœurs unis par le Saint Esprit. Quel beau projet de bâtir un monde fraternel !

Notre lecture de l’encyclique du pape François Fratelli Tutti continue. Nous avions commenté la parabole du Bon Samaritain, modèle de celui qui se fait frère des autres, qui devient le prochain de l’homme blessé. Nous avons parlé de l’Amour qui nous vient du cœur de Dieu et qui suscite une authentique fraternité interpersonnelle. Nous avons aussi évoqué l’amitié sociale que des groupes humains ou des peuples établissent par la volonté réciproque d’un dialogue vrai et bienveillant, dans le respect des autres et de leurs croyances. Aussi, continuons maintenant avec le chapitre quatre du texte intitulé « un cœur ouvert au monde. » L’universel et le local sont les deux dimensions d’une communion entre les êtres humains et c’est la complémentarité des héritages culturels qui permet l’enrichissement de chacun. Le pape donne l’exemple du migrant qui recherche un accueil et un lieu de vie. Comment répondre à sa demande ? Le saint Père énumère les quatre étapes fondamentales à mettre en place : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. Pour permettre un avenir au migrant, le pays accueillant doit assurer des conditions de vie dignes, des protocoles d’intégration et d’éducation, le statut de réfugié, une bienveillance fraternelle, un échange des richesses entre celui qui arrive et celui qui est accueilli. Chaque pays cherche son intérêt particulièrement par une immigration choisie et profitable. Or l’Église veut affirmer l’importance de la gratuité, c’est à dire « la capacité de faire certaines choses uniquement parce qu’elles sont bonnes en elles-mêmes, sans attendre aucun résultat positif, sans attendre immédiatement quelque chose en retour. » (n°139) Dieu se donne gratuitement. Dans la Révélation divine, il y a la manifestation du don infini de Dieu qui n’espère que notre conversion et notre amour. Aussi Jésus dit que lorsque l’on donne quelque chose à autrui « que ta main gauche ignore de ce donne ta main droite. » (Mt 6,3) La gratuité nous effraie car elle ne semble pas raisonnable dans une culture fondée sur l’échange des biens par un processus économique et rentable : nous avons peur de perdre quelque chose. Nous craignons que ce que l’autre a, il nous l’enlève. Mais c’est l’inverse !

Une question demeure difficile : comment l’accueil des autres, des migrants, peut se faire au sein de notre société ou de notre groupe ? L’accueil fraternel ne peut se faire au dépend de sa propre culture, au risque de perdre son identité. Notre culture est façonnée par des siècles de vie économique, de pensée philosophique et de foi chrétienne. Les fondements de notre culture française sont chrétiens, même si « la philosophie des Lumières » élaborée par certains penseurs à partir du XVIIème siècle cherchait à s’en affranchir. En raison même de sa vocation d’accueil, la France a souvent absorbé des apports extérieurs. Mais elle ne peut le faire que peu à peu tout en gardant ses racines. Encore faut-il qu’elle ne les oublie pas… Le pape François exprime clairement cette idée : « la solution ne réside pas dans une ouverture qui renonce à son trésor propre. Tout comme il n’est pas de dialogue avec l’autre sans une identité personnelle, de même il n’y a d’ouverture entre les peuples qu’à partir de l’amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels. » Il parle plusieurs fois d’un « substrat original ». Voici pourquoi chacun doit aimer et prendre soin de sa maison. C’est là que sont nos racines. Ainsi, nous pouvons rechercher la fraternité par un double mouvement : approfondir nos racines et déployer nos bras pour que s’y abritent les personnes en recherche d’accueil, les pauvres et tous les exclus.

Comme membres de l’Église qui sommes en Eure-et-Loir, nous pouvons nous interroger en cette veille de la Fête de Toussaint. En confinement, beaucoup d’entre vous ont entrepris un nouvel élan et vous avez fait entrer Jésus-Christ dans vos maisons. Que d’échos magnifiques nous sont parvenus. Nous avons beaucoup dit que l’Église redevenait « domestique », ce mot venant du latin domus c’est-à-dire « maison ». Dans les premiers siècles, les chrétiens ne possédaient pas de lieux affectés au culte. L’Empire romain ne les autorisait pas. Ce fut donc dans les maisons particulières qu’avaient lieu les rencontres et qu’était célébrée l’eucharistie que l’on retrouve dans les Actes des Apôtres sous l’appellation « fraction du pain ». (Act 2,42) Où en sommes-nous des fruits de notre vie spirituelle au sein de nos foyers ? Comment demeure l’expérience vécue durant le confinement de notre prière personnelle, de la lecture des textes bibliques notamment ceux de la messe quotidienne, du silence « habité » à la maison ? Comment avons-nous fait évoluer notre relation avec Dieu et comment celle-ci a rayonné entre nous ? Comprenons-nous que la fraternité commence avec nos proches avant de s’étendre aux voisins ?

Il est nécessaire de faire un vrai point sur ce qui est vécu chez les chrétiens. En effet, Jésus est souvent confiné hors de nos maisons et de nos foyers, oublié dans le tabernacle de l’église du village fermée la plupart du temps. Jésus y est seul et abandonné. Chez beaucoup de personnes, bien souvent, point de prière du foyer, point de lecture personnelle de la Parole de Dieu, point de « coin prière », point de bénédiction de la table, point de lecture de vies de saints ou des textes du magistère de l’Église. Nous pouvons certes nous dire catholiques et près de 60% des français se déclarent catholiques. C’est merveilleux mais aussi bien triste : où sont-ils ? Comment vivent-ils leur vie de prière. Force est de constater que bien souvent, cette dernière est réduite ou même inexistante. Nous pouvons être émus de la place de l’Islam dans la société française, venue par les migrations successives, et de l’ampleur de l’athéisme porté par une laïcité militante que notre société enfante encore. Mais la nature ayant horreur du vide, nous laissons souvent la place, et je cite saint Paul, à « tous les courants d’idées, au gré des hommes qui emploient la ruse pour nous entraîner dans l’erreur. » (Eph 4,14)

Le temps est au réveil, chers amis, à la décision ferme et fidèle. Notre vie chrétienne peut être porteuse de lumière dans la société si nous sommes lumineux par notre attachement au Christ, dont nous témoignons en vivant une relation profonde avec lui. Rappelons-nous l’avertissement de Dieu aux chrétiens de la jeune communauté d’Éphèse « Je connais tes actions, ta peine, ta persévérance, je sais que tu ne peux supporter les malfaisants ; tu as mis à l’épreuve ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas ; tu as découvert qu’ils étaient menteurs. Tu ne manques pas de persévérance, et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager ta peine. Mais j’ai contre toi que ton premier amour, tu l’as abandonné. » (Apo 2,1-4) N’avons-nous pas oublié si souvent notre premier amour ? On dit qu’une partie des catholiques ne sont pas revenus dans leur paroisse depuis le confinement. Heureusement en quelques lieux, cela ne se vérifie pas, car certains ont conscience que la foi exige la fidélité. Interrogeons-nous ! Et si notre époque était celle de l’héroïcité ? Voyez les catéchumènes, les confirmands, les adultes qui viennent vers l’Église pour un baptême ou la confirmation. Sont-ils les seuls à rechercher Dieu ? Non, sûrement pas, et d’autres hommes et femmes qui vivent à côté de nous aspirent à cette rencontre mais ne trouvent personne qui aille vers eux pour leur en parler explicitement.

Nous allons vivre ce dimanche la belle fête de la Toussaint. Ce sera l’occasion de regarder le Ciel dans l’Esprit des Béatitudes, en accueillant la joie promise dès maintenant « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Si nous sommes enracinés dans le Christ, nous verrons sa Gloire. Notre fidélité aux rendez-vous quotidiens et à l’eucharistie dominicale sera le signe de notre foi pour nos proches. N’ayons pas peur des remarques mais aimons en vérité. Nous pouvons nous tourner très particulièrement vers la Vierge Marie, qui est appelée Reine du Ciel, mère de tous les saints et saintes. En priant le chapelet, nous nous relions à Jésus par la méditation des Mystères de sa vie. Essayez une promenade le chapelet à la main, pour aérer votre corps et votre cœur. Sanctifiez votre vie et les lieux que vous parcourez en priant pour vos voisins. Apportez mystérieusement la paix du Christ par votre fidélité. Bonne route.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Dorénavant, j’aimerais vous proposer une prière pour les vocations.

Prière à Notre-Dame du Sacerdoce

Vierge Marie,
Mère du Christ Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
Vous aimez tout particulièrement les prêtres,
Parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils unique.
Vous avez aidé Jésus par toute votre vie terrestre,
Et vous l’aidez encore dans le ciel.
Nous vous en supplions, priez pour les prêtres,
Priez le père des cieux pour qu’il envoie des ouvriers à sa moisson.
Priez pour que nous ayons toujours des prêtres,
Qui nous donnent les sacrements,
Nous expliquent l’Évangile du Christ,
Et nous enseignent à devenir de vrais enfants de Dieu.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père,
Les prêtres dont nous avons tant besoin,
Et puisque votre cœur à tout pouvoir sur lui,
Obtenez-nous, ô Marie,
Des prêtres qui soient des saints.
Amen.

Message 91 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 23 octobre 2020 ———————-

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Mt 22,39)

Face aux événements récents, ce commandement de Jésus-Christ rapporté par l’Évangile ce prochain dimanche interpelle fortement. Depuis quinze jours, grâce à l’encyclique du pape François, nous parlons de fraternité. Sur l’église de Vernouillet, Il a été écrit en lettres métalliques « République Française – liberté – égalité – fraternité ». Comme pour dire que l’église appartient à la commune. Ce n’est pas un cas unique dans notre belle France. Mais la République peut-elle susciter une authentique fraternité ? Le saint Père le rappelle : face à l’individualisme radical, qualifié par le pape de « virus le plus difficile à vaincre. » (n°105), c’est la fraternité qui permet la liberté et l’égalité. Or l’individualisme se répand en particulier dans les sociétés les plus favorisées, où l’entraide peut ne pas sembler indispensable. Le danger est alors grand : l’homme ne peut trouver seul sa joie. C’est ce qu’exprimait Raoul Follereau qui consacra sa vie au service des lépreux : « nul n’a le droit d’être heureux tout seul ! ».

Le désir de fraternité est commun à beaucoup de personnes ; mais comment la réaliser ? Être des frères et des sœurs, vivant ensemble, harmonieusement peut sembler un défi impossible à relever. Quelques-uns s’y opposent, les récents événements l’ont cruellement démontré.

Comme tous, je suis horrifié par le crime envers Samuel Paty ce professeur d’histoire et géographie tué lâchement à Conflans. Qui pourrait cautionner une décapitation ? Symboliquement, le mode d’assassinat est violent. Le mode opératoire est le même que celui d’autres crimes subis par des prisonniers de groupes islamiques. Comment ne pas se souvenir des vingt coptes chrétiens, revêtus de combinaisons orange, qui furent égorgés par Daech sur les plages libyennes face à la mer Méditerranée ? Ce professeur français a reçu beaucoup d’éloges posthumes, et il est touchant d’entendre ceux et celles qui furent ses élèves dirent qu’il était ce professeur que l’on n’oubliait pas. Il acceptait de dialoguer, demandant le respect de l’opinion d’autrui ; il encourageait ses élèves à construire leur point de vue de manière raisonnable et argumentée. Jamais un tel crime ne pourra être cautionné, jamais un professeur, ni personne, ne mérite d’être ainsi décapité.

Mais cela interroge sur la liberté d’expression. Il est toujours urgent de la défendre. Tant d’hommes et de femmes en sont privés en ce monde. Elle est un socle du vivre-ensemble français. Elle appartient à notre démocratie. Elle doit permettre à tout citoyen de s’exprimer sans craindre la censure, la haine, la violence, le meurtre. Je dois admettre que je n’aime pas les caricatures qui touchent à la sensibilité religieuse. Charly Hebdo en a édité de très vulgaires sur nos papes, sur des personnages religieux, sur des responsables politiques et bien d’autres. C’est un choix éditorial. Mais de telles caricatures, qu’on les apprécie ou non, ne peuvent pas justifier qu’un homme soit assassiné. Personnellement j’aime à croire que notre humanité a besoin d’un dialogue fort et libre qui autorise la contradiction, même lorsqu’elle est animée, mais qui respecte l’amour mutuel. Peut-être est-ce une douce utopie ?

Nous devons donc condamner, sans appel, cet acte barbare. Nous devons aussi prier. Pour Samuel Paty, pour sa famille, pour notre pays. Pour que la haine ne nous déchire pas. Nous devons aussi nous enraciner toujours plus dans l’amour. Je vous propose donc de poursuivre notre lecture de l’encyclique du pape Fratelli tutti. Le chapitre troisième a comme titre « penser et gérer un monde ouvert ».

Nous sommes des êtres de relation, appelés à sortir de soi-même. Le pape parle d’une « loi d’extase », expression originale, pour signifier notre besoin d’autrui en vue d’un accroissement d’être. Cela est vrai de toute relation, mais surtout lorsque nous parlons d’amour : « l’amour passe en premier, ce qui ne doit jamais être mis en danger, c’est l’amour ; le plus grand danger, c’est de ne pas aimer. » (n°92) C’est le sens du mot charité qui dans le langage courant semble négatif car associé à une forme de pitié. Or « ce qu’exprime le mot ‘‘charité’’ est que l’être aimé m’est ‘‘cher’’, c’est-à-dire qu’il est estimé d’un grand prix ». L’amour que nous nous portons les uns aux autres façonne notre fraternité, nous fait désirer le meilleur pour l’autre quel qu’il soit. En aimant, nous construisons la communion universelle. Le père Franz Stock, si cher aux chartrains depuis qu’il dirigea le séminaire des barbelés au Coudray, cultivait et enseignait l’amour mutuel pour préparer une génération de prêtres qui œuvreraient en vue d’une nouvelle entente franco-allemande après la guerre. Cette attitude évangélique concrétisait la parole de Jésus « Tous vous êtes des frères. » (Mt 23,8)

Nous adhérons volontiers au point de vue que l’amour fonde la fraternité. Mais le pape nous invite à aller plus loin et à réfléchir à ceux et celles qui vivent parmi nous comme des étrangers. Le Saint Père constate que certaines personnes vivent comme des exclus ne bénéficiant pas de relations normales avec les autres, ne voyant pas leurs besoins élémentaires être satisfaits. Ce peut être le cas de gens en situation de handicap ou encore des personnes âgées, qui se ressentent comme un fardeau pour les autres. Elles n’accèdent pas à la vie sociale normale, elles ne peuvent pas profiter de la culture, elles sont dépendantes. Or l’amour qu’elles savent offrir et susciter permet de découvrir leur richesse de cœur et leur sensibilité. Elles sont les témoins précieux de la dignité de tout homme et de toute femme, et elles apportent une part d’humanité originale.

Pour que l’amour perdure, la dignité de chacun doit être affirmée, sans distinction de peuple, de caste ou de culture, car elle est fondée sur son être même ou encore sur l’existence, depuis la conception de l’enfant jusqu’à sa fin de vie. C’est d’une importance absolue : « Lorsque ce principe élémentaire n’est pas préservé, il n’y a d’avenir ni pour la fraternité ni pour la survie de l’humanité » (n°107) nous dit le Pape. Ce n’est pas l’efficacité économique d’une personne qui lui donne sa dignité. Les États ont le devoir d’intervenir pour que chaque citoyen ait sa place, particulièrement les pauvres et les plus fragiles, car s’il est dit que nous naissons égaux, nous ne vivons pas à égalité. C’est le rôle du pouvoir politique d’offrir à chacun les conditions d’une vie digne, fraternelle et solidaire. On peut citer pour exemple l’accès inégal à l’éducation scolaire. L’Église œuvre depuis des siècles en ce sens, mais les États ont parfois laissé des populations entières dans l’ignorance pour mieux les asservir. Il est possible que vous vous sentiez, comme moi, un peu dépassé par l’ampleur du travail à réaliser en matière de solidarité, de bienveillance entre groupes humains, d’entraide destinée à tous. Le saint Père finit ce troisième chapitre de l’encyclique Fratelli tutti par une belle promesse : « si l’on accepte le grand principe des droits qui découlent du seul fait de posséder la dignité humaine inaliénable, il est possible d’accepter le défi de rêver et de penser à une autre humanité. On peut aspirer à une planète qui assure terre, toit et travail à tous. C’est le vrai chemin de la paix, et non la stratégie, dénuée de sens et à courte vue, de semer la peur ou la méfiance face aux menaces extérieures. » (n°127) Le monde est donc ouvert. Les jeunes générations bénéficient de facilités étonnantes pour se rencontrer, tant par les voyages que par les réseaux sociaux. C’est l’amour tel que le Christ le révèle qui sera la cause d’une fraternité universelle permettant de nous entraider même quand le réchauffement climatique bouleverse les équilibres humains. Nous avons dans l’Évangile un trésor à méditer et à mettre en œuvre pour voir en toute personne un frère ou une sœur à aimer et à servir. Alors se façonnera une fraternité humaine inscrite au cœur de l’homme et reliée au Dieu créateur qui nous soutient de sa grâce. Espérons donc toujours et ne nous laissons pas à aller à un pessimisme de mauvais alois. L’amour est plus fort que la haine. L’amour du Christ, qui nous a tant aimé au point qu’il a donné sa vie pour nous, est vainqueur !

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

 

Message 90 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 16 octobre 2020 ———————-

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie et la vie en abondance » (Jn 10,10)

La Vie est offerte, elle est toujours un cadeau. Aujourd’hui existe un discours politique et médiatique qui enferme les personnes pour leur faire admettre comme vraies de profondes incohérences. Par exemple, quand Chloé du planning familial déclare sur les ondes qu’à 14 semaines « l’avortement n’enlève pas la vie mais en sauve une », on mesure l’importance de cette incohérence. Le petit être niché au creux du ventre maternel ne serait-il pas un être vivant ? Quand commence la vie ? Ne devrait-on la considérer qu’en fonction du projet social que la société lui reconnaît ? Si l’enfant dans le sein maternel n’est pas considéré comme un être humain, sa suppression, son élimination peuvent être justifiées par le pouvoir.

Parmi les hommes qui exercent un pouvoir, notamment dans le domaine politique, certains peuvent avoir l’orgueil de penser qu’ils créent un monde nouveau. « Si Dieu n’existe pas, tout est permis. » disait Dostoïevski. Dans les faits, l’ultra libéralisme au service de l’argent et du pouvoir prétend souvent construire notre monde et transforme la vie en un bien marchand. Mais un vote majoritaire ne garantit pas toujours la vérité ou même la justice. Le vote majoritaire oblige la minorité au silence. Aujourd’hui, vouloir s’opposer à l’avortement est tout simplement une position inaudible pour les médias et combattue ou impossible dans l’espace du débat politique. L’élargissement des délais pour avorter crée une mentalité abortive de plus en plus banalisée. L’avortement est devenu un droit, un « soin » remboursé. Comme elle est loin l’époque de la loi Simone Weil qui, tout en légalisant l’avortement, reconnaissait qu’il est un drame et qui encourageait toute association qui offrirait la chance à la maman de garder son enfant ! La « culture du déchet », terme du pape, est prégnante. Culture de mort, elle ne procure pas le bonheur à ceux qui le recherchent. Elle ne peut que conduire à des formes d’indifférence et de désintérêt pour ceux qui souffrent, et sont considérablement amplifiées par un individualisme galopant. « Ce n’est pas mon problème » me disait un homme au sujet de deux jeunes vivant dans la rue, « je ne les vois pas ! » Aujourd’hui, face aux lois touchant la bioéthique, beaucoup considèrent que ce n’est pas leur affaire. Or notre modèle de société est en jeu.

L’Église catholique est minoritaire devant cette tempête. Elle constate que les victimes sont d’abord les femmes qui souffrent de savoir que leur petit enfant a été éliminé dans leur sein maternel. Leurs larmes sont silencieuses et ignorées, voire jugées indécentes. L’autre victime est cet enfant qui n’a rien demandé à personne et qui, comme tout être vivant, aspirait à vivre. Nous espérons en la fraternité pour tous. Or celle-ci n’existera que si elle englobe tous les êtres humains depuis la conception dans le sein maternel jusqu’à la fin de vie naturelle. Si cette fraternité n’est pas ouverte à tous alors l’égalité et la liberté resteront un vœu inatteignable.

Face au défi de l’indifférence, la parole du pape François arrive à point nommé. Aussi, continuons la lecture de son encyclique appelée Fratelli tutti ce qui signifie « tous frères ». Nous avons parlé dans le message précédent de l’amitié sociale que les peuples, les nations ou les groupes humains susciteront par un rapprochement des idées et des cœurs. Cela nécessitera le choix d’un dialogue ouvert à l’écoute authentique des autres pour entendre leur point de vue et se laisser traverser par leur compréhension différente. Ce choix exigeant demande du courage et de la bienveillance mutuelle. Mais il n’oblige pas à la pensée unique ! Un dialogue vrai ne peut s’entendre que dans l’acceptation de la diversité d’idées.

Le pape nous donne un texte puissant que les médias ont salué en parlant de la couleur politique et sociale de ses propos. L’Église a toujours incarné sa foi en Jésus-Christ par un engagement auprès de tout homme et des tous les hommes, autant qu’elle a pu le faire, par les soins, l’accueil et l’éducation. Par exemple, en Eure-et-Loir, le père Louis Chauvet, constatant en 1696 que les jeunes filles de la Beauce ne bénéficiaient d’aucune scolarité, ouvrit une classe dans la cave de son presbytère animée par quelques femmes bienveillantes. Celles-ci seront les premières de la magnifique congrégation des sœurs de saint Paul de Chartres, toujours actives dans le monde entier pour l’éducation des pauvres.

Le pape François nous invite à méditer la parabole du bon Samaritain. Pour rappel, celle-ci décrit la violence faite par des brigands envers un homme juif qui git dans le fossé. Passent un prêtre et un lévite expert de la loi de Moïse, qui tous les deux se détournent du pauvre blessé. Arrive un voyageur samaritain qui lui prodigue les premiers soins. Puis il le mène sur sa monture à l’auberge. Là il le confie à l’aubergiste en lui payant à l’avance les frais. Finalement, Jésus valorise la charité de ce samaritain mal aimé des juifs, qui s’est fait le prochain de ce blessé. Jésus enseigne qu’être homme, c’est prendre soin des personnes souffrantes quelles que soient leur origine ou leur religion. Partant de cet exemple, le pape affirme la vocation de tout homme à prendre soin d’autrui car nous sommes liés par une commune humanité : « nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour. Vivre dans l’indifférence face à la douleur n’est pas une option possible ; nous ne pouvons laisser personne en marge de la vie » (n°68) Le bon samaritain est une « icône éclairante » pour notre monde.

L’histoire se répète. Notre société civilisée laisse de nombreuses personnes au bord du chemin. Les blessures sont multiples mais bien présentes. Pour le pape, il n’y a que deux types de personnes, « celle qui passe son chemin et reste indifférente à l’homme blessé et celle qui prend en charge la douleur ». C’est face à celle-ci que les masques tombent. « Allons-nous nous pencher pour toucher et soigner les blessures des autres ? Allons-nous nous pencher pour nous porter les uns les autres sur les épaules ? » (n°70) Certes, la puissance politique, tant nationale que locale, a sa partition à jouer. Certes, beaucoup de choses sont accomplies dans le domaine social notamment, y compris par nos institutions. Mais il nous faut aller plus loin et il en va de notre responsabilité personnelle : chacun de nous peut ouvrir son cœur et aller vers l’autre.

Aussi, nous-mêmes avons un choix à poser. Nous pouvons nous dire qu’il nous est impossible de changer les choses. Seul, cela est sûrement vrai. Si vous ne vous en sentez pas capable, j’aimerais citer Jessica Cox, jeune femme née sans bras, qui pilote des avions ou encore fait du surf, cela sans aucune prothèse, juste avec ses pieds. Elle dit « ôtez vos prothèses », celles qui vous encombrent le cœur et agissez. Dans une partie de l’encyclique nommée « recommencer » le pape ouvre une voie d’humanité. Il parle de coresponsabilité en vue d’une transformation du cœur. Il existe une nouvelle opportunité, dit-il. Cet espoir est lié d’ailleurs avec l’écologie intégrale qui a comme fondement les quatre relations fondamentales d’un vie juste : avec soi, avec les autres, avec la nature et avec Dieu. Les défis sont considérables mais si nous nous associons, si nous conjuguons nos efforts, si nous entrons dans une culture profonde de l’altérité, nous pourrons beaucoup plus que si nous restons isolés. D’un seul cœur et ensemble, nous réaliserons des projets que personne ne ferait seul pour rejoindre l’humanité blessée. Dans notre diocèse de Chartres qui couvre tout l’Eure-et-Loir, nous avons institué une Diaconie – ce mot signifie service – dont la raison d’être est de se connaitre entre acteurs de la solidarité pour pouvoir associer nos prières et nos talents concrets afin de répondre aux besoins des plus pauvres.

La parabole du Bon Samaritain est toujours d’une pertinence merveilleuse. La foi en Jésus-Christ qui s’est fait homme pour partager notre condition humaine et vivre notre quotidien invite à lever les yeux vers le Royaume et à nous soucier des frères et sœurs dans le besoin. Chacun peut faire ce pas, avec le soutien de nos communautés. En ce mois missionnaire, j’émets le vœu que notre charité se fasse inventive et simple. Bonne route à chacun.

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message 90 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 9 octobre 2020 ———————-

 

« Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (Lc 10, 36)

Alors que le pape François vient de signer une nouvelle encyclique consacrée à la Fraternité, le merveilleux passage sur le bon samaritain qui s’achève par cette question de Jésus à ses auditeurs, nous oblige à sonder notre cœur : comment prenons-nous soin de notre frère ? Que veut dire se faire le prochain d’un autre ? Le temps présent est opportun pour nous saisir de cet appel : l’urgence de la fraternité qui est au cœur de la mission.

Avant de parler de cette encyclique, j’aimerais faire mémoire d’un prêtre. Ce vendredi 2 octobre, le père Jean-Baptiste Brossier nous a quittés, c’était le jour de la fête des anges gardiens. Notre frère s’est endormi dans la mort pour son dernier voyage vers le Ciel. Il est vrai que depuis quelques semaines, il marchait fort doucement, mangeait peu, diminuant physiquement pour se préparer au grand passage. Résidant dans la maison des prêtres âgés de Saint-Chéron depuis plus de dix années, jusqu’à cet été il célébrait la messe de semaine pour ses frères fatigués ou malades et les amis fidèles à ce rendez-vous. A chaque eucharistie que j’y présidais, il allait vers le tabernacle pour prendre Jésus-Eucharistie qui serait apporté à chacun. Il servait autant qu’il le pouvait. Sa vue avait baissé, mais il demeurait attentif aux autres. Il regardait au cœur et par le cœur. Il restera pour beaucoup, même si de nombreux amis et frères en Christ l’ont précédé auprès de Dieu, un pasteur qui servit la plupart du temps en campagne d’Eure-et-Loir. Prions maintenant Notre-Dame de Chartres afin qu’elle l’accueille, elle qui est Mère des prêtres. Confions-lui notre prière pour les vocations sacerdotales afin qu’il les présente à Dieu quand il le contemplera dans sa Gloire.

Le mois missionnaire d’octobre est lancé. Il est placé sous la protection de Notre-Dame du Rosaire, fêtée ce mercredi 7 octobre, comme le veut la tradition. Plusieurs paroisses entreprennent un tour des clochers pour prier la Vierge chaque soir. Je ne peux que vous encourager à ouvrir votre église et aller au pied de Marie pour confier, par le chapelet, votre communauté, vos familles et votre village. D’autres commencent des parcours Alpha pour accueillir des personnes en recherche. Si vous êtes dans ce cas, si vous êtes en quête de réponses sur Jésus, la foi chrétienne et la vie de l’Église, ce peut être le bon lieu pour faire des rencontres et obtenir des réponses. Nous pourrions multiplier les initiatives, mais l’important est que notre propre cœur s’ouvre à la surprise de la rencontre et que celle-ci soit l’occasion d’un témoignage de foi et d’une prière. Je vous souhaite un heureux mois missionnaire !

Ce dimanche 4 octobre, en la fête de saint François d’Assise, le pape François a offert au monde une nouvelle encyclique, Fratelli tutti dont je vous commenterai quelques passages dans mes prochains messages. « Vous êtes tous frères » dit Jésus (Mt 23, 8). Si nous le sommes, c’est parce que nous avons un unique Père au Ciel, Dieu notre Seigneur. Cela signifie que notre lien est indélébile, qu’il est permanent, qu’il ne dépend ni de nos sentiments, ni de la profondeur de nos relations, qu’il nous rend responsables des autres. C’est un fait. Quel regard portons-nous sur l’autre, sur la personne que je ne connais pas, celui qui ne me ressemble pas ou qui vient d’une autre culture ? Frères et sœurs en Christ, nous le sommes, voilà ce que nous enseigne la foi. Pouvons-nous alors choisir de nous aimer les uns les autres ? Voici que cela engage notre volonté et ainsi notre responsabilité personnelle. Voici le défi du quotidien, découvrir que mon prochain a une valeur infinie dans le cœur de Dieu; aussi je peux le voir comme un frère ou une soeur. Quelle belle révélation nous est donnée là !

L’encyclique porte en sous-titre : « Sur la fraternité et l’amitié sociale. » Tout au long du texte, le pape François ne sépare pas l’amitié sociale de la fraternité. Son désir est de proposer « un nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale qui ne se cantonne pas aux mots. » (n°6) Cette manière de présenter le lien entre ces deux réalités est profondément originale. Le saint Père affirme même la profonde correspondance entre l’une et l’autre : « la fraternité universelle et l’amitié sociale constituent partout deux pôles inséparables et coessentiels. Les séparer entraîne une déformation et une polarisation préjudiciables. » (n°142) Aujourd’hui, il est proposé de parler d’amitié sociale comme un bien commun entre les peuples ou entre les nations. Le pape émet le vœu que les groupes sociaux et politiques puissent entrer en amitié. Ne trouve-t-on pas là un écho de Hannah Arendt qui affirmait qu’avec « le dialogue se manifeste l’importance politique de l’amitié » ? La clé de l’amitié sociale est effectivement le dialogue c’est-à-dire « la capacité de donner et de recevoir, en demeurant ouverts à la vérité » (n°199). Or le dialogue passe par la culture dont les formes sont multiples et diverses, « la culture populaire, la culture universitaire, la culture des jeunes, la culture artistique et technologique, la culture économique et la culture de la famille, et la culture des médias. » (n°199) Nous ne parlons pas de n’importe quel dialogue mais de ces échanges et conversations qui sont fondés sur un authentique désir de rencontre et d’écoute en vue d’un enrichissement mutuel. C’est un dialogue dans lequel chaque personne impliquée se laisse traverser par les propos des autres. L’amitié sociale a besoin de bienveillance entre groupes et entre peuples : « elle suppose valorisation et respect, elle transfigure profondément le mode de vie, les relations sociales et la façon de débattre et de confronter les idées, lorsqu’elle devient culture dans une société. » (n°224) Cette amitié sociale au sein d’une même nation est à rechercher entre groupes sociaux différents, entre les pauvres et les riches, avec toujours la quête de l’option préférentielle pour les plus marginalisés et les déshérités. Le pape définit un principe indispensable pour construire l’amitié sociale : « l’unité est supérieure au conflit. » C’est bien cette unité que Jésus désire lorsqu’il prie son père « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17, 21) Mais cette unité n’est pas un syncrétisme ou une fusion, mais « le fruit de la compréhension et de l’engagement réciproque, pour atteindre une unité multiforme qui engendre une nouvelle vie. » (n°245)

De l’amitié sociale entre les groupes et les peuples peut naître la fraternité. Se sentir frères et sœurs est une étape importante de la maturité humaine. Il appartient à chaque individu de bâtir cette fraternité. C’est un projet ambitieux et toujours à reprendre. « Le projet même de fraternité est inscrit dans la vocation de la famille humaine. » (n°26) Cependant « Le problème, c’est qu’un chemin de fraternité, local et universel, ne peut être parcouru que par des esprits libres et prêts pour de vraies rencontres. » (n°50)

C’est donc un chemin d’humanité toujours à construire que le pape François propose. S’il est écrit que tous les hommes naissent égaux, cette égalité ne dure que bien peu de temps, au vue des conditions sociales si diverses. Nos états démocratiques affirment l’égalité entre tous, mais chaque jour nous constatons que cette égalité est une utopie et que la réalité est toute autre. Certains vivent dans une certaine aisance, tandis que d’autres manquent de l’essentiel. L’amitié est certes de la responsabilité de chaque personne, mais il est clair que ceux et celles qui bénéficient de plus de moyens matériels et économiques ont le devoir de porter leur attention et d’ouvrir leur cœur vers ceux qui doivent tout attendre des autres pour vivre. Il est tellement difficile de tendre la main ! Rappelons-nous les mots de saint Vincent de Paul « la main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit. »

Il est toujours intéressant de lire les conclusions d’un texte. Le pape place la source de toute fraternité dans une relation à Dieu qui est Père de tous les êtres humain. Il nous dit : « Nous, croyants, nous pensons que, sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables à l’appel à la fraternité. Nous sommes convaincus que c’est seulement avec cette conscience d’être des enfants qui ne sont pas orphelins que nous pouvons vivre en paix avec les autres. En effet, la raison, à elle seule, est capable de comprendre l’égalité entre les hommes et d’établir une communauté de vie civique, mais elle ne parvient pas à créer la fraternité » (n°272) Car « sans vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, dans ces conditions, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. Leurs intérêts de classe, de groupe ou de nation les opposent inévitablement les uns aux autres. » (n°273)

En ce mois missionnaire, je vous propose de mettre en œuvre le principe même de fraternité. Nous allons chaque jour croiser des personnes avec qui la rencontre n’est pas toujours aisée, car nous ne nous connaissons pas forcément. Les masques qui cachent une partie de nos visages sont de surcroît des obstacles pour la rencontre et le dialogue. Cependant, cette barrière ne peut pas avoir le dernier mot. Il nous reste le regard et celui-ci peut être signifiant pour entrer en relation. Osons un pas vers l’autre et soyons son prochain qui lui apporte écoute et réconfort. Osons emprunter le beau chemin de la fraternité.

Le texte du pape méritera d’autres approfondissements, notamment sur les causes de la dégradation de la fraternité dans la vie sociale, la gravité de la guerre, l’abolition de la peine de mort, etc. Nous en reparlerons dans nos messages suivants car le saint Père sait apporter aussi une belle espérance dont nous avons besoin.

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire d’octobre et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

 

Message 89 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 2 octobre 2020 ———————-

« Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même »

Aimer, voilà le sens de nos vies. Par ces quelques mots, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus résume son expérience de l’amour. On la nomme aussi sainte Thérèse de Lisieux. Elle était la cinquième fille de la famille Martin, dont les parents Louis et Zélie sont maintenant canonisés. Quel privilège merveilleux de contempler la vie des saints ! Saints Louis et Zélie, bien qu’ayant vécu au XIXème siècle, sont présentés comme un couple d’une réelle « modernité ». Zélie dirigeait une affaire de dentelles. Louis était horloger et avait un commerce. Ils eurent neuf enfants mais quatre décédèrent en bas âge. Ils connurent les affres de la guerre de 1870. Leur vie bien remplie, entre Alençon et Lisieux, était l’espace d’un amour familial puisé dans leur foi commune en Jésus-Christ. Ils se nourrissaient quotidiennement de l’eucharistie. Quant à leur fille Thérèse, s’il fallait vous la présenter, il faudrait un livre ! Elle vécut 24 années et mourut d’une tuberculose qui la fit beaucoup souffrir. Au Carmel, où elle était entrée toute jeune, elle prit le temps d’écrire de nombreux poèmes, des pièces de théâtre et surtout ses manuscrits qui seront appelés « histoire d’une âme ». Ce fut grâce à ses écrits que l’Église allait découvrir la profondeur de sa vie mystique et particulièrement ce que l’on nommera la « petite voie » pour aller à Jésus. J’aimerais donc vous lire ce passage du manuscrit C dans lequel Thérèse révèle sa découverte.

Je la cite : « Vous le savez, ma Mère, j’ai toujours désiré d’être une sainte, mais hélas ! j’ai toujours constaté, lorsque je me suis comparée aux saints, qu’il y a entre eux et moi la même différence qui existe entre une montagne dont le sommet se perd dans les cieux et le grain de sable obscur foulé sous les pieds des passants ; au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections ; mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse Éternelle : « Si quelqu’un est tout petit qu’il vienne à moi » (Pr 9,4). Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : « Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux ! » (Is 66,12-13) Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme, l’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus. O mon Dieu, vous avez dépassé mon attente et moi je veux « chanter vos miséricordes. »

Voici que la jeune carmélite ouvrait un chemin spirituel nouveau dans une époque marquée par le jansénisme. Sa petite voie devenait accessible à qui voudrait se faire « petit enfant » devant Dieu. Avec elle, la vie spirituelle comme la prière n’étaient pas faites de techniques compliquées, mais d’actes d’amour quotidiens, de pensées simples et douces pour son Seigneur. « Ma voie est toute de confiance et d’amour, je ne comprends pas les âmes qui ont peur d’un si tendre ami » écrit-elle. Comme catholiques, la multiplicité des traditions religieuses est une richesse, elle permet à chacun le mode de prière qui lui convient pour converser avec Jésus. C’est toujours l’Esprit qui nous inspire notre prière. Sainte Thérèse rappelle que nous pouvons rechercher la simplicité et la confiance, comme l’enfant devant sa tendre maman. Thérèse disait « Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est Juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? » Sainte Thérèse qui avait un profond désir d’être apôtre, mais ne quitta jamais son couvent, fut nommée par l’Église sainte patronne des missions universelles. Elle priait pour les prêtres et pour les missionnaires qui partaient au bout du monde pour annoncer l’Évangile. Avant de rejoindre Dieu, elle promit de faire toujours du bien sur la Terre. Juste avant sa mort, ses dernières paroles furent « Je ne puis craindre un Dieu qui s’est fait pour moi si petit… je L’aime !… Car Il n’est qu’Amour et Miséricorde ! »

Le 1er octobre un nouveau mois missionnaire commence. Or ce jour est aussi la fête de sainte Thérèse de Lisieux. Peut-être vous souvenez-vous de la demande du pape François de faire du mois d’octobre 2019 un temps de mission pour toute l’Église universelle à l’occasion du centenaire de l’appel du pape Benoît XV qui, en 1919, après la grande guerre, relança la mission de l’Église ? Octobre 2019 fut en Eure-et-Loir l’occasion d’un bel élan, diversifié selon les paroisses, profitable tant pour les catholiques de nos paroisses que pour les habitants de nos villes, nos villages, nos campagnes. Des soirées de prière, des liturgies festives, des chapelets, des visites et des repas, des moments d’adoration eucharistique, des visites de malades ou des personnes seules, des marches et des pèlerinages, du porte à porte, des bénédictions de maison, des animations dans les maisons de retraite furent organisés. Le mois d’octobre est aussi celui du Rosaire. Le Rosaire nous fait méditer vingt épisodes de la vie de Jésus que l’on appelle des mystères. Sainte Thérèse aimait particulièrement la Vierge Marie. Elle reçut une grâce très particulière en se confiant à celle qu’elle regardait comme la Vierge au sourire. Envoyés par Jésus vers nos frères pour en faire des disciples, nous confions à Notre-Dame notre appel pour être rendus capables d’y répondre. Chaque jour nous prierons soit en famille, soit entre amis, à la maison, par vision-conférence ou par téléphone. Utilisons ces moyens nouveaux pour nous rassembler et nous tourner ensemble vers Dieu.

Ce mois d’octobre nous conduira à la fête de la Toussaint suivie par la journée de prière pour nos défunts. Je vous fais une proposition : pourquoi ne pas préparer et animer, dans l’église de votre village ou de votre quartier, une veillée d’accueil et de prière le vendredi 30 ou le samedi 31 octobre en invitant les familles endeuillées depuis l’été, voire durant le confinement ? Que faire lors de cette rencontre ? Prévoyez un accueil chaleureux, avec une boisson chaude car il peut faire froid. Choisissez de beaux chants avec des paroles d’espérance et de confiance. Envisagez un chapelet ou d’autres prières mariales, entrecoupées d’intentions concrètes. Si vous avez un temps d’adoration eucharistique, chaque personne pourra s’approcher de Jésus et déposer un mot personnel écrit et une bougie avec le nom du défunt sur une étiquette. Ou il sera possible d’installer une œuvre représentant la Vierge ou une grande icône entourée de fleurs et de bougies. On fera la lecture d’un passage de la Bible et quelqu’un en donnera un commentaire. Tout cela est simple à faire. Vous devez juste oser, sans écouter cette appréhension qui vient parfois face à l’idée de parler en public. Faites tout cela avec une équipe, même si elle est modeste, car c’est l’Esprit qui œuvrera. Choisissez une heure après le retour du travail mais pas tard, peut-être autour de 19h. Bien entendu, si l’on parle de mission, cela nécessitera d’inviter personnellement des personnes. En ce mois d’octobre visitons ces familles et invitons leurs parents et amis. Je vous encourage à toujours prier l’Esprit Saint. Il est l’agent de la mission, il la féconde, il l’inspire. Laissons sortir Jésus de nos tabernacles et de nos églises. Nos contemporains attendent des témoins du Christ ressuscité. Ce sera chacun de nous. N’oubliez jamais que sainte Thérèse de l’Enfant Jésus a promis de faire du bien sur terre et même d’y envoyer des roses. Elles signifient toutes les grâces que le Seigneur nous réserve. Faisons de ce mois un mois joyeux par le sourire et l’amour que nous manifesterons.

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire d’octobre et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

NB : la photo de chaque message montre une partie de notre cathédrale ! 

Message 88 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 25 septembre 2020———————-

Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : «Le Christ, le Messie de Dieu. »  (Lc 9, 18-20)

Voici le cœur de notre foi, accueillir Jésus comme Messie de Dieu, il est Verbe divin fait chair en Marie. Sa présence nous est promise. Par la puissance de l’Esprit Saint, Jésus communique sa grâce à chacun de nous. Mais ne sommes-nous pas négligents en oubliant qu’il est présent ? Ne sommes-nous pas accaparés par les multiples activités journalières ? J’aimerais vous interroger sur le temps. Que faire du temps que nous avons ? Il y a « le temps pour aimer et le temps pour ne pas aimer » dit le livre de Qohelet (Ec, 3, 8).

Ce matin du premier jour de l’automne, lundi 21 septembre, je me suis réveillé admiratif d’un beau soleil sur Chartres. Il faisait si beau. Cette belle lumière de fin d’été, qui passe avec les saisons, n’est-elle pas une invitation à la contemplation et à la méditation ? Récemment, je marchais seul en forêt entre Happonvilliers et Les Corvées-les-Lys. J’ai pris plaisir à être à l’écoute des bruits que font les glands de chênes en tombant, à écouter le chant des oiseaux, à entendre le murmure du vent dans les cimes des arbres. J’ai choisi de m’arrêter. Ce ne fut pas si simple pour un habitué comme moi de rythmes effrénés. Je regardais les arbres, je foulais le sol poussiéreux, je contemplais les perspectives offertes par les longs chemins qui traversent ces bois. Quelle beauté se découvrait. Ne réalise-t-on pas alors que chaque jour mériterait de prendre plus soin de soi, en méditant et en priant, en occupant mieux l’espace autour de soi, en exprimant de la gratitude envers ceux et celles qui œuvrent pour que ma vie soit possible. Ensemble, nous formons une chaîne humaine et sommes reliés les uns aux autres. Par exemple, comment manger ma nourriture sans penser à ceux qui la cultivent, la transforment et la transportent jusqu’à moi ? Comment téléphoner à un proche aimé sans penser que des techniciens ont inventé ces fantastiques réseaux de communication ? Comment porter des vêtements sans penser aux bergers ou aux planteurs de coton, à ceux qui tissent le fil et à ceux qui conçoivent ces habits ? Oui, Seigneur, en ce jour d’automne je veux te bénir pour la solidarité humaine qui m’entoure. Je choisis d’être en joie pour ce qu’il m’est donné d’avoir pour vivre.

Ainsi le Seigneur nous donne ce jour pour aimer. L’amour passe mais il renait chaque matin. Hier, si je n’avais pas aimé, il serait trop tard pour me reprendre. Peut-être qu’alors mon ultime acte d’amour serait de demander pardon à la personne que j’aurais pu offenser par ce manque d’amour. Quant à demain, nous verrons. Le propre de l’enfant est de ne pas prévoir. Voyez comment les parents s’y prennent en avance pour préparer un voyage ou des vacances. L’enfant ne sait rien de cela, il vit chaque jour sans se soucier du lendemain. Certains adultes a contrario sont tellement dans l’anticipation qu’ils ne savent plus profiter du temps présent. Le Christ nous dit « si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18, 3). Être comme un enfant, n’est-ce pas entrer dans la confiance, sans s’inquiéter pour demain ? « Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6, 34) Demain veillera sur lui-même.

Ce renoncement à l’inquiétude du lendemain peut sembler irresponsable. Ne faut-il, au contraire prévoir ? Préparer par exemple la rentrée scolaire ? Cela est vrai et nécessaire. Mais il y a une liberté à cultiver dans le fait de prévoir et simultanément ne pas être soucieux. C’est à cette condition, à la mesure de cette liberté que nous pouvons accueillir l’instant présent, comme un espace pour aimer et vivre dans la paix. Dire oui à la surprise, accepter l’invitation spontanée à m’arrêter avec quelqu’un, prendre le temps pour écouter et découvrir. Si par exemple, dans la rue, quelqu’un propose de répondre à des questions pour un sondage, beaucoup diront « je n’ai pas le temps » n’osant pas dire « cela ne m’intéresse pas ». Or Jésus s’est souvent laissé aborder. Il allait sur les chemins pour être interrompu comme avec Zachée perché sur son sycomore. Son occupation était plutôt de ne pas en avoir pour se laisser surprendre. Jésus disait « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » (Mt 8, 20). Tel ce groupe de jeunes hommes partis avec un prêtre depuis Paris vers Paray-le-Monial, deux par deux, sans argent ni nourriture et… pieds nus ! Ils avaient choisi de vivre en totale dépendance des rencontres qu’ils feraient. Cette tentation de la prévoyance nous stresse souvent, car tout ne peut pas être prévu. En d’autres cultures, faute de moyens, les gens apprennent la confiance. Un reportage télévisé montrait des familles indiennes dorénavant sans aucun argent puisque la pandémie avait eu comme effet de supprimer tous les petits métiers quotidiens. Elles continuaient à vivre, dans la solidarité, avec rien, juste un peu de riz, se confiant à Dieu. Cela peut s’appeler de la résignation. Mais on peut y lire un espoir au-delà de toute espérance. Comment une telle attitude peut-elle nous inspirer une vie plus équilibrée, plus pacifiée, plus humaine ? Si nous vivons le quotidien comme l’unique espace temporel possible pour aimer, alors nous pouvons croire en la Providence divine pour demain et notre avenir. Jésus insiste sur cet art de vivre : « C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? » (Mt 6, 25-26) Aussi, avec l’automne qui est là, nous pourrions nous arrêter et méditer sur ce qui est l’essentiel à nos yeux, et que nous n’honorons pas toujours. Comment vivre cet essentiel ? Quelles occupations transformer pour atteindre ce but ? Comment vivre avec plus de gratitude le quotidien dans la lumière du Christ vivant ?

Il est si difficile de ralentir le rythme de nos sociétés. Le confinement laissait entrevoir un changement. A-t-il réellement eu lieu ? Certes, sur certains points, une évolution existe. Certains parents ont fait le choix d’enseigner leurs enfants à domicile. D’autres ont adopté le télétravail. Beaucoup de ceux qui ont un jardin le cultivent dorénavant. C’est la prière qui nous dispose à ce nouvel art de vivre. J’ai pu souvent vous y encourager. Où en êtes-vous de vos rendez-vous quotidiens ? Quel moment et quel temps consacrez-vous au Seigneur ? Le chapelet est-il devenu un ami quotidien lors de vos déplacements ? Si vous avez faibli, ne baissez pas les bras. Remettez l’ouvrage sur le métier. Priez souvent et en tout lieu, au travail et dans vos espaces de vie sociale.

Ce vendredi 25 septembre s’ouvre à Paris le « Congrès Mission » qui permettra de découvrir les initiatives missionnaires de l’Église catholique en France. Par des conférences, des ateliers, des rencontres nous découvrirons beaucoup de projets magnifiques et créatifs, pour annoncer le Royaume de Dieu. L’Église est par nature missionnaire. Sa vocation est d’annoncer l’Évangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle rapportée par les quatre évangélistes dans le Nouveau Testament. Chacun d’eux s’est adressé à une communauté différente avec sa propre culture. Il a raconté ce que Jésus enseignait, le bien qu’il faisait partout où il passait, comment il guérissait les malades et invitait les hommes à la conversion et à l’amour mutuel. Sa mission était simple. Saint Luc rapporte : « en ce temps-là, il arrivera que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la bonne nouvelle du Règne de Dieu. Les douze l’accompagnaient, ainsi que des femmes qui avait été guéries de maladies et d’esprits mauvais. » (Lc 8, 1-3). Ainsi, tout homme et toute femme peut connaître Jésus et choisir de le suivre quelle que soit sa situation, mais à condition qu’un ami de Jésus le lui présente.

Avec la Vierge Marie, confions ce temps missionnaire et livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.


Message 87 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 18 septembre 2020———————

« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Quelle belle promesse que celle-ci ! Jésus, pourrais-tu le dire à chacun de nous ? Nous avons tellement besoin d’Espérance dès maintenant.

Voici deux semaines, nous était donné l’Évangile de la correction fraternelle. Plusieurs personnes me demandèrent les notes de ma méditation, aussi j’en reprends quelques idées. Dans ce passage Jésus nous dit : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. » (Mt 18, 15-16). Nous n’aimons pas que l’on nous fasse la morale. Nous n’apprécions pas les reproches. Que veut nous dire Jésus ? Il rappelle que nous sommes faits pour la sainteté. Or mutuellement, dans une véritable amitié, nous pouvons nous aider à grandir dans la vérité, la justesse des actes, l’amour. Se tromper advient régulièrement. Avoir un ami qui ose dire une parole vraie et encourageante, c’est réellement bénéfique. Il est précieux de noter ici que le récit qui précède est celui de la brebis égaré. Un berger qui aime ses cent brebis les laisse pour aller rechercher celle qui s’est perdue, qui est possiblement capricieuse et qu’il veut sauver. Cette parabole nous explique que Dieu, présenté comme un bon Berger, veut le salut de chacun et particulièrement de celui qui se perd. C’est donc la miséricorde divine qui permet que la correction fraternelle ne soit pas blessante mais constructive. On note que le passage suivant parle du pardon à donner à son frère qui nous a offensé. Pardonner est si important que l’on ne pardonnera pas seulement sept fois mais soixante-dix fois sept fois. Il y a comme une folie dans le pardon, car il s’agit de restaurer l’amour. Et l’amour c’est ce qui comble notre cœur. Aussi, la correction fraternelle peut aboutir à un pardon mutuel. Dans un différent, par exemple au sein d’un couple, qui a tort ? N’est-ce pas un peu les deux protagonistes ? Par exemple l’un se fâche, or l’autre n’a pas été attentionné. Ou encore l’un parle sans écouter l’autre et celui-ci n’a pas répondu au besoin de service. Être capable de se parler, de se dire avec courage ce qui n’allait pas, s’écouter et se pardonner, quel cadeau pour renouer une relation entre conjoints ou entre amis. Car l’Écriture dit de ne jamais se coucher sur sa colère. Enfin quand le pardon est donné, on peut se tourner ensemble vers Dieu et le prier dans une action de grâce profonde. C’est lui la source de ce pardon. C’est lui qui donne la joie qui en découle. Dans nos foyers, nos espaces de travail, nos paroisses, nos lieux de vie et de service, osons vivre la correction fraternelle et nous verrons combien la communion des cœurs nous remplit de bonheur.

Dans ce message, j’aimerais évoquer une nouvelle fois le sujet des funérailles qui continue à alimenter certaines discussions dans nos paroisses. Les questions fondamentales qui sont derrière cette problématique sont diverses. J’en formule quelques-unes. Y a-t-il une vie après la mort ? Chacun de nous est-il destiné à la vie éternelle ? Faut-il mériter le Ciel ? Le Christ n’a-t-il pas offert sa propre vie pour que nous soyons sauvés ? Comment accueillir le deuil des autres ? Comment les accompagner jusqu’à l’Église et le cimetière ?

Dans toutes les cultures, les chercheurs observent que l’un des premiers signes d’humanisation est l’usage de sépultures. Les communautés humaines, souvent de tradition agricole, inhumaient le corps des défunts et utilisaient différents rites pour cela. Pour le peuple hébreu, la conscience d’une résurrection personnelle est venue tardivement. Jésus-Christ confirme qu’il y a une vie après la mort en disant « heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » (Mt 5, 8) L’invitation à prier pour les morts est particulièrement claire dans le livre des Maccabées. On y raconte que des soldats sont morts au combat, mais que l’on a trouvé des amulettes païennes sur eux. Aussi, les vivants décident d’intercéder pour leur vie éternelle. Dieu se révèle miséricordieux au cours de la vie terrestre, jusqu’à proposer une vie après la mort. Celle-ci se présente comme un cœur à cœur avec Dieu, une vision de Dieu, une plongée dans l’amour absolu. Et comme l’homme ne meurt qu’une fois (Hb 9, 27), nous croyons urgent de nous préparer à cette vie éternelle puisque nous aurons personnellement à rendre compte de l’amour que nous aurons offert aux autres. La révélation biblique précise qu’il y aura un jugement personnel. Certains parmi nous, et nous espérons une grande majorité, accéderont à la plénitude de vie dans la Gloire du Ciel, en présence de Dieu. D’autres se verront peut-être refuser l’entrée et iront « là où il y a des pleurs et des grincements de dents. » (Mt 13, 42)

Cela peut nous laisser indifférent ou au contraire beaucoup nous inquiéter. L’Amour divin se révèle dans le fait que l’homme est libre de choisir le bien et rejeter le mal. Ainsi il se prépare à entrer dans la vie éternelle. Nous ne croyons pas à une prédestination automatique qui serait imposée par le destin. Le karma n’est pas un concept chrétien. Dieu a déposé entre nos mains le choix de le suivre ou de le refuser. Individuellement, nous sommes responsables tout au long de notre vie de l’amour que nous offrons aux autres.

Mais il existe aussi une solidarité ecclésiale face à notre avenir. À cause de cela nous prions ensemble pour nos défunts. Quand nous célébrons les funérailles d’un proche, l’église intercède pour cette personne décédée pour « que lui soit pardonné ce qu’il a pu faire de mal et que soit reconnu ce qu’il a fait de bon » (Rituel des funérailles catholiques). Dieu entend la prière de l’Église. Il la respecte. En effet nous sommes le Corps du Christ, nous sommes son Corps. Le Christ lui-même, tête de l’Église, est venu parmi nous. Il a offert sa vie pour chacun de nous afin que nous vivions en son Royaume. Le premier à en bénéficier fut celui qu’on nomme le bon larron, peut-être un criminel, qui fut crucifié à côté de Jésus. Cet homme se savait coupable et cependant dit à Jésus « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » (Lc 23, 42) Jésus lui répondit aussitôt « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23, 43)

Nos célébrations de funérailles, qui rassemblent des familles et des amis du défunt, permettent d’évoquer sa vie. Mais elles sont avant tout la supplication vers le Seigneur d’une communauté chrétienne qui demande la miséricorde pour cette personne. Quand la messe peut être célébrée, le sacrifice eucharistique porte vers Dieu le Père la demande pressante de sauver la personne des conséquences de son péché. C’est un grand acte de compassion car la sainte messe apporte le salut éternel. Il est vrai que beaucoup de participants venus par amitié ou par liens familiaux ne comprennent pas cela parce qu’ils n’ont pas la foi. Aussi l’homélie leur explique ces enjeux. Elle aide à comprendre que la tristesse due à la séparation peut être transformée en Espérance lorsque l’on s’ouvre vraiment à l’existence de Dieu Miséricorde. Ces personnes peuvent être touchées et pour certaines amener à accueillir Jésus dans leur vie. Je ne peux que les y encourager.

Comme dans tous mes messages, je vous invite à ce que nous nous confions à la Vierge Marie. Comme la Mère de Jésus est précieuse pour chacun de nous. Cette semaine était célébrée la fête de « Notre Dame des Douleurs. » Ces douleurs qui ont marqué profondément sa vie sont rapportées par l’Écriture Sainte : la prophétie du vieillard Siméon, la fuite en Égypte, la disparition de Jésus au temple à l’âge de 12 ans, la rencontre de Jésus portant sa Croix, Marie debout au pied de la Croix, la descente de Jésus de la Croix et la remise à sa Mère, la mise au tombeau de Jésus. Jésus aurait pu épargner à sa mère toutes les souffrances de sa passion, éviter qu’elle soit témoin de ces supplices. Mais alors à qui pouvait-il confier ce mystère insondable de son sacrifice ? Marie sera le témoin présent auprès des premiers disciples au début Église.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.


Message 86 de Mgr Philippe Christory, Vendredi 11 septembre 2020———————

« Donc, le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour. » (Rm 13,10)

Chacun de nous a soif d’amour. Être aimé et pouvoir aimer quelqu’un est tellement important ! Cela nous différencie des créatures vivantes, dont la mémoire instinctive, celle de leurs gènes, commande leur agir. Ainsi le Tisserin fait-il un nid extraordinaire sans qu’on lui ait appris. L’homme a certes un corps, mais il a aussi une âme et un esprit qui lui permettent d’exercer sa volonté. Il peut faire le choix, libre, d’aimer, de se donner, gratuitement, pour le bonheur des autres ou d’un autre dans le cadre du couple. C’est ce que saint Jean-Paul II appelait la vocation sponsale, qui est inscrite dans le cœur de tout homme, qu’il soit ou non marié. L’homme est un être de relation et de don. Toutes les lois du peuple juif comme celles de notre code civil balisent un cadre pour un vivre-ensemble harmonieux, mais elles sont inférieures dans leur statut face à la vocation à l’amour qui les surpasse toutes. Si l’un de nous aimait parfaitement, alors la plupart des lois civiles ne le concerneraient pas car il ne ferait rien aux dépens des autres. Seul Jésus-Christ fut capable d’un tel amour dans sa vie terrestre. C’est en raison de cette vocation à l’amour que l’éducation de l’enfant cherche à épanouir sa capacité à aimer et à se donner pour le bien des autres. Nos écoles catholiques ont cette mission spirituelle. Elles s’organisent pour apporter une sagesse, c’est à dire faire connaitre Jésus-Christ, source et modèle de tout amour.

Le lundi 31 août, nous inaugurions le bâtiment Charles Péguy au sein du lycée Notre-Dame de Chartres. Ce projet veut favoriser l’enrichissement culturel et artistique des élèves. Au cœur de ce lieu, se trouve un bel oratoire qui possède un vitrail nouveau conçu par une classe d’arts plastiques. Les élèves ont œuvré avec la Maison Loir dont le savoir-faire est connu de tous les amateurs de vitrail. Cette œuvre présente, dans un style contemporain lumineux et coloré, une Vierge Marie accroupie et penchée vers Jésus. Il est représenté comme un enfant de quatre ans. L’attitude de la Vierge est celle de l’accueil, de la tendresse et de la douceur, de la vigilance envers son enfant et de la confiance qu’elle lui donne. Ce nouveau lieu de prière est empreint de paix pour méditer et prier. Les lycéens qui viennent étudier en cet établissement sont ainsi conduits au plein de développement de tout leur être, corps, esprit et âme. La force de l’éducation catholique est d’offrir la possibilité de l’intériorité sans la masquer ou la réserver à la sphère privée de la vie personnelle. Ouvrir son âme à la grâce, laisser son cœur être rempli par la Parole divine, recevoir d’en haut une sagesse qui viendra éclairer les connaissances acquises par l’étude, voici un projet digne de tout être humain. Issu d’un milieu simple, le grand poète Charles Péguy, familier de Chartres où il vint en pèlerinage à plusieurs reprises, notamment en 1912 et 1913, fut saisi par le Christ. Ses textes admirables méritent d’être lus. Habité par le Seigneur, il partit à la guerre en 1914 pour défendre son Pays la France et fut tué cette même année. Tombé trop jeune, il laisse un héritage littéraire magnifique. Qu’un bâtiment scolaire porte son nom n’est pas anodin, et qu’un oratoire en soit le cœur ne l’est pas davantage.

Ces lycéens sont le présent de l’Église mais aussi son avenir. Si l’un d’eux lit mes lignes, je lui dis toute ma confiance pour qu’il se mette à l’écoute de l’Esprit Saint avec ses amis chrétiens pour proposer des voies nouvelles pour la mission. Les disciples que Jésus appela en Palestine étaient des hommes jeunes qui avaient l’âge des étudiants d’aujourd’hui. Parfois l’iconographie tardive les a peints avec une barbe blanche, mais n’était-ce pas pour exprimer la sagesse et l’autorité ? Dans les faits, le Christ continue à appeler des adolescents et des jeunes adultes pour leur proposer de tout lui sacrifier, de lui offrir leur vie, de partir vers cette société pour annoncer l’Évangile et soulager les pauvres dans la misère. Chers jeunes, dans ma prière et plus particulièrement mon chapelet, je vous confie à Marie. Si vous vous mettez à son école, elle vous gardera dans la vérité et la pureté, elle vous enseignera le don de soi, elle vous protègera des tentations du monde, elle vous portera vers la vraie liberté qui consiste à aimer sans condition. Cette vie lumineuse est possible dans tous les états de vie. Cependant, ceux qui donneront tout sans demeurer attachés aux biens matériels et au confort expérimenteront la vraie joie, fruit de l’Esprit, spécialement dans la rencontre des autres.

Ces lignes, vous comprendrez qu’il me faut plusieurs jours pour les écrire. C’est devenu un plaisir de vous écrire. Presque une découverte. C’est une joie de demander au Saint Esprit de passer par moi, par mes mots pour qu’il nous parle et que nous puissions devenir, toujours plus, ces chrétiens engagés, ces témoins envoyés par Jésus-Christ à la rencontre des hommes et des femmes de ce monde. Or il s’avère que ce 86ème message est écrit en le jour de la fête de sainte Teresa de Calcutta, appelée couramment Mère Teresa. De nombreux écrits décrivent sa vie religieuse, son « appel dans l’appel », c’est à dire, pour elle qui était une merveilleuse enseignante au sein de l’école des Sœurs de Lorette de Calcutta, un appel à tout quitter pour une œuvre nouvelle. Quelle œuvre le Seigneur lui demanda-t-il ? Fonder une congrégation de sœurs indiennes, les missionnaires de la Charité, habillées comme des indiennes, pauvres et ne possédant rien pas même des bâtiments, pour aller chercher dit-elle « au fond de leur trou » dans les bidonvilles de l’Inde et du monde, les âmes et les sauver en leur dévoilant l’Amour du Seigneur. Cet appel a retenti en elle par des voix et à travers sa rencontre de personnes très pauvres qu’elle servait en allant les visiter. Cet appel, elle l’a soumis à son père spirituel et à Monseigneur Périer, évêque de Calcutta, car elle ne voulait agir et partir que dans une totale obéissance à Dieu et à son Église. Elle ne retenait rien pour elle. Elle ne prétendait rien d’elle-même. Elle désirait seulement répondre à un appel en voyant ces millions de pauvres affligés par la vie et les maladies, mourant parfois comme des chiens. Elle attendit longtemps, plusieurs années, car son évêque, homme sage et expérimenté, voulait être assuré que ce projet était absolument de Dieu. Cette longue épreuve de l’attente a muri en elle l’offrande et le sacrifice. Son cœur était totalement donné à Dieu, cependant qu’un désir fort et urgent l’envahissait. À son évêque qui lui demandait sa profonde motivation, elle écrivit simplement : « le salut des âmes, l’apaisement de la soif d’amour et des âmes du Christ, n’est-ce pas assez grave ? »

La figure de cette femme marqua plusieurs générations depuis les années cinquante. Par elle, le Seigneur réveilla bien des consciences politiques pour faire justice aux pauvres, aux abandonnés, aux oubliés. Nous savons que les jeunes chrétiens d’aujourd’hui portent en eux une réelle générosité pour prendre soin des autres et leur annoncer le Christ. Mère Teresa ne prétendait pas convertir les non chrétiens, mais son seul trésor était Jésus-Christ à qui elle offrait tout. Aussi sa vie devenait Parole divine, son regard laissait voir celui de Jésus compatissant, sa tendresse bouleversait. Elle était le visage de l’Église sans frontière, penchée sur les souffrances de tout homme sans distinction de croyance.

Pour conclure ce message spirituel, je voudrais rendre hommage à une femme qui fit beaucoup parler des curés de paroisse et surtout des personnes qui donnent du temps pour aider les prêtres dans leur quotidien. Vous aurez compris que je veux nommer Annie Cordy qui a chanté « je suis la bonne du curé ». Cette chanson, les plus jeunes ne l’ont peut-être pas entonnée, mais les séniors l’ont souvent fredonnée. Pour activer notre mémoire, voici le premier couplet « C’est point commode / C’est d’être à la mode / Quand on est bonne du curé / C’est pas facile d’avoir du style / Quand on est une fille comme moué / Entre la cure et les figures / Des grenouilles de bénitier / La vie est dure / Quand on aime rigoler. » Notre ami Stéphane Bern l’appelle « la fée de la bonne humeur. » Elle offrait merveilleusement son sourire. Belge, elle avait dans le cœur la chaleur des gens du Nord. J’émets le vœu qu’au sein de nos communautés paroissiales, nous ayons toujours sa joie à partager. Certains ont des talents artistiques bien utiles pour l’offrir. Mais tous, en choisissant la joie du cœur, nous contribuons à embellir l’Église et le monde autour de nous. Soyons généreux, car ce peut être un péché que d’être triste ! La joie est contagieuse, Annie Cordy la vivait. Elle doit faire rire les anges et les saints maintenant.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message 85 de Mgr Philippe Christory, vendredi 4 septembre 2020 ————————

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25,40)

Un homme français vient de gagner 157 millions d’euros à la loterie. Faut-il le féliciter ou le plaindre ? Une personne me disait que si c’était elle, elle donnerait au diocèse la moitié. Ce serait la fin des soucis ! Mais comme cette personne ne joue pas au loto, cela n’arrivera pas. Et c’est bien mieux ainsi ! Le pape François, si proche des pauvres quand il était évêque en Argentine, nous met en garde sur la puissance de l’argent. Il veut ouvrir nos yeux à la richesse que sont les pauvres. Déjà le diacre saint Laurent au IIIème siècle, sommé par l’empereur Valérien d’apporter l’argent de l’Église distribuait ses maigres réserves aux personnes démunies de Rome et affirmait que les pauvres sont la vraie richesse de l’Église. À sa suite, d’autres saints ont rappelé combien les pauvres nous enseignent. Ainsi, saint Jean Chrysostome « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu… », ou encore saint Vincent de Paul « les pauvres sont nos maîtres ». Le pape François précise que « celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple, surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. » Or la pauvreté prend de nombreux visages. Monseigneur André Vingt-Trois indiquait qu’une des nouvelles pauvretés du temps présent est la situation d’adultes en situation de handicap, notamment lorsque leurs parents décèdent. La pauvreté atteint les gens par des causes nombreuses, rappelle le saint Père : « par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme… ». En Eure et Loir, nous constatons aussi la pauvreté rurale, particulièrement de certains éleveurs ou agriculteurs qui ne reçoivent qu’un maigre revenu pour un lourd travail. C’est surtout au travers d’événements comme la journée des pauvres qu’il nous apparait de plus en plus que les pauvres ne sont pas le problème mais la solution et que toute initiative envers eux ne peut aboutir qu’à partir d’eux.

À ce sujet, en ce début septembre, un évènement passe plutôt inaperçu mais j’aimerais le mentionner car il m’importe beaucoup. Voici plusieurs dizaines d’années, naissait à Chartres la communauté des Compagnons du Partage, un groupe de personnes vivant souvent dans la précarité et qui choisirent de partager un espace de vie et de travail. C’est dans la petite commune de Bailleau-l’Evêque que leur domaine fraternel s’est installé, à côté des bois et des champs. Depuis mon arrivée en Eure et Loir, j’ai bénéficié à plusieurs reprises de leur accueil et d’une assiette bien garnie à leur table. Une femme, Nicole, qui a accompagné ce beau projet depuis fort longtemps, les quitte. Sa volonté de discrétion est mise un peu à mal par mon message, mais comment ne pas honorer sa gentillesse, sa persévérance, sa simplicité, son entraide auprès de chacun ? Même l’État le reconnut quand elle reçut la légion d’honneur pour son engagement. Nicole laisse la place à d’autres personnes. Elle laisse la place au Seigneur Jésus-Christ à qui elle a toujours confié son engagement, car « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. » (Ps 126, 1) Nicole, nous vous remercions, vous dont le franc parler fait tant plaisir car il cache votre grande sensibilité et votre bel amour pour tous.

Cette belle mission des Compagnons du Partage rappelle ce que l’Église appelle « l’option préférentielle pour les pauvres » qui est un principe élaboré par la doctrine sociale de l’Église inspirée par l’Évangile de Jésus-Christ. Elle encourage à donner la priorité à ceux et celles qui ont le plus besoin de notre solidarité, qui souvent ne peuvent pas se procurer par eux-mêmes ce qui est dû à toute personne : un toit, un repas, un travail, une éducation, un avenir. L’Église veut accompagner tout l’homme. Depuis son origine, elle œuvre pour les plus pauvres, les malades et les laissés-pour-compte. Jésus-Christ nous l’a enseigné : l’option préférentielle des pauvres est au cœur de la vie ecclésiale « car les pauvres vous les aurez toujours avec vous. » (Mt 14, 7). L’Église est présente auprès des pauvres dans le monde entier, là où il y a un bidonville ou des quartiers défavorisés, par quelques laïcs, volontaires, clercs ou religieuses. En effet, le Christ « lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté. » (2 Co 8, 9) Jésus s’est fait proche de tous les plus pauvres, comme sainte Teresa de Calcutta le vécut dans son service des plus pauvres, en soignant les mourants et les lépreux. Mais cette belle mission de solidarité ne peut pas se limiter aux soins et à l’entraide matérielle, car bien qu’étant à la marge de la société, tout homme a le droit de rencontrer le visage de Jésus-Christ. Elle ne cherche pas seulement à œuvrer pour un secours matériel mais aussi pour répondre aux besoins spirituels. Ne pas connaître le Christ est une autre pauvreté ! L’homme, tout homme, même inconsciemment, a soif de Dieu, de l’amour de Dieu. Cet amour n’est pas annoncé par les services sociaux et les initiatives laïques, si belles soient-elles, qui s’occupent des plus pauvres. L’Église doit continuer à s’engager pour porter le Christ car l’amour des pauvres s’inspire des béatitudes et révèle celles-ci à tout homme. Je l’ai un peu compris lorsque, jeune converti, je voulus donner de l’argent et des médailles de la rue du Bac à quatre hommes mendiants à la porte d’une église. Et voici que l’un d’eux, oubliant l’argent, se précipita sur moi pour m’embrasser en me remerciant pour ce cadeau de la Vierge Marie.

Ce thème de l’accueil des personnes en situation de pauvreté rejoint une thématique évoquée dans mon dernier message : la question des funérailles en nos églises. Vos échos à mes propos me sont revenus nombreux et c’est tant mieux. En effet, la question revêt une gravité toute particulière et vos réactions le prouvent. Beaucoup de gens se sont habitués à une réponse positive dès que l’on appelle l’accueil paroissial pour une date de funérailles. Souvent les pompes funèbres nous contactent en présence de la famille endeuillée pour dire que la célébration est demandée à telle date, à telle heure et dans tel village, que c’est ainsi puisqu’ils sont contraints par leurs horaires, la transport du corps et l’heure de fermeture du cimetière ou du crématorium. Un prêtre me disait il y a quelques jours que souvent l’Église est sollicitée comme prestataire d’un service funèbre. Régulièrement des familles demandent des musiques profanes, veulent dire des messages personnels mais ne sont pas spécialement désireuses du rituel. Une fois, il me fut demandé de ne pas utiliser de textes bibliques. Sommes-nous un prestataire ou une communauté croyante et vivante de Dieu ? Ce que nous célébrons lors des funérailles constitue une profonde prière pour demander au Seigneur le Salut de l’âme du défunt. C’est réellement plus important que de remémorer les bons moments du passé. Nous supplions Dieu de lui pardonner ses péchés, de lui ouvrir le Ciel et lui donner la Vie éternelle qui n’est pas acquise d’avance. Que faire quand l’assemblée ne croit pas, ne communie pas à la foi de l’Église ? Or les prêtres constatent qu’il est de plus en plus difficile d’être disponible, et que nos bénévoles laïcs si généreux pour animer les funérailles vieillissent. Les nouvelles générations ont tant d’obligations familiales et professionnelles qu’elles ne sont pas disponibles avec la même régularité. Nous avons moins de prêtres pour les célébrations même si nous pouvons compter sur des diacres en certaines paroisses.

En d’autres cultures on fait les choses différemment. Un prêtre ayant vécu au Pérou expliquait que dans les villages de montagne, lors d’un décès, c’est toute la population qui se rassemble à l’église, qui veille le corps, qui anime une longue prière, qui porte le corps en terre et qui entoure la famille. Tous assistent les personnes dans la peine comme tous savent qu’ils seront entourés lorsqu’un membre de leur famille décédera. Qu’en est-il chez nous ? Où sont les communautés villageoises lors d’un deuil ? Quelles sont les initiatives qu’elles pourraient assumer ? On pourrait imaginer que des fidèles prennent eux-mêmes en charge une veillée à l’église, animent des chants et guident la prière, coordonnent la célébration et président à la dépose du corps au cimetière. Souvent les proches ne souhaitent pas lire un bref texte biblique, aussi comment demander plus ? Si ma réflexion vous interpelle, j’aimerais vous entendre. C’est là une invitation que je vous envoie. En réalité, nous devons penser maintenant à l’avenir et faire toute chose nouvelle sous la conduite du Saint Esprit, avant de devoir refuser faute de personnes formées et disponibles. Mes amis, il en va de votre responsabilité de croyants. Rappelons-nous que la vocation de tout baptisé est d’annoncer la Parole à temps et à contretemps, et non pas d’écouter passivement l’homélie du curé pour s’en retourner chez soi en oubliant ce qu’il a dit. Prions pour être éclairés sur ces chemins nouveaux.

Heureusement l’Espérance est là. Celle qui nous fait voir le Ciel comme notre futur certain, puisque par le baptême, nous avons reçu notre laissez-passer pour l’éternité. Choisissons l’Espérance, et fixons-nous à elle car elle ne déçoit pas. Rappelons-nous que partout des frères et des sœurs prient pour nous, comme nous prions pour eux. Des contemplatifs offrent leur vie pour nous qui sommes aux croisés des chemins. Nous ne sommes pas seuls dans l’Église du Seigneur.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message du  vendredi 28 aout 2020 ——————————————

« Heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13, 17)

« Heureux êtes-vous » dit Jésus aux apôtres alors qu’il va les quitter pour subir sa passion. De quoi parle-t-il ? Du geste du lavement des pieds qu’il vient de faire aux douze, si surpris de son abaissement. Être envoyé par Lui signifie vivre au service de nos frères, dans le partage de leurs joies et de leurs peines, avec humilité. Quand on va en pèlerinage à Lourdes, c’est l’expérience merveilleuse qui est faite et qui ouvre les cœurs desquels sortent toutes sortes de bienfaits : la gentillesse, la bonté, la joie et le partage.

Nous revenons de Lourdes, belle cité pyrénéenne où la Vierge Marie est venue rencontrer la jeune Bernadette en 1858. A la suite de ces apparitions si touchantes, le lieu est devenu un grand sanctuaire mondialement connu : il suffit de voir combien de copies de la grotte de Lourdes ont pu être édifiées aux quatre coins du monde par des communautés catholiques. Normalement des millions de pèlerins viennent chaque année. En 2020, suite à la crise sanitaire, tant de groupes ont annulé leur venue. À Chartres, nous avions misé sur une accalmie de l’épidémie, nous avions osé penser qu’il serait possible de vivre quatre jours ici tous ensemble. Et effectivement l’hospitalité chartraine fut la première à venir avec treize malades âgés et assez autonomes. La météo s’est faite douce et propice au recueillement. Nos pèlerins ont pu vivre la messe chaque jour avec la belle animation assurée par la chorale de l’hospitalité, particulièrement mardi dernier à la grotte avec le diocèse de Rouen. En ce lieu où Marie est apparue et a parlé à Bernadette, nous avons célébré Jésus-Christ, le fils de Marie. Nous avons écouté sa Parole. Nous avons communié à son corps précieux. Il est touchant de voir tant de visiteurs étrangers. Ils sont nombreux, comme les indiens et les tamouls toujours vêtus de belles robes et de saris. Ou encore les espagnols ou les italiens dont la langue chantante se fait forte pour dire le chapelet. Nous voyons quelques familles musulmanes qui doivent aussi aimer Marie que le Coran nomme la plus belle femme. Elle les attire à son fils Jésus qui est là pour leur donner l’Évangile de la vie. Je suis heureux de voir combien les adolescents et les jeunes sont aussi au rendez-vous de Lourdes. Leur groupe comptait plus de quarante personnes, toujours pleines d’énergie. L’hospitalité rassemblait une centaine de membres dont une trentaine de jeunes adultes. Certains sont maintenant désireux de devenir des membres fidèles de l’hospitalité au service des malades, que ce soit à Lourdes ou dans leur vie habituelle. N’est-ce pas merveilleux de constater leur désir de se donner ? Maÿlis âgée de 19 ans me disait « « Voir la fragilité de la personne, voir Jésus dans les malades, cela a changé ma vie radicalement à Lourdes » et Emeric ajoutait : « Si maintenant je réfléchis à des études dans la santé, c’est grâce à cela. » Lourdes nous transforme. Lourdes façonne les cœurs de tous ceux qui viennent ici, et nous espérons que 2021 se fera sans contrainte sanitaire, avec la joie de venir nombreux pour entourer les malades.

Que retenir après ces jours de pèlerinage ? La rencontre du Ciel et de la terre, assurément. Si la Vierge Marie apparait, c’est que son Fils maintenant élevé au Ciel l’envoie comme messagère. Dans l’histoire du peuple hébreu, les anges furent des messagers privilégiés. Les prophètes étaient aussi des messagers, donnant leur voix à la Parole divine. Beaucoup de saints et des saintes ont été tellement habités par la grâce qu’ils manifestaient la présence de Jésus vivant, souvent en guérissant en son nom. Cependant, les apparitions de la Vierge Marie sont des cadeaux très particuliers. Marie vient avec douceur. Elle parle clairement en invitant à la conversion pour suivre son fils Jésus. Elle choisit des personnes simples, humbles et généralement jeunes. Ici à Lourdes, Marie parle toujours à nos cœurs. Les fidèles ne s’y trompent pas, eux qui se déplacent parfois de l’étranger pour la prier. Il est si bon de connaitre notre maman du Ciel et de découvrir la réalité du Ciel, car il est notre « à venir ». Nous revenons tous enchantés d’être venus en ce lieu et d’y avoir vécu quatre journées très fraternelles. C’est décidé, l’année prochaine, nous reviendrons nombreux avec des amis et nos familles. J’invite chaque personne à découvrir Lourdes, à venir avec nous. Ce sera fin août 2021, les dates seront précisées rapidement. En attendant, heureux de ces moments, nous rentrons en Eure-et-Loir pour être des témoins du Christ.

Dans son texte La joie de l’Évangile, le saint Père François nous interpelle : « Soyez disciples-missionnaires. » (n°24) Oui, mais envers qui ? Vers qui Jésus nous envoie-t-il quand il dit « allez de toutes les nations, faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit. » (Mt 28, 19) La croissance du nombre de catéchumènes montre que nos contemporains sont ouverts à la parole de Jésus-Christ. La mission n’est-elle pas nouvelle ? Nos paroisses vont devoir se laisser transformer. Elles existent pour sortir d’elles-mêmes et aller vers le monde. Par exemple, nous ne pourrons plus célébrer des funérailles pour des personnes qui certes sont chrétiennes que par le baptême mais n’ont rien vécu avec l’Église. Une équipe de trois personnes dévouées et bénévoles, mais souvent âgées, ne peut assurer les funérailles de dizaines de personnes qui, elles, n’étaient jamais là pour nous apporter leur aide. Certes les paroissiens accueilleront encore les souffrances des personnes, ils les écouteront. Bien entendu, l’Église doit être sans cesse un lieu d’accueil. Mais il faut un renouvellement. La paroisse est une communauté vivante qui annonce la Parole de Vie, l’Évangile, en toutes occasions. Les apôtres ont choisi des hommes pour servir les tables et prendre soin des veuves esseulées (Voir Act 6, 1-6). Les apôtres voulaient recentrer leur mission sur la prière et l’annonce de la Parole. Car dit Saint Paul « comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? » (Rm 10, 14) Vos prêtres sont là pour être serviteurs de la Parole du Christ dans la célébration des sacrements et la catéchèse. Les laïcs sont envoyés pour être un peuple actif et vivant dans la mission. Trop souvent nous souffrons de voir des fidèles qui sont passifs alors qu’ils sont talentueux. Un chrétien ne peut pas être un consommateur passif. Le baptême donne des responsabilités.

La pandémie a encouragé notre besoin de fraternité et d’entraide. Elle nous a fait réfléchir sur la dimension spirituelle de la vie qui est plus nécessaire que la satisfaction de nos désirs trop humains. Le mot « frugalité » est soudainement réapparu. Les expressions « vie simple », ou encore « vie locale et amicale » résonnent plus souvent. Chacun peut-il s’interroger sur sa vie ecclésiale et spirituelle ? En regardant Jésus, nous le voyons prendre beaucoup de temps pour prier, nuit et jour. Notre union à Dieu le Père, dans l’écoute de l’Esprit Saint, est le premier fondement de toute vie chrétienne. Là Dieu nous parle par des motions intérieures. Là il nous encourage. Là il nous apaise. Alors la grâce de charité que nous recevons peut passer par nos actes. La première des charités est l’annonce du Royaume, faire découvrir le visage de Jésus, faire aimer l’Église notre famille. Une paroisse a un cœur, car elle est définie comme communauté stable de fidèles. Comment les personnes extérieures vont-elles découvrir ce cœur ? Où et en quelles occasions ? Sur ce point, ne sommes-nous pas timides voire tièdes, peu concrets ? Car comment parler de fraternité hors de toute rencontre fraternelle ? Pour cette rentrée, réfléchissons à la mission vers le monde, surtout vers ceux que la pandémie a révélé comme plus fragiles. Préparons le mois d’octobre, mois missionnaire placé sous la protection de la Vierge Marie.

Le 26 août, nous fêtions une belle figure chrétienne du VIème siècle, saint Césaire, évêque d’Arles. Il défendit la foi en la sainte Trinité et la force de la grâce précédant tout acte humain bon. Il eut soin des pauvres. Il partait souvent, à l’instar d’un saint Paul, sur les chemins pour rencontrer les habitants souvent païens et leur parler de Jésus. Il œuvra pour l’unité politique du pays, divisé par la présence de plusieurs peuples barbares. Il fit construire des églises et des monastères. Il fut critiqué et jalousé. Mais sa prédication simple et encourageante, qui nous est parvenue par de nombreux manuscrits, touchait les petites gens. Le peuple l’aimait. Dieu guérit de nombreuses personnes par son intercession. Très tôt, on le reconnut comme un saint.

En tant qu’évêque de Chartres, comment ne pas être interrogé par sa vie toute au service de la prédication ? Puisse Notre-Dame nous soutenir pour que nous parlions de Jésus à tous ceux vers qui l’Esprit nous envoie.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’angélus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message du  vendredi 21 aout 2020 ——————————————

« Combien plus grande alors sera la gloire du ministère de l’Esprit ! »

Ce cri de Saint Paul (2 Co 3,8) nous ouvre des perspectives nouvelles pour notre Église, spécialement en Eure-et-Loire. Comme l’avait souhaité le saint Pape Jean XXIII en ouvrant le Concile Vatican II, c’est une effusion de l’Esprit que nous appelons de nos vœux par nos supplications adressées à Dieu. Nous verrons la Gloire de Dieu, affirme saint Paul. Jésus l’a promis : après son ascension, nous verrons des œuvres plus grandes que celles qu’il a faites parce que l’Esprit Saint nous a été donné. Amen, Alléluia !

Lors de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, célébrée le 15 août, notre union à Dieu a été renforcée. Ce fut une belle journée, haute en couleurs, à Chartres avec la grand-messe et la procession qui partit de la maison diocésaine de la Visitation pour remonter par la butte des charbonniers jusqu’à la cathédrale. Le reliquaire que nous portions témoignait de l’histoire de Chartres, le voile qu’il contient ayant été donné en l’an 876 par le roi Charles le Chauve aux chanoines du chapitre. Nous portions aussi la statue de Notre-Dame de Chartres, une Vierge assise, « trône de la sagesse » qui nous présente son fils Jésus. Nous avons chanté les vêpres, sous les si belles voûtes de la nef, accompagnées par le grand orgue. Il était bon d’honorer ainsi la Vierge, la Mère de Dieu. Elle est bénie entre toutes les femmes et nous nous appuyons sur sa présence parmi les saints et les saintes du Ciel pour lui demander son intercession en toutes circonstances, dans les joies comme dans les épreuves. Sa prière est puissante et elle nous encourage à la fidélité.

Les messes paroissiales nous rassemblent, plus ou moins nombreux selon les églises. Tous les fidèles ne sont pas revenus, certains s’abstenant d’être présents dans l’assemblée à cause de leur fragilité physique et préférant suivre la messe sur Radio Grand Ciel ou à la télévision. La liturgie catholique reçut du Concile Vatican II un nouvel élan pour être celle de tout le peuple de Dieu qui célèbre et loue d’un seul cœur Dieu le Père. C’est Jésus qui œuvre pour faire du pain et du vin offerts lors du sacrifice eucharistique son corps et son sang. Tous ensemble, nous formons son peuple saint. Ce don est essentiel à notre vie, et Jésus a promis la vie éternelle : « je suis le pain vivant venu du ciel, si quelqu’un mange de ce pain il vivra éternellement. » (Jn 6, 51) Notre communion joyeuse est particulièrement exprimée dans les réponses chantées ensemble. Le chantre (ou l’animateur) est là pour nous entraîner mais il n’occupe pas l’espace sonore puisqu’il s’efface autant que possible afin que chacun soit libre d’ajouter sa voix au chœur commun. Si nous participons personnellement, nous le faisons en communion avec tous ceux qui sont là. Nous associons aussi les absents pour lesquels nous prions, particulièrement les malades et les mourants. Faudrait-il plus d’intériorité à nos liturgies ? Possiblement mais ce n’est pas tant le cadre ni la forme du rite qui garantissent l’intériorité, mais bien le choix libre et voulu par chacun qui ouvre la voie à la profondeur de ce que nous vivons. J’aimerais vous donner quelques clés utiles pour entrer plus avant dans la louange eucharistique et l’intimité de Dieu. Vous savez qu’aucun sportif ne court une épreuve sans un long échauffement. Son corps et son esprit s’y préparent. Pareillement, nous pouvons nous préparer à vivre la messe. Comment ? En méditant les textes bibliques la veille ou le matin pour désirer entendre le commentaire du prédicateur. En arrivant en avance pour nous mettre en présence du Christ avec des prières intérieures de confiance et d’abandon. En priant le chapelet en chemin vers l’église pour qu’avec la Vierge Marie, notre cœur se dispose au Mystère de la vie du Christ. En choisissant de chanter même si nous connaissons peu les chants pour accompagner l’assemblée. En remerciant le Seigneur pour ceux et celles qui nous entourent au sein de l’assemblée. Enfin, en nous avançant vers la communion préparée consciemment à recevoir le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, notre Dieu et sauveur Jésus-Christ. Cela appelle une véritable prostration intérieure devant la grandeur de Dieu. Nous connaissons tous la force d’une liturgie bien animée et chaleureuse. Cependant nous n’aurons pas toujours cela spécialement dans des lieux reculés où peu de personnes sont présentes. Mais ce sera la même eucharistie, source de grâces, si nous nous y engageons de tout notre cœur, en louant Dieu pour le prêtre qui officie et les quelques fidèles présents. Sortir de la routine est d’abord un choix du cœur et de la volonté. Êtes-vous prêts ?

La rentrée scolaire approche. Elle sera particulière. Tous les enfants reprendront-ils le chemin de l’école ? Les parents retrouveront-ils leur lieu de travail ?. Certains seront au chômage malheureusement, d’autres resteront en télétravail. Les conditions sanitaires sont en discussion. Le masque s’impose au travail dès que nous sommes deux personnes. Les conseils des grands professeurs de médecine sont parfois contradictoires : nous ne savons plus s’il faut un surcroît de protection ou au contraire nous détendre face au virus. Ce flou peut susciter une forme d’inquiétude. Soyons prudents, mais si les gestes barrières sont nécessaires, la fraternité doit trouver toutes les formes possibles pour se déployer notamment vers ceux qui sont isolés. Un appel téléphonique peut faire tant de bien !

Avec la rentrée des écoles, viendra aussi la reprise du catéchisme et des aumôneries. Le premier est pour les enfants du primaire, les aumôneries pour nos collégiens et lycéens. Beaucoup y retrouveront leurs amis, les animateurs et animatrices. On les appelle souvent catéchistes. Mais si les plus motivés ont déjà noté ces rendez-vous dans leur agenda, tous n’ont pas aisément accès aux informations et tardent à inscrire leurs enfants. Aussi, par ce message, par Radio Grand Ciel, surtout par chacun de nous qui pouvons informer nos proches et nos voisins, il est urgent de faire connaitre cette belle proposition. Découvrir la Bible, suivre la vie de Jésus dans les Évangiles, recevoir le baptême et faire sa communion, que de belles richesses. La Parole de Dieu est lumineuse et encourage à vivre dans le respect et l’amour de soi et des autres. Elle fait découvrir combien nous avons de la valeur aux yeux de Dieu, elle nous donne confiance en nous-même car oui, Il nous aime infiniment. Elle montre que la nature est un don précieux et demande un soin nouveau pour la préserver. Idéalement une rencontre hebdomadaire de catéchisme d’une heure et demie voire de deux heures est nécessaire. Ce moment s’inscrit pleinement dans la vie puisque le cycle des semaines fonde notre rythme naturel. Dans certains villages, des parents créent eux-mêmes des équipes de catéchisme à domicile ou dans une salle paroissiale ou communale. Cela peut apparaître complexe à mettre en place, mais les parcours existants donnent des outils, des textes et des images, tout un support pédagogique et de prière pour aider ceux et celles qui s’y engagent. Je les en félicite car notre vie de foi est celle d’une famille, notre Église. La solidarité est transversale lorsque chacun apporte ses talents à l’œuvre commune.

Quand ce message vous parviendra, beaucoup seront en route vers Lourdes pour le pèlerinage annuel qui regroupe des adolescents, des pèlerins et l’hospitalité chartraine. Cette année, treize malades feront le voyage au lieu des 120 habituels. Nous savons combien beaucoup de malades sont déçus de ne pas venir, car ce pèlerinage est souvent pour eux le voyage de l’année, entourés de l’affection de tous. Mais personne ne sera oublié. Nous prierons à la grotte de Massabielle pour chacun, des cartes seront envoyées, Radio Grand Ciel donnera des messages et permettra de suivre quelques moments. Comme saint Paul l’écrit aux habitants de Corinthe, j’aimerais dire à tous : « De toute évidence, vous êtes cette lettre du Christ, produite par notre ministère, écrite non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non pas, comme la Loi, sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur vos cœurs. » (2 Co 3, 3) Nous écrirons dans nos cœurs les noms de tous nos amis, malades ou bien-portants, afin qu’en chaque célébration et prière, avec vous, nous soyons reliés par Jésus au Père éternel. Et nous vous remercions de nous garder en vos cœurs et vos prières.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message du  vendredi 14 aout 2020 ——————————————

« Je suis venu pour qu’ils aient la vie en abondance. »

Demain 15 août, nous célébrerons l’Assomption de la Vierge Marie. Mais nos pensées et nos prières vont tout d’abord vers le Liban, le pays du Cèdre, où Notre-Dame du Liban est tant priée par les chrétiens maronites. Ces frères et sœurs catholiques ont pour la divine liturgie le rite maronite et, depuis le Ier siècle sont fidèles au Christ et vivent leur foi en lien avec Rome. L’Église libanaise s’est, a u cours des siècles, fait remarquer par son courage : elle a tenu ferme, notamment face à l’Islam. Dans les années 1980 le pays fut éprouvé par la guerre qui suscita des divisions alors que les religions y vivaient en relative harmonie. J’ai eu la chance de le visiter avec un groupe de l’association Aide à l’Église en détresse (AED) en octobre 2017. Ce voyage nous a permis de rencontrer des acteurs de la charité œuvrant dans des quartiers très défavorisés de Beyrouth, des sœurs qui animent des écoles catholiques admirables recevant des élèves de toutes confessions, des patriarches qui guident les communautés et favorisent l’entraide. Depuis les guerres en Irak et en Syrie, plus d’un million et demi de personnes s’y sont réfugiées, ajoutant une charge économique considérable pour ce petit pays.

Or voici que le quartier du port explose. Une enquête détaillée doit être conduite. Mais il semble que la cause soit due à un stockage inconscient de produits hautement explosifs, et cela malgré les mises en garde nombreuses faites aux autorités. Le laisser-faire, les arrangements douteux, le poids de l’argent et d’autres ingrédients d’une aberrante mauvaise gestion ont conduit à un drame. Le quartier chrétien tout proche paie un lourd tribut, une douzaine d’églises sont détruites. Une vidéo montre un prêtre célébrant la messe lorsque l’église s’effondre sur lui. Trois grands hôpitaux chrétiens sont endommagés. Nous ne pouvons pas rester insensibles et notre soutien spirituel et financier doit s’exprimer non pas uniquement par une aumône mais par une véritable aide. Si plusieurs ONG aident les libanais, à titre personnel, j’encourage volontiers l’AED. Les pieuses pensées ne suffisent pas et ceux qui portent la responsabilité du monde doivent s’engager résolument, non pour leur avantage mais parce que nous sommes humains et solidaires.

Le drame de Beyrouth s’est déroulé à quelques jours de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie. L’État français accorde un jour férié : il nous faut entrer dans la juste compréhension du repos auquel nous sommes invités ce jour-là. La Vierge Marie a accompagné son fils Jésus durant sa vie, trente années cachées à Nazareth, puis trois années de vie publique. Elle l’a accompagné sur le chemin du calvaire, a assisté à sa crucifixion sur la Croix infâme, puis l’a retrouvé ressuscité jusqu’à son ascension. Ensuite elle a vécu, comme un disciple, auprès des apôtres, dans la prière, à l’écoute de la Parole, confortant par sa présence rassurante les premiers chrétiens, jusqu’à la fin de sa vie. Les dernières années de la vie de Marie ne sont pas décrites dans le Nouveau Testament mais des traditions rapportent qu’elle s’est endormie dans la mort sans que son corps ne se corrompe car elle était sans péché. Alors Dieu l’a élevée au Ciel avec son corps. Les apôtres avaient été prévenus et purent entourer son départ. Nos frères orientaux appellent ce moment la dormition. Cette tradition, très ancienne, a été reconnue par l’Église lors de la proclamation du dogme de l’Assomption en 1950. Un dogme est une expression concise d’une vérité que nous croyons fermement. On peut dire que le dogme est à la foi ce que le diamant est au carbone. Un concentré assuré. Ce dogme nous fait espérer notre propre chemin au Ciel. Puisque Marie est entrée dans la Gloire divine, voici notre projet : la rejoindre auprès de Dieu. Elle a eu ce privilège car elle fut en toutes choses associée au pèlerinage terrestre de son Fils Jésus. Elle a bénéficié du Salut par anticipation. De cette fête, nous entendons l’appel pressent de l’Esprit Saint à la conversion afin de rejeter tout mal et nous fier à notre maman du Ciel. Elle redit inlassablement les paroles prononcées à Cana « Faites tout ce qu’il vous dira ! ». (Jn 2, 5). À Chartres, nous portons en procession le reliquaire du Voile de la Vierge, offert en 876 par le roi Charles le Chauve au chapitre de la cathédrale. Nous aimons chanter à Notre-Dame notre confiance par cette prière du IIIème siècle : « sous ton voile de tendresse, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. » La vraie dévotion envers Marie honore son Fils, notre Seigneur, et touche le cœur de Dieu. Les cœurs de Marie et de Jésus sont intimement unis, tellement que l’on a pu parler du « cœur de Marie et de Jésus ». Ils vivent à l’unisson accueillant en leur cœur les enfants de Dieu qui ont foi. Utilisons quotidiennement notre chapelet pour prier Jésus en présence de la Vierge.

C’est à la Vierge Marie que nous confions notre pays, la France. À la suite du vœu du roi Louis XIII, consacrons-le à Marie. Implorons Marie de protéger notre pays, et de nous garder du mal. Comment en évoquant cela, ne pas penser aux choix dramatiques de nos décideurs politiques comme l’amendement voté dans la discrétion, à la va-vite et de nuit, autorisant la mise à mort de bébés parfaitement sains, au seul motif que la mère serait dans une situation de « détresse psychosociale », et cela jusqu’au terme de la grossesse soit neuf mois. Comment pourra-t-on tuer par empoisonnement un enfant pesant ses quatre kilos, juste parce que nous ne savons pas aider cette maman ? Où se situe le problème ? L’enfant est une personne humaine, pas un problème. L’argent peut manquer voilà le problème. La solitude ou l’isolement voilà le problème. Le rejet familial voilà le problème. Des études à achever voilà le problème. Notre société a soudainement trouvé des milliards d’euros face à la pandémie et ne saurait trouver comme solution que le crime. Et qui alors ira accompagner ces femmes oubliées avec leur souffrance post-avortement ? Qui ira les consoler quand elles seront seules ? Sûrement pas nos députés libertaires et inconscients qui créent des boulevards toujours plus larges pour la culture de mort. Car on ne règle pas un mal en en suscitant un autre. Il restera l’Église et ses prêtres pour offrir la consolation qu’apporte l’expérience de la Miséricorde divine. Il y aura ces frères et sœurs laïques qui écoutent et entourent celles qui sont laissées à leurs larmes. Voici pour nous un grand sujet d’engagement et de prière. Comment nous taire ? Nous sommes peu à espérer qu’une autre voie est possible, c’est la raison pour laquelle tous nous devons nous battre pour la Vie car elle est toujours un don à recevoir ensemble.

Ce 10 août, nous fêtions saint Laurent, mort assassiné brûlé vif. Diacre connu pour son extrême charité envers les pauvres, il nous montre que nos vies sont offertes si nous sommes disciples de Jésus. Le témoignage de la foi consiste en l’amour donné sans réserve aux autres. Si la société française doit évoluer, c’est vers plus d’amour et de fraternité. Que ces jours d’été soient emplis d’actes simples et beaux manifestant tout l’amour que le Seigneur vous donne pour, qu’à votre tour, vous l’offriez autour de vous.

Enfin, je suis heureux d’ajouter nos encouragements pour Monseigneur Laurent Percerou, jusqu’à présent évêque de Moulins, qui est nommé évêque de Nantes, grand diocèse très vivant, mais dont nous avons le souvenir récent de l’incendie de sa cathédrale. Monseigneur Percerou fut prêtre en notre diocèse de Chartres et sa nomination honore notre Eglise locale. Que Notre-Dame de Chartres veille sur lui et qu’il soit un évêque bon pasteur pour tous, voici ce que nous lui souhaitons.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de sa résurrection, par Jésus, le Christ notre Seigneur.

Message du  vendredi 07 aout 2020 ——————————————

« Si vous avez de l’amour les uns pour les autres ! »

« Je suis venu allumer un feu sur la terre, et comme je voudrais le voir déjà allumé ! » dit Jésus (Lc 12,49). De quel feu parle-t-il ? Nous avons chaque été notre lot de feux de forêts et de moissons. La canicule, les hautes températures, tout cela attise le feu. Mais qu’en est-il du feu que désire Jésus ? Nous nous rappelons que la première manifestation de Dieu à Moïse eut lieu dans un buisson en feu. Chose extraordinaire, Moïse voit que le buisson ne se consume pas. Dieu lui parle et lui révèle son nom avant de l’envoyer en mission vers ses frères et sœurs hébreux opprimés par Pharaon. « Je suis celui qui suis », voici mon nom dit la voix (Ex 3,14). Que cela est étrange, car dans ce nom rien n’est dit. Aucun qualificatif ne nous aide à comprendre la nature divine. Rien n’est dit, mais tout est dit, car dans ce « je suis », l’homme approche le mystère de l’existence et de la vie éternelle que nous recevons chacun d’en haut. Or l’« être divin » se révèle être un pluriel, tel un « nous » qui crée, la Trinité entre le Père, le Fils et le Saint Esprit. Dieu nous partage sa vie en prenant corps dans l’humanité par le sein de la Vierge Marie. Non seulement il vient nous enseigner mais il se fait solidaire pour nous tirer de la mort et par sa résurrection nous associer à sa vie éternelle. Jésus offre les moyens pour parvenir à l’union avec Dieu, soit la Parole et les sacrements. Par-dessus tout cela, il promet de demeurer avec nous tous les jours en nous envoyant le Saint Esprit. C’est bien celui-ci qui est appelé feu. Ne s’est-il manifesté en abondance sur la Vierge Marie, les apôtres et les disciples, le jour de la Pentecôte sous l’apparence de flammes de feu posées sur chacun ? Avec l’Esprit, c’est un amour brûlant, une vive flamme d’amour dira saint Jean de la Croix, qui bouscule nos résistances et nos froideurs et qui nous embrase de charité. « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » dit Jésus aux hommes et femmes qui le suivent (Jn 13,35). « Car l’amour est fort comme la Mort, la passion, implacable comme l’Abîme : ses flammes sont des flammes de feu, fournaise divine. Les grandes eaux ne pourront éteindre l’amour, ni les fleuves l’emporter. » (Ct 8,6-7). Ce mois d’août, ne passons pas à côté de tous les petits actes d’amour possibles qui allument ce grand feu souhaité par Jésus.

Ces dernières semaines la presse ecclésiale s’est fait l’écho de la demande de femmes d’être mieux considérées en accédant aux postes à responsabilité dans l’Église. Sept femmes ont même demandé à Rome d’être ordonnées prêtres. Le sujet nécessite d’être traité avec délicatesse. Nous le savons, trop souvent, les femmes voient leurs droits bafoués et sont sujettes à des violences physiques ou des paroles blessantes et insultantes. De tels actes et de telles attitudes sont inacceptables et indignes d’une culture qui se veut évoluée. La réponse à ces graves désordres est assurément l’éducation et la collaboration mutuelle. Voici quelques jours, je rencontrais au bord d’un canal à Tourcoing une quinzaine d’adolescents non chrétiens mais qui sont vite entrés en dialogue tellement surpris de rencontrer un évêque se promener, casquette sur la tête de surcroît. Nous avons échangé sur leur avenir, sur Dieu, et l’un d’eux, Enzo, est même revenu demander la prière pour son entrée en troisième. J’ai pu dire à deux jeunes filles du groupe combien elles étaient précieuses et aux garçons combien ils pouvaient être pour elles des chevaliers respectueux. Ce langage était sûrement inhabituel pour eux, mais il me semble qu’ils étaient à l’écoute. Oui, la femme est précieuse et mérite notre respect. Est-elle accueillie pleinement dans l’Église ? Nombre d’entre elles me disent leur bonheur d’y être bien à leur place. La question de l’ordination des femmes revient cependant régulièrement, notamment dans les médias. La reconnaissance des femmes consiste-t-elle à être ordonnées prêtres ? Faudrait-il cléricaliser les femmes pour qu’elles soient reconnues ? Le sommet de la vie de l’Église est-il d’accéder derrière l’autel ? Ne voit-on pas dans l’Église de nombreux laïcs, hommes comme femmes, assumer des responsabilités, au sein des diocèses, des associations et des mouvements ? Dans l’Écriture, combien de figures de femmes admirables ont joué un rôle décisif ! Aujourd’hui encore, combien de femmes se mettent courageusement au service de la foi et de l’Église ! À Chartres depuis début juillet, la nouvelle économe est une femme, Valérie Michelet. C’est une joie de pouvoir collaborer avec elle. La conduite des projets missionnaires, l’animation des paroisses et des aumôneries, l’enseignement de la foi, toutes ces missions, absolument nécessaires à la vie même de l’Église peuvent être portées par des femmes. Le sacerdoce ministériel est le propre des hommes : le Christ lui-même l’a voulu ainsi. Le prêtre est au service du peuple : sa charge est le service de la foi des fidèles par la célébration des sacrements et la prédication de la Parole. Le sacerdoce ministériel n’est donc pas un pouvoir. C’est un service. Et ce service, le prêtre le porte, pour et avec tous les fidèles, membres d’un même corps. Comme je vous ai lavé les pieds, faites de même les uns pour les autres, demande Jésus (Jn 13,14-15). Hommes ou femmes, prêtres, diacres, mariés, célibataires, jeunes ou vieux ; tous nous sommes appelés à prendre la tenue de service, dans une juste complémentarité entre les vocations et les talents. Le Seigneur a besoin de nous tous. Il attend de nouveaux disciples, hommes et femmes. Que vous soyez homme ou femme, bienvenue dans l’Église du diocèse de Chartres où tous vos talents et charismes sont espérés !

Dans quelques jours, nous serons à Lourdes (22 au 26 août), et là auprès de la Vierge Marie, nous prierons pour les malades. Beaucoup d’entre eux auraient tellement aimé vivre ces jours avec nous, mais les conditions sanitaires en ont décidé autrement. Tous, malades et bien portants, vous serez avec nous en nos cœurs. Ensemble, nous constituerons le même peuple qui vient aux pieds de Notre-Dame de Lourdes, accompagné par sainte Bernadette, et nous nous mettrons en prière, avec le chapelet, pour nous confier mutuellement à notre mère du Ciel. Lourdes est la ville du cœur de Marie et du cœur des petits. Là, les puissants apprennent le service des autres et, humblement, deviennent des personnes meilleures. Là la Vierge nous regarde « comme on regarde une personne » pour reprendre les mots de sainte Bernadette, elle qui était jugée et condamnée par tous comme la fille du voleur. Durant ces journées lourdaises, nous remercierons Valérie Gaujard qui a présidé l’hospitalité de Chartres depuis quelques années. Une belle figure de femme au service de l’Église !

En ces jours d’été, nous nous reposons physiquement et nous nous recueillons spirituellement auprès du Seigneur. Chaque voyage nous offre la chance de découvrir non seulement des églises et leur beauté, mais des communautés chrétiennes qui célèbrent l’eucharistie. Personnellement, le dimanche, j’ai toujours souhaité aller à la rencontre des paroisses, de m’y plonger dans la prière pour participer au sacrifice du Christ et à son offrande qui rachète le monde. Chanter d’autres chants, écouter une autre voix commenter les textes, être accueilli par des fidèles heureux de montrer qu’ici on vit l’esprit de communion. Cela est inspirant, cela déplace nos propres options, cela renouvelle nos regards et notre expérience. Je remercie tous les fidèles laïcs impliqués en ces lieux de vacances, particulièrement les chorales et les familles qui animent les célébrations. Nous avons ressenti si cruellement de ne pouvoir vivre ensemble la messe pendant le confinement. Nous l’avons retrouvée maintenant. Certes, dans certains lieux, il sera nécessaire de faire vingt kilomètres pour rejoindre une église. Nous parcourons souvent des distances bien plus grandes pour nous divertir. Je me remémore Antoine, catéchumène au Congo, qui marchait cinquante kilomètres à pied pour aller à ses rendez-vous de formation chrétienne. Dois-je préciser cinquante aller simple ? Restait le retour après ! Que ne ferait-on pas pour une messe quand on est un authentique pratiquant ? L’Eucharistie est la source et le sommet de la vie chrétienne. Ne l’oublions pas, en ce temps de repos, où nous changeons nos habitudes et bouleversons nos rythmes.

Avec la Vierge Marie, livrons-nous à l’Amour.

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Ensemble, prions l’Angelus.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ, notre Seigneur. Amen

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