Message fraternel n°181, Mgr Philippe Christory, 8 juillet 2022

« De la blessure de son côté ont jailli le sang et l’eau ! »

En ces jours d’été, beaucoup de visiteurs et de pèlerins viennent volontiers en notre cathédrale de Chartres. Ici, la relique du voile de la Vierge Marie est offerte à leur vénération depuis l’an 876 comme un signe de l’incarnation et Marie est bien présente et vivante pour accueillir chacun, ce qui  n’est pas une simple affirmation théorique et mystique. En effet, Jésus ne cesse de nous dire « voici ta mère ! ». Il nous la donne comme mère et premier modèle de disciple.

En entrant dans cette cathédrale où se ressent toujours une attitude de prière fervente, nous fermons les yeux un instant afin de nous mettre en présence de Jésus, le fils bien-aimé du Père qui désire nous parler : Jésus est Dieu, il se rend présent par le sein maternel de Marie et il offre sa vie pour nous sauver du péché et de la mort. Chacun et chacune peuvent y être attentifs car l’Esprit dépose dans les âmes une grâce particulière, une parole de vie personnelle, un appel à se donner pleinement. Effectivement si les touristes sont souvent pressés de filmer avec leur smartphone, le vrai pèlerin pose le genou à terre, se signe et demande la grâce d’écouter la voix discrète du Seigneur en son cœur.

A gauche du déambulatoire, à proximité du voile, il y a une statue du Sacré-Cœur de Jésus. Lors des célébrations pénitentielles, j’aime m’y installer pour confesser. De ce cœur jaillit, dit-on, la miséricorde divine. Néanmoins, une question se pose : que peut représenter le Sacré-Cœur pour les personnes d’aujourd’hui ? En réalité, ce divin cœur nous dévoile le plus grand mystère d’amour, celui de Dieu, créateur de notre univers aux milliards de galaxies, qui a façonné l’homme et la femme à son image et les a placés sur une petite planète bleue, très probablement la plus belle. Le Sacré-Cœur est Jésus lui-même offert et aimant.

Pour comprendre comment le cœur de Jésus révèle le mystère insondable de l’amour divin, repartons du verset de saint Jean : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » Notre foi révélée par Jésus nous apprend qu’en Dieu, il y a la vie en premier, qui émane de cet Amour parfait et incessant, la vie échangée entre les trois personnes de la sainte Trinité. Celle-ci déborde hors de Dieu pour inonder l’univers qui nous entoure. Là Dieu a façonné sa plus belle œuvre : l’être humain. Il a placé son chef d’œuvre au centre d’une création magnifique, reflet de sa bonté divine et parfaite, pour faire de nous des co-créateurs en la faisant fructifier. Quelle merveille en réalité que ce projet. Quelle responsabilité incroyable que celle qui nous est confiée, à savoir celle de favoriser la communion entre tous nos frères et sœurs les hommes, celle d’être en harmonie avec la nature. Celle de prendre soin de la maison commune qui est comme un navire voguant sur les grandes eaux, parfois calmes et parfois en pleine tempête. Surtout celle d’aimer Dieu lui-même qui nous offre notre liberté en vue du bien. Notre cité se trouve dans les Cieux. L’homme est destiné à vivre en présence de la Gloire céleste. Nous avons tous et toutes vocation à entrer dans l’intimité divine.

Malheureusement, depuis l’origine, par orgueil, nous usons de notre liberté pour faire le mal et brisons ainsi notre relation avec Dieu. Cependant, alors que ce péché pouvait entraîner la suppression de l’humanité, Dieu le Père a choisi d’envoyer son divin Fils pour nous sauver en partageant notre condition, nous enseigner patiemment puis offrir sa vie jusqu’à mourir en croix. Il donne tout, il nous plonge avec lui dans sa mort et il nous ressuscite avec lui pour la vie éternelle. C’est la preuve que « Dieu a tant aimé le monde » et qu’il n’a pas limité la puissance de sa grâce. Il l’a étendue à tous les hommes. Jésus n’est pas venu juger le monde, ni les chrétiens ni les autres. Il vient, dit saint Paul, pour que tous les hommes soient sauvés.

Afin de faire connaître ce mystère d’amour, Jésus révèle son cœur aimant et sensible. En premier lieu, auprès des pauvres et des malades. Ceux-ci ne sont-ils pas ses bien-aimés ? Ensuite envers celles et ceux qui se font enfants, c’est-à-dire ceux qui lui font confiance et qu’il bénit. Puis il y a les disciples qu’il enseigne sans se lasser, même quand ils ne comprennent pas où il les conduit. Enfin, il se tourne vers chacun de nous et nous invite à sa suite, éliminant par son pardon le fardeau si lourd du péché.

Son cœur est transpercé lorsque, cloué sur le bois de la Croix, et agonisant, il remet son esprit à Dieu le Père. Alors de son cœur coulent du sang et de l’eau, le sang de sa vie offerte pour que nous ayons la vie, l’eau comme prémisse de la grâce que nous recevons par les sacrements. Avec lui nous avons la vie en abondance. Ainsi le Sacré-Cœur de Jésus n’est pas un simple objet de piété. Il est l’amour transpercé et toujours vivant qui déverse les grâces préparées par le Père pour ses enfants. Il exprime parfaitement l’amour divin offert pour chacun de nous.

Néanmoins, là même où il montre son divin cœur tel un brasier ardent, sous les voutes du couvent de la Visitation à Paray-le-Monial, Jésus exprime une plainte à sainte Marguerite-Marie : « voici ce cœur qui a tant aimé le monde et qui ne reçoit qu’ingratitude » ! Le cœur de Jésus est comme une porte ouverte sur le feu brûlant de son amour. Alors pourquoi sommes-nous si indifférents ? Sommes-nous attentifs à cet amour ? Sommes-nous dans une authentique gratitude, nous qui pêchons chaque jour et qui bénéficions de son inlassable remise de peine ? Combien de personnes baptisées ont oublié leur premier amour, celui qui a animé leur âme dès le sein maternel, et ont aujourd’hui renié leur créateur en prenant le risque de perdre l’essentiel : la vie éternelle ?

Depuis le buisson ardent au désert du Sinaï dans lequel Dieu se révéla à Moïse, Il n’a de cesse de donner ses grâces aux saints et aux saintes qui le suivent et lui font confiance. La vie de saint Charles de Foucault exprime si bien comment l’Esprit l’a saisi pour le conduire à l’écart du monde, en haut de la montagne du Hoggar, dans son ermitage, l’Assekrem, où, dépouillé de tout attachement aux biens matériels, il s’est fait l’ami de tous pour être toujours plus celui du Seigneur. Pourtant parmi nous, chrétiennes et chrétiens, il y a tant d’ingratitude, de refus, de médiocrité. Si nous pouvions comprendre ce que veut dire « Dieu est amour » ! Cela ne mérite-t-il pas notre conversion ? Une volonté radicale de le choisir et de le suivre ? Voulez-vous marcher à la suite de Jésus jusqu’à lui donner votre vie ? Ne craignez pas une générosité excessive ! En effet, comment celui qui a tout donné par amour pourrait-il nous ôter la vie ? « Le Christ donne tout mais il n’enlève rien » comme l’a si merveilleusement exprimé le pape Benoît XVI. Le cœur de Jésus n’est pas un refuge. Il est une source pour recevoir la force d’en-haut et accueillir notre vocation propre afin de contribuer au développement d’une société promotrice de justice et de paix. Voulez-vous y participer de tout votre cœur ?

Ce jour encore prions la Vierge Marie pour notre Église et notre société.

L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ, notre Seigneur.

Amen.

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