Message fraternel n°169 Mgr Philippe Christory

« Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! Jésus, par son sacrifice, nous sauve de la mort  ! »

La passion de Jésus nous bouleverse, elle nous choque totalement. Comment comprendre que l’homme parfait, doux et humble de cœur, que fut Jésus soit ainsi tyrannisé ? Saint Pierre, un des premiers apôtres appelés par Jésus, qui reçoit la responsabilité de l’Église, refusa dans un premier élan du cœur l’idée que son maître et Seigneur soit menacé : « Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais Jésus le repousse brutalement, car personne ne peut s’opposer à sa détermination d’aller au bout de la course entreprise en vue du salut de toute l’humanité : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16, 22-23) Nous-mêmes sommes parfois sûrs de nos pensées, de nos idées, même sur ce que Dieu devrait faire pour que le monde aille mieux. Nous avons des convictions spirituelles qui deviennent des idéologies. Or notre chemin n’est-il pas de prendre sa croix et de suivre Jésus, sans le contredire ? Bien entendu, il est dur et même violent pour les disciples qui ont choisi de vivre avec Jésus, qui ont abandonné leur maison, leur métier, leur famille, d’entendre l’annonce formelle de sa prochaine passion. « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20, 18-19) Si Jésus annonce sa résurrection, celle-ci demeure incomprise et insaisissable car personne n’est revenu de la mort. Certes Jésus tente de les rassurer sur sa personne en manifestant sa Gloire à Pierre, Jacques et Jean, lors d’une montée au sommet du Mont Thabor où il est transfiguré dans une rencontre illuminée de la lumière céleste avec le prophète Élie et le patriarche Moïse.

Dimanche dernier, nous célébrions la fête des rameaux, qui rappelait la liesse de la foule accueillant Jésus à l’entrée de Jérusalem. Ce jour-là, tous étaient là, admiratifs de cet homme qui guérissait tant de malades, qui parlait avec autorité, qui faisait le bien partout où il passait. « Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, d’autres, des feuillages coupés dans les champs. » La joie était partout. « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! » (Mc 11, 9) Ces actions de grâce résonnaient dans les ruelles de la grande ville. Pourtant cette foule, bientôt manipulée par les autorités religieuses qui avaient décidé de faire condamner à mort Jésus car, affirmaient-elles, il disait être Dieu, criera pour obtenir de Pilate, gouverneur romain, sa crucifixion. Se faire Dieu est un acte de blasphème. Personne ne peut se prendre pour Dieu, sauf Dieu lui-même. Le jugement est formel : « Ce n’est pas pour une œuvre bonne que nous voulons te lapider, mais c’est pour un blasphème : tu n’es qu’un homme, et tu te fais Dieu. » (Jn 10, 33) Qui parmi eux connaissait Jésus en vérité ? Jésus qui habitait à Nazareth de Galilée était moqué : « Que peut-il sortir de bon de Galilée ? » Ceux qui l’accusaient ne savaient pas qu’il était né à Bethléem, la ville du roi David, où les prophéties annonçaient le Messie.

Pour Jésus, les jeux sont faits. Arrêté, humilié, battu, flagellé, costumé en roi par les soldats, couronné d’épines terribles, notre maître subit crachats et opprobres. Rien n’arrête la folie de la foule et Pilate se lave les mains de sa mort, tout en reconnaissant qu’il ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Il veut éviter un grand trouble à l’ordre public, quitte à ce qu’un homme meure. Mais pour lui, que vaut un juif, palestinien ? Un homme insignifiant. Pour Jésus, voici cependant une consolation sur le chemin du calvaire, sa mère Marie est là qui ne peut que l’accompagner silencieusement vers le lieu du crâne, le Golgotha, hors de la ville, où sont exécutés les condamnés. Un homme l’a aidé, Simon de Cyrène, réquisitionné alors qu’il rentre des champs. Il est jeune et fort. La croix est lourde et Jésus la porte difficilement en tombant trois fois. Les soldats veulent faire avancer les choses, ils craignent peut-être une révolte et se souviennent des acclamations lorsque Jésus entrait à Jérusalem. Simon de Cyrène représente ceux et celles qui offrent du temps et font l’effort de porter leurs frères et sœurs dans les difficultés. Il est bon d’avoir des personnes qui, avec douceur et force, viennent porter nos croix.

Au Golgotha, il est totalement déshabillé, sa nudité est couverte du sang qui coulent des plaies que le fouet a imprimé sur son corps, ses vêtements sont tirés au sort entre les bourreaux, chacun devant se payer pour ses efforts. En réalité, hisser ces condamnés est une rude tâche. Ils sont lourds car ce jour-là, ils sont trois à attendre la mort ignominieuse de la crucifixion. Normalement ces hommes hurlent à l’injustice. Ils crient aussi en raison des douleurs et des crampes insupportables de ce supplice atroce, avant de suffoquer et d’agoniser.

Qui recueille ces derniers instants ? Qui en sera le témoin pour que les évangélistes puissent rapporter plus tard ces propos dans leurs écrits ? N’est-ce pas Marie dont il est écrit qu’elle gardait toutes choses en son cœur ? Marie écoute son fils bien-aimé qui n’a plus figure humaine chuchoter des mots et des demandes. Elle l’entend dans ce dialogue étrange avec un des larrons crucifié lui aussi alors que l’autre l’insulte : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » Jésus lui déclare : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23, 42-43) Elle se demande si Jésus le connaissait, si cet homme l’a suivi quelques mois auparavant, avant son arrestation. Ou est-ce seulement le regard empli d’amour que cet homme aperçoit dans les orbites tuméfiées qui lui donne une telle assurance pour lui demander de ne pas l’oublier ? Et voici que Jésus lui promet le Ciel, le paradis pour le soir même. Quelle merveille de charité.

Avant de rendre l’Esprit au Père du Ciel, Jésus assoiffé, interpelle le disciple qu’il aimait et qui s’est blotti contre Marie, digne femme âgée qui se tient debout au pied de La Croix. À elle, il dit « Femme, voici ton fils » et à lui « voici ta mère » (Jn 19, 26-27). C’est alors que fut scellée l’alliance de Dieu et de l’Église : par la présence aimante et fidèle de la Vierge Marie. Elle devenait la mère de tous les disciples de tous les temps. Et chaque baptisé comprend désormais qu’elle lui est donnée comme l’archétype du disciple et comme mère au Ciel. Elle est cet aqueduc pour reprendre la belle image de saint Bernard de Clairvaux par laquelle coule la grâce.

Jésus agonise, il ne peut plus résister à la mort qui arrive. On lui tend une éponge pour le désaltérer. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. Jésus est mort. C’est la passion. Il est l’agneau immolé qui a versé tout son sang pour nous, hommes et femmes de tous les temps. Quelques heures encore, suspendu au bois avant la Pâque juive, puis son corps sera descendu et mis au tombeau. Pour le moment, ce cadavre sert d’exemple et d’avertissement pour toute personne qui viendrait contredire l’avis des autorités et troubler l’ordre public. Mais déjà Jésus descend aux enfers retirer tous ceux qui attendaient le salut que seul lui pouvait opérer. De son cœur qui ne bat plus, transpercé par la lance d’un soldat romain qui s’assurait de sa mort, coulent du sang et de l’eau, que Jean recueille précieusement, prémisses de la vie donnée et des sacrements qui les apôtres célébreront un jour en vue du salut des tous les baptisés.

Nous sommes entrés dans le triduum pascal. Il est difficile de faire le chemin de croix car nous y revisitons les stations qui furent autant de moments de persécution, et nous sommes associés aux injustes souffrances de Jésus. Néanmoins nous recevons la joie du salut (cf. Ps 50) car nous sommes sauvés et dorénavant nous désirons le ciel que Jésus nous a obtenu. En ces jours, conduisons nos vies vers la lumière en invoquant souvent le saint Esprit. « Joie pour les cœurs qui cherchent Dieu ! » (Ps 105,3)

À quelques jours de sa canonisation, je vous propose de prendre la belle prière d’abandon entre les mains du Père des Cieux, composée par Charles de Foucauld :

Mon Père,

Je m’abandonne à toi,

fais de moi ce qu’il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi, je te remercie.

Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Pourvu que ta volonté

se fasse en moi, en toutes tes créatures,

je ne désire rien d’autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je te la donne, mon Dieu,

avec tout l’amour de mon cœur, parce que je t’aime,

et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,

de me remettre entre tes mains, sans mesure,

avec une infinie confiance,

car tu es mon Père. Amen.

Partagez : 
c3e507ad5ddc8cc3c2e222b6ba22bebclllllllllllllll