Message fraternel n°172 Mgr Philippe Christory le 6 mai

« En chemin vers la Pentecôte ! » 

La vie chrétienne consiste à demeurer en relation avec le Saint Esprit, cœur à cœur, pour entendre ses motions. Sans cela notre religion est réduite à des habitudes, à de la morale et à un certain conformisme sans évangélisation et sans joie spirituelle. La joie authentique vient chez le chrétien quand son âme, intimement unie à Jésus-Christ, vit tournée vers les autres en recherche de Dieu. Une expérience missionnaire ne pourrait-elle pas consister à témoigner à une personne non croyante du merveilleux cadeau qu’est la foi ?

L’Église a traversé deux millénaires et s’est déployée en tous lieux parce que les saints et les saintes ont été passionnés par le Seigneur, se sont offerts corps et âme en vue de la mission et surtout se sont soumis aux appels de l’Esprit pour ouvrir des chemins nouveaux afin que la Parole du salut soit annoncée.

En cette année 2022 le temps pascal est libéré des contraintes sanitaires. Nous pourrions donc penser célébrer les sacrements et vivre notre foi comme avant, nous réinstaller dans nos anciennes habitudes pastorales. Ce serait une tentation et une véritable erreur. Car c’est maintenant le temps de nous mettre ensemble à l’écoute, de prier et de méditer la Parole de Dieu. La situation politique du pays oblige à nous interroger sur la pertinence de nos activités car il y a urgence à témoigner. La question à nous poser n’est-elle pas : que veux-tu Seigneur pour ton Église ? Comment être prophétique et catholique dans une société qui ignore la Bible, qui renvoie la vie spirituelle à la sphère privée, qui veut mettre la main sur la vie et la traiter comme une chose, qui favorise la surconsommation des biens pour alimenter la croissance économique, qui ne fait pas les choix radicaux face aux changements climatiques ?

Notre vision est autre. Comment entendre la clameur de la Terre et la clameur des pauvres ? Comment faire rayonner la beauté du don de Dieu ? Comment consoler tant de personnes en détresse ? Sans omettre les questions climatiques que le pape François a commentées dans son texte indémodable Laudato si. Comment nos communautés ecclésiales peuvent-elles être vertueuses pour la défense de la vie, la fraternité et la protection de la maison commune, notre Terre ?

La résurrection du Christ apporte une espérance : Dieu nous accompagne et donc nous ne sommes pas seuls. C’est pourquoi, j’aimerais vous proposer à travers mes prochains messages quelques réflexions sur les dons et les charismes communiqués par le Saint Esprit. Cela nous aidera à vivre dans sa puissance et sous sa conduite. En effet, nous ne devons pas rester immobiles, en nous contentant de ce qui est, mais bien apporter nos talents en vue du bien commun et en soutien de la mission de l’Église.

Le prophète Isaïe, qui a écrit un très long livre biblique vers le VIe siècle avant Jésus-Christ, rapporte les dures conditions de l’exil à Babylone pour tout le peuple hébreu déporté par les babyloniens. Isaïe annonce le messie qui viendra donner la vie, guérir, rendre la vue et l’ouïe, soulager, libérer les hommes de leurs prisons. Il parle de l’Esprit qui communique ses dons. Citons ce passage de sa prophétie : « Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur qui lui inspirera la crainte du Seigneur. » (Is 11, 1-3) Ce texte nous donne sept dons, en réalité il nomme successivement : la sagesse, le discernement, le conseil, la force, la connaissance et la crainte, citée deux fois. Ce don peut être vu comme le don de la piété. Aux enfants qui préparent leur confirmation, nous les présentons comme les voiles d’un navire, image de l’Église, voguant sur les flots tumultueux de la société, voiles gonflées par le vent, symbole du souffle du Saint Esprit. L’Esprit pousse l’Église qui navigue vers son avenir.

Il est souvent difficile de saisir le sens des sept dons, car notre compréhension de ces mots diffère en langage courant. Je vous propose de m’y essayer pour que cela nous soit plus familier.

Le don de sagesse peut être compris lorsque nous regardons la Vierge Marie portant l’enfant Jésus sur ses genoux, comme au tympan droit du portail royal de Chartres. Nous l’appelons Marie « trône de la Sagesse ». Ici Jésus est la Sagesse, Verbe divin. La Sagesse élève nos regards et ordonne notre amour vers les réalités visibles comme les célestes. Ce don de sagesse fait croître notre ressemblance avec Dieu en soutenant notre amour.

Le don d’Intelligence (ou de discernement) nous permet d’appréhender les vérités de la foi qui s’en trouve renforcée. En ce temps pascal, nous comprenons ainsi pourquoi Jésus est mort et ressuscité. Notre louange et notre admiration n’en sont que plus vraies et fortes car elles sont fondées dans la compréhension de ces vérités.

Le don de conseil nous porte à conduire nos actions vers ce qui est le meilleur en regard de l’amour que Dieu nous porte. Ainsi nous célébrons sa Gloire. Nous agissons en vue du bien de tous, pour notre salut et celui du monde. Ce don stimule notre charité concrète, renforce le goût d’aider les autres, invite à être missionnaire pour révéler les bontés du Seigneur.

Le don de force nous offre le courage et l’énergie pour être disciple et serviteur du projet de Dieu au service de l’Église, dans le refus de la tiédeur. Ce don accompagne notre courage pour aller au bout de notre appel.

Le don de science permet de comprendre les biens naturels, d’en user saintement et d’orienter toutes les choses que nous réalisons vers un but bon pour tous dans la lumière de Dieu. Ce but est notre salut, afin de vivre éternellement en présence de Dieu.

Le don de piété est la juste vénération des choses saintes et l’adoration de Dieu, en accueillant l’œuvre de miséricorde afin que la société soit éclairée par les lumières de la foi. Par ce don, nous sommes soutenus dans la fidélité à la prière et la lectio divina.

Le don de crainte nous donne un grand respect de Dieu et de ses commandements. Il nous maintient dans l’humilité, comme la Vierge Marie, humble servante. Notre Dame est vraiment une maîtresse de vie spirituelle.

Ces dons révélés par la sainte Écriture sont communiqués lors du sacrement de confirmation. Il est nécessaire de les accueillir et de les faire croître. Si nous ne les accueillons pas et ne les faisons pas croître, nous sommes comme une plante privée d’eau. Ne négligeons pas notre vocation. Invoquons quotidiennement le Saint Esprit par des prières personnelles et des chants d’invocation. Persévérons avec courage et abnégation. Notre société peut être divisée, cependant nous nous offrons à la miséricorde de Dieu pour être unis en Lui et vivre de ses dons. Notre vocation nous demande un engagement fort, loin de toute tiédeur.

Prions le Saint Esprit avec ce texte de saint Alphonse de Liguori, un missionnaire français (1696-1787) :

« Esprit Saint, divin Consolateur, je vous adore comme mon Dieu véritable, ainsi que Dieu le Père et Dieu le Fils. Je Vous bénis et je m’unis aux bénédictions que Vous recevez des Anges et des Saints. Je Vous donne mon cœur, et je Vous offre de vives actions de grâces pour tous les bienfaits que Vous avez répandus et que Vous ne cessez de répandre dans le monde. Auteur de tous les dons surnaturels, Qui avez comblé d’immenses faveurs l’âme de la Bienheureuse Marie, Mère de Dieu, Je Vous prie de me visiter par votre grâce et par votre amour. »

✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres

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