Message fraternel n°174 de Mgr Philippe Christory, 20 mai

« Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit ! » 

 

Dans l’Église, lorsque l’on parle des charismes, les personnes imaginent que l’on nomme une pratique propre aux charismatiques, membres du renouveau charismatique qui s’est développé en France au sein de l’Église catholique à partir des années 1970. Or, nous le verrons, les charismes ne sont pas réservés à un groupe particulier de croyants et ne datent pas d’une époque récente. Certes, leur pratique s’est déployée de manière nouvelle au sein de ce grand courant spirituel que l’on nomme le renouveau charismatique. Ce renouveau a surpris les chrétiens de toutes confessions et l’on constate qu’il a émergé d’abord dans les milieux protestants américains. Avec eux, nous partageons un même baptême, une même foi, un seul Seigneur. Tous chrétiens, nous ne pouvons pas douter que l’Esprit Saint souffle où il veut et nous ne savons pas où il va, comme Jésus le dit (cf. Jn 3,8).

Cependant l’expérience des charismes, mot qui peut être traduit par dons de l’Esprit, n’est pas nouvelle. Dans le livre des Actes des Apôtres, nous lisons comment les disciples dès la réception extraordinaire du Saint Esprit lors de la fête de la Pentecôte sont rendus aptes à faire des miracles au nom de Jésus. Ils parlent en langues nouvelles. Ils exhortent les auditeurs et ceux-ci se convertissent. Saint Paul, qui a été formé aux meilleurs enseignements pharisiens dans une religion légaliste attachée à l’obéissance due aux préceptes divins, se retrouve lui-même entraîné dans une renaissance dans le Saint Esprit dès qu’il reçoit le baptême après sa conversion en face des murs de Damas. Les apôtres sont saisis dans ce grand mouvement missionnaire que l’Esprit impulse. Ils vont aller sur les places publiques. Ils n’ont plus peur. Ils témoignent à temps et à contretemps à qui veut les écouter de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Ils sont tellement habités par le message qu’ils annoncent que les gens en sont bouleversés. Ainsi les charismes qu’ils reçoivent et mettent en pratique sont plus que des talents naturels, eux qui n’étaient pas formés à la prise de parole en public. Ils reçoivent une audace imprévue face à ceux qui les arrêtent et les font condamner, ceux qui les mettent en prison et les maltraitent. Rien ne peut les arrêter, et leur réponse est claire « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Act 5,29). Ils ne peuvent pas taire la grâce du salut qu’ils ont reçue.

Aussi saint Paul, en bon érudit, écrit plusieurs chapitres sur les charismes dans sa première lettre aux Corinthiens. Il nous précise ce qu’ils sont par une affirmation simple : « À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. » (1Co 12,7) Prenons le temps de comprendre la portée de ces mots. Saint Paul dit que chacun reçoit l’Esprit, ce qui signifie que personne ne peut dire qu’il n’a pas de charisme. Nous comprenons que l’Esprit Saint déploie ses dons si le cœur est ouvert et libre du péché. Cette certitude est ancrée dans la promesse de Dieu que les prophètes avaient exprimée : « je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Joël 3,1-2) et encore « je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez » (Ez 37,14). Quand Paul parle de manifestation, cela nous indique que les charismes sont donnés comme l’Esprit le veut, quand et où il le veut. Cette manifestation n’est pas un acte volontaire de l’homme mais le fruit de l’action libre de l’Esprit. Cependant nous pouvons comprendre par expérience que l’Esprit a besoin que le fidèle de Jésus lui offre sa place et se livre pleinement à son action. Cette disposition est la foi, c’est-à-dire croire dans le nom de Jésus Sauveur, le seul qui nous sauve du péché et de la mort. Lorsque le fidèle refuse de se faire l’instrument de la grâce, cette manifestation ne peut pas advenir. Enfin, Paul dit que c’est en vue du bien commun, ce qui veut dire le bien de tous, du premier au dernier, jusqu’au plus pauvre et au plus petit. Ces dons de l’Esprit nommés charismes ne sont donc pas communiqués à une personne pour son bien propre mais pour être mis au service d’autrui. Exercer les charismes, s’ouvrir à leur action et à leur requête est un acte de charité puisqu’ils visent le bien de tous. La charité est le premier charisme. Elle est essentielle. « Par-dessus tout cela, ayez l’amour, qui est le lien le plus parfait » (Col 3,14). Ajoutons la gratuité du don. Si un saint se fait l’instrument de l’Esprit, les charismes lui sont donnés sans contrepartie. Ils sont gratuits « car l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous a été donné » (Gl 5,5). Ils dépassent les talents naturels tout en pouvant s’appuyer sur ceux-ci. Par exemple, celui qui a le talent de la parole peut être apte au charisme de l’exhortation et du don de la parole, s’il use de son talent avec humilité et simplicité, dans la foi.

Les charismes sont personnels ou communautaires. L’expérience spirituelle de la Pentecôte fut communautaire, tous ensemble ils furent saisis dans cette manifestation extraordinaire accompagnée par les flammes de feu et le bruit du tonnerre. Dès après, saint Pierre sort sans crainte et parle aux milliers de pèlerins venus à Jérusalem et sa parole est effectivement le fruit d’un charisme personnel mais qui est accompagné par la prière de louange de la communauté des disciples. Il est frappant de voir qu’une personne comme le jeune Jérémie qui disait « je ne sais pas parler, je ne suis qu’un enfant » (Jr 1,6), peut oser prendre la parole devant une foule et toucher les cœurs par le message du salut. En parlant à des jeunes du lycée Nermont à Châteaudun, je les invitais à oser, oser demander et oser agir. Dans la communauté chrétienne, nous pouvons demander ce charisme de l’audace missionnaire.

Un charisme puissant est celui de guérison. Nous voyons Pierre et Jean monter au temple de Jérusalem pour la prière, être interpellés par un infirme que l’on déposait sur les marches de l’escalier pour qu’il mendie. Jésus n’avait-il pas demandé aux apôtres de guérir les malades, eux qui n’avaient aucune compétence médicale ? Cette rencontre est merveilleuse. Relisons ce dialogue. « Alors Pierre, ainsi que Jean, fixa les yeux sur lui, et il dit : « Regarde-nous ! » L’homme les observait, s’attendant à recevoir quelque chose de leur part. Pierre déclara : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche. » Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. D’un bond, il fut debout et il marchait. Entrant avec eux dans le Temple, il marchait, bondissait, et louait Dieu. Et tout le peuple le vit marcher et louer Dieu. » (Act 3,4-9)

Pierre parle au nom de Jésus. Il utilise ce nom comme étant la source de la vie. Pierre reçoit un autre charisme pour guérir, c’est le charisme de foi. Celui-ci consiste à croire que l’Esprit Saint va agir. Ici nous constatons que le fruit du charisme de Pierre est la joie et la louange qui montent vers Dieu. Car tout charisme glorifie Dieu. Il est un don qui devient instrument de la relation au Seigneur. Ainsi se vérifie la véracité des charismes. Le fruit des charismes prend plusieurs formes. Nommons par exemple la paix et la communion, la joie et la liberté de témoigner. A contrario, une vie chrétienne triste et repliée manque de vitalité missionnaire et ne s’appuie pas suffisamment sur la force du Saint Esprit. Il est alors bon de nous convertir en demandant sans nous lasser le désir de la mission et les fruits du saint Esprit.

Nous avions médité sur les dons du saint Esprit en partant du texte du prophète Isaïe. Puis nous parlons du fruit de l’Esprit que saint Paul explicite dans sa lettre aux Galates. Maintenant, nous comprenons mieux la richesse d’une vie ecclésiale portée par les charismes. Nous avançons vers la Pentecôte. Continuons notre prière quotidienne en chantant le saint Esprit et en demandant à Dieu Père de nous remplir de ses dons. Il en va de la vitalité de notre Église. Rien ne pourra transformer notre Église qui n’ait sa source dans l’œuvre du Saint Esprit et nos projets humains, aussi grands et beaux soient-ils, seraient vains si ce n’est pas l’Esprit qui en trace la voie.

Prions fermement en ce sens. Prions pour avoir toujours le zèle missionnaire comme nous le suggère l’Esprit du Seigneur.

Ô Esprit de Feu, Toi notre Seigneur,

Viens sois le maître en nos cœurs,

Viens, Esprit de Dieu.

  1. Viens, Esprit de Sainteté

Viens, Esprit de Vérité

Viens, Esprit de charité

Viens nous recréer

  1. Viens, Esprit consolateur

Viens, Toi qui connais nos peurs

Viens, apaise notre cœur

Toi le Défenseur.

  1. Viens, et brille dans la nuit

Viens, réchauffe et purifie

Viens, Feu qui nous es promis,

Transforme nos vies.

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