Message Fraternel n°176, Mgr Philippe Christory, 3 juin 2022

« Et tous ceux qui le touchaient étaient sauvés  ! » 

Parler des charismes est un sujet merveilleux mais aussi troublant car il faut oser se lancer, ouvrir la bouche, parler et agir au nom de Jésus. Aussi, n’oublions pas que l’Esprit est Amour. Si Dieu donne ces dons, c’est au service de l’amour mutuel. L’Esprit nous enseigne et nous défend du mal. La foi peut-elle se passer de ces charismes ? Devons-nous nous laisser saisir par le Saint Esprit pour recevoir ses dons au risque de perdre le contrôle de soi ? Nous préférons généralement contrôler notre vie et ce qui s’y passe. La vie spirituelle ordinaire est composée de rendez-vous réguliers de prière et de célébrations. Tous les fidèles ne prennent pas la parole devant les autres. Or exercer les charismes, c’est oser parler. C’est aussi parler en nous soumettant au discernement : comment savoir qu’il s’agit effectivement du Saint Esprit qui parle ou agit par l’un de nous ? Comment discerner ce que Dieu dit et ce qui émane de notre imagination ?

Essayons d’apporter quelques éléments de réponse à ces questions. Le premier critère est l’amour de Dieu et l’amour des personnes. Rien ne peut faire abstraction du commandement de l’amour. Exercer les charismes est un acte de charité pour nos frères et sœurs. En les aimant profondément, nous sommes désireux de leur offrir une parole ou une consolation qui vient du Seigneur. Aimer est ainsi l’attitude nécessaire pour tout fidèle qui se met à la disposition du Saint Esprit.

Les charismes se reconnaissent aux fruits qu’ils apportent. Jésus disait que l’on reconnaîtrait l’arbre à ses fruits et qu’un bon arbre porte de bons fruits. Peu à peu, chacun fait l’expérience de l’action du Saint Esprit dans sa vie personnelle, il peut en voir les fruits. Il peut recevoir des commentaires encourageants de ses frères et sœurs qui confirment son charisme. Il est important lors des relectures de nos activités ecclésiales de dire à chacun comment sa parole ou son action a bénéficié à l’assemblée. Cela l’encourage, le corrige et le fait grandir. Ce frère osera approfondir son écoute des motions du Saint Esprit et parler en son nom. Être prophète, c’est offrir sa voix au Seigneur pour que croisse l’Église dans sa communion avec Dieu.

Parmi les dons du saint Esprit dont saint Paul parle, il y a celui de guérison. À l’époque de Jésus, le malade devait se confier à des médecins qui ne bénéficiaient pas encore des avancées de la médecine – et, comme pour la femme qui souffrait de saignements depuis douze années, cela coûtait cher sans pour autant offrir un vrai remède. On mourrait généralement jeune. Jésus, dans son ministère, accueillait les malades, les impotents et tous les parias tels les lépreux. Souvent l’Évangile rapporte qu’il guérissait tous les malades qu’on lui apportait. Ne dit-il pas « je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les malades et les pauvres » (Mc 2, 17) ? Les foules poussaient toutes sortes de grabats et de brancards pour que Jésus touche leur ami malade. « La compassion du Christ envers les malades et ses nombreuses guérisons d’infirmes de toute sorte (cf. Mt 4, 24) sont un signe éclatant de ce “que Dieu a visité son peuple” (Lc 7, 16) et que le Royaume de Dieu est tout proche. » (CEC 1503) Jésus leur demandait de croire et plus d’une fois, c’est en constatant l’audace et la foi d’une personne qu’il accédait à sa demande, comme pour la femme cananéenne dont l’enfant était moribond (Mt 15, 21-28). Pourtant, la victoire sur la maladie est pour Jésus le signe d’une autre victoire, celle sur le péché et la mort qui en découle.

Il en sera de même avec les apôtres. Dans les récits des actes des apôtres, on voit de nombreuses guérisons. Avant son ascension, alors qu’il va les quitter définitivement, Jésus invite les apôtres à baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, à annoncer le Royaume de Dieu et à guérir les malades. Baptiser est si simple ! et si beau ! C’est le merveilleux don que l’on fait à une personne qui devient réellement enfant de Dieu, est intégrée à l’Église, reçoit la promesse de la vie éternelle, est pardonnée de tous péchés. Ce don n’est cependant pas visible. Par contre, guérir entraîne généralement un résultat physique observable, tel le paralytique de la Belle Porte de Jérusalem qui se met à marcher (Voir Act 3, 1-10). Aujourd’hui, alors que les sciences médicales sont si élaborées, faut-il encore exercer le charisme de guérison ? On peut même se demander si Dieu guérit encore lorsque nous prions pour des personnes malades qui n’obtiennent pas la guérison et parfois décèdent en laissant leurs proches désemparés.

La Tradition de l’Église continue d’affirmer l’œuvre de guérison opérée par l’Esprit Saint. Dans l’histoire, on compte de nombreux saints thaumaturges. Les foules se tournaient vers eux pour être guéries. Ainsi en Eure & Loir, Saint-Marcou est prié à Charay, près de Cloyes sur le Loir. La prière de Padre Pio obtint de nombreuses guérisons. Dans le renouveau charismatique, il est fréquent que ce charisme soit exercé durant les assemblées de prière. Certes, il est parfois difficile de discerner le vrai du faux car on peut s’illusionner. Certains peuvent abuser de la crédulité des fidèles notamment lors de grands rendez-vous évangéliques. Pourtant il y a bien des guérisons au nom de Jésus. Ainsi on reçoit ces témoignages merveilleux, par exemple lors des sessions de Paray-le-Monial animées par la communauté de l’Emmanuel.

Devant ces interrogations, nous posons l’acte de foi de croire que la parole de Jésus n’est pas obsolète. Il a parlé pour aujourd’hui. Aux évêques, qui succèdent aux apôtres maintenant, est demandée la foi en la puissance de guérison du Saint Esprit. Que nous manque-t-il pour que se réalisent ces miracles ? La foi ! Jésus reproche aux apôtres d’en manquer : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi. » (Lc 17,6) Jésus ajoute un enseignement important face à l’échec des apôtres qui voulaient guérir une enfant malmenée par un esprit malsain : « cette sorte de démon ne sort que par la prière et par le jeûne. » (Mt 17,21) Jésus a aussi promis que les disciples feraient des choses plus grandes encore car il serait dorénavant auprès du Père (Jn 14,12). L’Écriture nous demande fermement de persévérer dans la prière pour les malades, de saisir toute occasion de prier avec un malade, de demander simplement au Saint Esprit de bénir telle personne souffrante. Il est vrai que nous ne voyons pas fréquemment une personne se relever de sa chaise roulante. Appeler sur les personnes la bénédiction de Dieu, le faire avec persévérance et foi, est à notre portée. Le Seigneur est le Dieu de la vie, le Dieu de l’impossible.

Ainsi, Dieu opère son œuvre de vie. Pensons à la petite Mayline Tran âgée de trois ans et plongée dans un coma profond en 2012, sans espoir selon le corps médical, pour qui amis et famille implorent la guérison par l’intercession de la bienheureuse Pauline Jaricot. Mayline ouvre les yeux contre toute attente, revient à elle et dix ans plus tard, elle grandit et vit sans séquelle. Pensons à sœur Bernadette Moriau, franciscaine Oblate du Sacré-Cœur de Jésus, malade et lourdement handicapée depuis 42 années, qui fut guérie le 11 juillet 2008 à Lourdes. C’est le 70ème miracle officiellement reconnu par la commission médicale.

Le catéchisme décrit ce charisme de guérison comme un don actuel. Il ajoute un complément important à l’œuvre opérée par le Saint Esprit : « “Guérissez les malades !” (Mt 10, 8). Cette charge, l’Église l’a reçue du Seigneur et tâche de la réaliser autant par les soins qu’elle apporte aux malades que par la prière d’intercession avec laquelle elle les accompagne. Elle croit en la présence vivifiante du Christ, médecin des âmes et des corps. Cette présence est particulièrement agissante à travers les sacrements, et de manière toute spéciale par l’Eucharistie, pain qui donne la vie éternelle (cf. Jn 6, 54. 58) et dont saint Paul insinue le lien avec la santé corporelle (cf. 1 Co 11, 30). » (CEC 1509) C’est ainsi que de nombreux fidèles se rendent bénévolement auprès des malades pour leur apporter l’eucharistie et les écouter avec grande compassion.

Certes notre foi sera encore mise à l’épreuve puisque notre prière n’obtient pas ce que nous demandons dans bien des cas. Mais ne croyons pas que Dieu soit insensible aux cris qui montent vers lui. Et si certains ont des maladies graves, Jésus a montré que toute personne a de la valeur à ses yeux. Si la guérison physique n’est pas obtenue, d’autres fruits sont donnés à qui prie fidèlement. Ne perdons pas courage et continuons à demander avec audace la guérison.

Prière à l’Enfant Jésus pour la guérison d’un malade :

« Ô Jésus Enfant, maître de la vie et de la mort, bien qu’indigne et pauvre pêcheur, je me prosterne devant toi pour implorer la guérison de N…. qui me tient tant à cœur.

Celui (ou celle) pour qui je prie, souffre terriblement ; dans sa douleur, il (elle) n’a pas d’autre issue que toi qui es tout-puissant, en toi, il (elle) met tout son espoir. 

Soulage, Ô Médecin du Ciel, ses peines, délivre-le (la) de ses souffrances et donne-lui une santé parfaite, si cela est conforme à ta volonté et pour le bien de son âme. Amen. »

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