#177 « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus ! »

Après le temps pascal, comment vivre la mission ? L’Esprit Saint ne nous pousse-t-il pas à aller servir notre prochain et à lui parler de la source de tout amour, Jésus-Christ ?

Dans la vie civile, malgré la guerre en Ukraine et l’inflation, la vie ordinaire semble reprendre son cours. Sans masque, nous respirons. Nous nous sourions. Nous nous parlons avec une facilité retrouvée. Dans la vie liturgique, nous sommes entrés dans le temps ordinaire, qui n’a d’ordinaire que le mot. C’est chaque dimanche la fête de la Résurrection de Jésus. C’est chaque jour une occasion nouvelle d’invoquer le Saint Esprit que nous avons accueilli lors de la Pentecôte afin d’être disciples de Jésus. Pas question de penser qu’après le carême et le temps pascal, nous pourrions vivre et baisser la garde. Il est temps de marcher habité par Jésus-Christ, porteur en nos cœurs des merveilleux enseignements des évangiles, et d’aller vers nos contemporains pour être témoins de sa présence.

« La vocation universelle à la sainteté est intimement unie à la vocation universelle à la mission » écrivait le pape saint Jean-Paul II. La sainteté est une grâce infusée lors du baptême à faire grandir chaque jour par notre fidélité et la mission est un élan de compassion envers ceux et celles qui ignorent Jésus et son message de miséricorde. Si nous prions et contemplons Jésus dans l’offrande absolue de sa vie, si nous comprenons que son sacrifice a comme but de ne pas nous laisser mourir éternellement, alors nous sommes entraînés à être missionnaires. En effet, pourquoi taire la bonne nouvelle du salut ? Comment ne pas diffuser l’annonce qui concerne notre éternel avenir ? Car « si mes disciples se taisent, dit Jésus, les pierres crieront » (Lc 19, 40), ce qui signifie que les fausses divinités matérielles – l’argent, le pouvoir, les addictions – vont attirer ceux qui sont perdus pour les perdre plus encore. Or, pouvons-nous désirer un si funeste destin pour nos proches ?

Certains auteurs parlent aujourd’hui du déclin de l’Église en le comparant au déclin du politique et des institutions. Au cours de l’histoire et depuis l’avènement de Jésus, tant de périodes furent le théâtre de drames. Mais certains chrétiens, qui écoutaient les motions du Saint Esprit, se sont toujours levés pour s’engager sur des chemins nouveaux. Ils ne prétendaient pas créer une nouvelle Église, ni en changer les règles de vie, ils étaient radicalement fidèles à leur vocation chrétienne, en vue de la sainteté. Aujourd’hui, face à un athéisme militant et borné, face à un islam conquérant, face à des lois qui remettent en cause une juste anthropologie respectueuse de la nature humaine, avec quelle arme et sur quel champ de bataille faudra-t-il que nous combattions ? Assurément pas les armes de la violence, physique ou verbale. « Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » a prévenu Jésus (Mt 26, 42). Notre force, c’est notre vulnérabilité qui devient l’espace d’un amour puissant, engagé et persévérant. Cet espace est le monde où vivent les hommes et les femmes, c’est l’agora contemporaine, c’est le lieu des rencontres et des amitiés, de la vie sociale. Partout où vivent des humains, il y a un espace pour témoigner de l’amour qu’infuse le Saint Esprit, un amour absolument gratuit, un amour de don total.

Le Pape François affirme pour commencer son très grand texte La joie de l’Évangile : « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. » (EG 1) Combien de lettres de catéchumènes et de confirmants me disent leur joie d’avoir rencontré Jésus dans l’Église ? Cette joie bouleverse leur vie. Cette affirmation du saint Père repose sur une réelle expérience. Nous pouvons ajouter la joie de celui qui annonce. « Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons […] afin que notre joie soit parfaite » dit Jean (1Jn 1, 1 et 4). Jean rapporte ce que les disciples ont expérimenté lorsque Jésus les envoya deux par deux pour annoncer le Royaume : « ils revinrent tout joyeux. » (Lc 10, 17) C’est la joie de la rencontre, au cœur de laquelle le précieux nom de Jésus est prononcé. C’est la joie de voir que le Saint-Esprit précède le missionnaire et prépare les cœurs pour un échange profond et spirituel. L’Église catholique est invitée à la joie, cependant elle ne peut l’être en vérité que lorsqu’elle vit en sortie missionnaire, lorsque ses membres partent témoigner de la rencontre de Jésus vivant, lorsque l’écoute mutuelle se fait prière commune pour se confier à la miséricorde divine. Nous expérimentons alors ce que dit la Vierge Marie, Dieu se penche sur celui qui se fait humble serviteur de sa parole et qui peut chanter « mon âme exalte le Seigneur, exulte en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 46).

Dans notre diocèse, la démarche synodale continue à l’écoute du Saint-Esprit, par une prière persévérante nourrie de l’Évangile afin d’être, comme la Vierge Marie, ceux et celles qui retiennent en notre cœur ce que Dieu dit à l’Église. L’écoute de Dieu, l’attention mutuelle valent plus que des solutions mondaines à des problèmes d’organisation. Les motions du Saint-Esprit, si nous les suivons avec audace et avec le désir de l’évangélisation, sont bien plus importantes que n’importe quelle restructuration de nos paroisses. En ce temps dit ordinaire du chemin liturgique, sortons à la rencontre des personnes du seuil, accueillons avec intensité tout fidèle qui vient timidement pour la première fois, offrons une vraie place à l’inconnu dans la communauté paroissiale en nous mettant si nécessaire en retrait, car là est le chemin de la joie véritable. Ne recherchons pas les honneurs, les reconnaissances ni les remerciements. Savoir que Dieu nous aime ne nous suffit-il pas ? Qu’est-ce qu’une marque de reconnaissance humaine devant le don de la vie reçue comme cadeau divin ?

L’Église existe pour évangéliser. En juin, c’est l’heure des relectures et des bilans, au sein de nos activités paroissiales et ecclésiales. Certains pourraient chercher à mieux planifier pour l’année prochaine. Demandons-nous comment être témoin du Christ. Interrogeons-nous sur nos pratiques fraternelles. Écoutons-nous pour discerner comment nous serons en vérité missionnaires pour que soit connu Jésus qui donne tout. Ce discernement a besoin d’un élan de prière, d’adoration, de louange, de partage de la Parole, d’intercession. Que chaque rencontre soit l’occasion d’entrer en prière longuement sans nous contenter de dire une prière. Pour être un peuple de prophètes et de missionnaires, l’Esprit nous demande d’être un peuple d’adorateurs car alors l’Esprit trouve en chacun un cœur qu’il peut investir pour lui communiquer ses dons. Avec le temps pascal, la vie s’est manifestée et nous l’annonçons généreusement. « Il est temps de quitter vos tombeaux, de sortir du sommeil de la mort, d’aller vers la lumière acclamer le Dieu trois fois saint » dit un beau chant de louange. C’est maintenant et c’est urgent car chaque journée est l’espace pour le témoignage et ne peut pas être rattrapée par ceux et celles qui s’endorment avec leur lampe vide d’huile. L’huile est la charité qui nous pousse à annoncer le saint Nom de Jésus, le seul qui nous sauve.

Prions notre Dame de Chartres, elle qui est là avec nous pour nous montrer son Fils Jésus.

Mon âme exalte le Seigneur,
 exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
 Il s’est penché sur son humble servante ;
 désormais, tous les âges me diront bienheureuse.
 Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
 Son amour s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent ;
 Déployant la force de son bras, 
il disperse les superbes. 
Il renverse les puissants de leurs trônes, 
il élève les humbles. 
Il comble de biens les affamés,
 renvoie les riches les mains vides. 
Il relève Israël, son serviteur, 
il se souvient de son amour,
 de la promesse faite à nos pères,
 en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

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