Message fraternel n°180, Mgr Philippe Christory, 1er juillet 2022

Le thème central de mon dernier message était le sacerdoce. J’ai eu la joie de vivre depuis lors une belle messe, entouré des prêtres âgés et jubilaires au sein de la maison des sœurs de Saint-Paul de Chartres. Ces religieuses ont le sens de la fraternité, de l’accueil et de la simplicité. C’est une merveilleuse congrégation religieuse active dans l’éducation des enfants, sur les cinq continents. Elle est née en Beauce il y a plus de 325 ans. Merci à elles.

Ces jours sont propices pour rendre grâce à Dieu pour les hommes ordonnés prêtres. À Chartres, dimanche 3 juillet à 15h30, j’aurai la joie d’ordonner Clément Pierson.

Le sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus, et j’aime l’idée présentée par un diacre du diocèse dans ses écrits bibliques inspirants, qui consiste à voir dans le prêtre le lien réalisant le sacrement. Il est par son service humble et fidèle, un trait d’union entre la tête de l’Église, soit le Christ, et les membres que nous sommes. Il manifeste visiblement le don invisible communiqué par les sacrements. Ce don invisible est l’essentiel de ce qui est donné. Nous pouvons voir la part visible du sacrement comme la part émergée d’un iceberg. L’important reste invisible à nos yeux. Nous voyons les gestes et nous entendons les paroles. La réalité spirituelle du don de Dieu qui se donne lui-même, si elle n’est pas visible, est bien réelle. Le prêtre reçoit le ministère délicat qui le place devant le peuple rassemblé. Il agit avec soin afin que les participants soient attentifs aux paroles dites et aux gestes posés et simultanément son ministère s’efface pour que Jésus-Christ se manifeste et permette à chacun de le recevoir avec foi et espérance. Bienheureux est le prêtre qui, comprenant cela, s’oublie lui-même et se fait humble serviteur pour que ce lien devienne relation effective entre le cœur humain des fidèles et le cœur divin de Jésus. Saint Paul le vivait en laissant le Christ vivre en lui, acceptant les souffrances du ministère pour être associé à la victoire du Christ sur le péché et sur la mort.

Comprendre la profondeur de ce ministère presbytéral, tellement mystérieux, demande du temps, du recul et de l’abnégation. Les fidèles aideront les prêtres en les sollicitant pour l’essentiel, Jésus-Christ et sa Parole. C’est pour chacun, je le pense, un long chemin intérieur en vue de saisir la fonction sacerdotale, de lever un petit peu le rideau sur la grâce ineffable du salut des hommes en les accompagnant sur ce chemin de vie éternelle. Là, nous ne nous situons plus dans une charge d’organisation, de gestion ou de gouvernance. Il est nécessaire de regarder autour de soi, dans les rues et les centres commerciaux, pour être bouleversé par tant d’âmes qui ne sont pas reliées à Jésus-Christ. Pourtant, comme le psalmiste qui dit « mon âme a soif de Dieu », ces personnes n’ont-elles pas besoin de cet essentiel, la compassion et l’amour ? Cela vient du cœur de Jésus.

Vendredi dernier, nous avons eu la joie de célébrer la fête du Sacré-Cœur. En comprendre la portée rejoint me semble-t-il notre discours sur le sacerdoce. Depuis l’origine de la relation que Dieu a établie avec le peuple hébreu, ce dernier par la voix de ses prophètes et des patriarches, a cherché à dire par des mots humains quelque chose de l’essence même de Dieu. Comme on ne perçoit que les fruits de l’Esprit, si nous sommes des êtres contemplatifs nous pouvons saisir certains faits qui manifestent l’œuvre divine, mais embrasser l’être de Dieu est impossible. Aussi, les auteurs des textes majeurs de la sainte Écriture ont puisé des récits de la vie agricole. C’est par la description du bon berger qui prend soin des brebis, de celle qui est perdue ou encore malade, qu’ils ont voulu dire quelque chose de l’amour qui vient de Dieu et qui sourd de son cœur. Le prophète Ézéchiel vécut à la campagne et il écrit : « C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître selon le droit. » (Ez 34, 15-16) Notre Dieu aime chacun et chérit spécialement les brebis faibles. La vie pastorale de l’époque, au contact direct avec la nature, donnait plus de profondeur au lien qui s’imposait entre chacun et Dieu. Si la création visible manifestait la présence du créateur, la relation entre les humains et celui-ci avait besoin de médiateurs, de personnes parlant en son nom, de priants à l’écoute du souffle qui rejoint les hommes quand Dieu désire leur parler. Ces prophètes ont pu peu à peu parler d’amour, ou encore comparer l’œuvre de Dieu aux actes d’amour que posent pères et mères envers les enfants aimés. Il fallait des comparaisons pour comprendre. Par exemple, Isaïe conclut son grand livre biblique par cette promesse : « Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. » (Is 66, 12-13)

La description champêtre ne peut cependant suffire à révéler l’amour divin de Dieu. C’est au Golgotha que l’on va un peu mieux comprendre le sens du Sacré-Cœur quand un soldat attentif à bien achever son travail de bourreau transperce de sa lance le corps du supplicié Jésus, depuis son côté droit pour atteindre le cœur. Alors sortent de l’eau et du sang, l’eau qui représente la vie nouvelle du baptême, et le sang l’eucharistie quand Jésus devient l’agneau véritable et immolé et qu’il verse son sang comme boisson pour le salut des hommes. Le Cœur sacré de Jésus s’est laissé transpercer dans la mort physique pour que jaillisse encore une vie nouvelle. Peut-on saisir la puissance de l’Amour de Dieu en cet instant ?

C’est dans l’adoration face à la présence réelle de Jésus, dans le Saint-Sacrement que le Seigneur peut communiquer et infuser en nous ces grâces d’intimité qui vont assurer notre foi en sa présence bien réelle. Cela passe par une vision intérieure qui se fait intime et réelle au fur et à mesure que nous offrons du temps à l’amour divin offert à nos regards. C’est aussi dans la méditation contemplative de l’Écriture et de la vie de Jésus que la parole écrite des textes devient peu à peu une parole vivante qui parle au nom de Jésus, médiateur entre Dieu et les hommes. Cette parole devient notre force et notre lumière intérieure pour porter témoignage de la foi en notre société. Pourra-t-on durant cet été trouver le temps de ces lectures méditées de la sainte Écriture ?

Plus nous serons reliés par les sacrements et la lectio divina à Jésus, plus notre cœur profond sera façonné pour être conforme au cœur de Jésus et aimer sans mesure les êtres qui nous entourent et que Dieu confie à notre sollicitude et notre bienveillance. Dans cette adoration s’apaisent nos angoisses, nos rancœurs et nos ressentiments, la paix arrive et calme toute velléité de violence que l’on considérerait à tort comme juste pour régler nos difficultés. L’amour de Dieu est une arme puissante qui agit au travers de notre abandon en la volonté divine. Entraînons-nous souvent à demeurer en la présence de Jésus, il est notre protecteur.

Continuons à prier pour que le Seigneur touche des hommes en les appelant au sacerdoce. Ce peut-être parmi nos enfants. Rendons grâce pour cela.

Voici deux ans, quand je commençais ces messages au début de la pandémie, nous priions l’angelus fidèlement. Je vous propose de reprendre cette belle prière que nous pouvons dire quand les cloches sonnent matin, midi et soir.

  1. L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie

R/ Et elle conçut du Saint-Esprit.

Je vous salue Marie, ….

  1. Voici la Servante du Seigneur

R/ Qu’il me soit fait selon votre parole.

Je vous salue Marie…

  1. Et le Verbe s’est fait chair

R/ Et il a habité parmi nous.

Je vous salue Marie…

  1. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu

R/ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions :

Que ta grâce, Seigneur, se répande en nos cœurs. Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien aimé, conduis-nous, par sa passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection. Par le Christ, notre Seigneur.

R/ Amen.

Partagez : 
053e6d81bf7262ec34d19ec87ccdb89e22222222222222222222222222