Mgr Pansard : Revenir au coeur de notre vie

Le carême : pour revenir au cœur de notre vie
mgr pansard sortie cathedrale
A l’occasion de la messe de Cendres,
Lancement du Carême 2015.

Nous venons d’entendre l’appel de Dieu dans le livre de Joël : “Revenez à moi de tout votre cœur”. Le cri de l’apôtre Paul : “Laissez-vous réconcilier avec Dieu!” Et la triple invitation de Jésus à nous ajuster ou plutôt à nous laisser ajuster sur Dieu “dans le secret” de notre cœur : partager dans le secret, jeûner dans le secret, prier dans le secret.

Une invitation nous est lancée en ce début de carême : ne pas en rester à extérieur des choses et de la vie. Nous sommes souvent plus attentif à la façade, donnant beaucoup d’importance à la manière dont nous sommes considérés, reconnus, satisfaits. Des  modes dominantes dans notre société peuvent nous façonner. Absorbés et distraits par l’immédiat, le visible, le superficiel nous risquons de laisser de côté l’essentiel, le cœur de notre vie. Ce faisant nous avançons indifférents à ceux qui souffrent autours de nous. Cette indifférence mondialisée sur laquelle le Pape François attire notre attention dans son message de carême.

Le carême nous est donné comme un temps favorable d’authenticité et de dynamisme évangélique et pas de faces de carême. Il s’agit d’opérer un retour, un retournement, une conversion. Retour à la source, retournement en soi-même et effort sur soi en cet espace où l’on ne peut ni tricher, ni se cacher, ni mentir… notre cœur.  « Revenez à moi de tout votre cœur ». A quoi cela sert-il en effet, se demande le prophète Joël, de déchirer ses vêtements, si le cœur demeure éloigné du Seigneur, du bien et de la justice ? Voilà ce qui compte véritablement : retourner à Dieu, de tout votre coeur pour obtenir sa miséricorde (cf. Jl 2, 12-18). En nous reconnaissant pécheur « Pitié Seigneur car nous avons péché », avons-nous demandé avec force conviction : « un cœur nouveau et un esprit nouveau » comme le fait le psaume 50 que nous avons chanté.

Aspirons-nous à être profondément renouvelé ? A nous convertir pour se laisser à nouveau ajuster sur Dieu ? Car entrer en carême c’est vouloir une amélioration, un changement. C’est vouloir être guéri dans notre manière de penser, de voir, de juger, de vivre et d’agir. Le Seigneur nous y invite avec des accents de tendresse. Les lectures vont même jusqu’à nous supplier : « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour ».

Revenir, parce que nous avons pu nous éloigner, devenir tiède, assoupis.

en marche

Revenir, parce que des tentations, des tensions existent dans nos vies, comme elles ont existé dans la vie de Jésus, notre Seigneur, au désert ou à Gethsémani. Mais nous, nous ne tenons pas dans la fidélité comme le Seigneur.

Ces tentations sont aussi comme des maladies qui nous menacent. Je pense à celles qu’a évoquées le Pape, en bon jésuite habitués aux exercices spirituels, devant le curie romaine. Ces maladies peuvent être aussi les nôtres: ”Frères, de telles maladies et de telles tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie, communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial. Et elles peuvent frapper au niveau individuel ou communautaire”.

En ce début de carême j’en retiens 6 sur les 15 dont il fait un diagnostic et pour lesquelles il indique parfois un remède.

  1. Pour certains d’entre nous actifs, très actifs, la tentation est celle de l’activité excessive. Elle concerne ceux qui se noient dans le travail et négligent inévitablement «la meilleure part»: s’asseoir aux pieds de Jésus (cf. Lc 10, 38-42)… Car négliger le repos nécessaire conduit au stress et à l’agitation. Le temps du repos, pour celui qui a mené à bien sa mission, est une nécessité, un devoir, et doit être vécu sérieusement : en passant un peu de temps avec sa famille et en respectant les jours fériés comme des moments pour se ressourcer spirituellement et physiquement. Il faut retenir ce qu’enseigne Qohéleth : « Il y a un moment pour tout » (Qo 3, 1-15).
  2. Pour d’autres, il y a la tentation du cœur de pierre. C’est la maladie de l’indifférence, de ceux qui perdent «les dispositions» de Jésus (cf. Ph 2, 5-11). Car, au fil du temps, leur cœur se durcit et devient incapable d’aimer inconditionnellement le Père et le prochain (cf. Mt 22, 34-40). Être chrétien, en fait, signifie avoir « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus» (cf. Ph 2, 5), dispositions à l’humilité et au don, au détachement et à la générosité.
  3. Il y a aussi la maladie d’«Alzheimer spirituelle», c’est-à-dire l’oubli de « l’histoire du salut », de l’histoire personnelle avec le Seigneur, de l’affadissement du « premier amour » (Ap 2, 4). Nous pouvons perdre la mémoire de notre rencontre avec le Seigneur. Nous pouvons perdre le sens de notre  vie. Nous pouvons devenir dépendants de notre présent, de nos passions, nos caprices, manies et habitudes au point d’en devenir esclaves. Rien te tel que faire mémoire de ce que le Seigneur fait pour nous, pour toi, pour moi comme nous le faisons à chaque messe.
  4. Certains peuvent être atteint de la schizophrénie existentielle. On a comme deux personnalités. C’est la maladie de ceux qui ont une double vie, fruit de l’hypocrisie  et d’un vide spirituel progressif. Attention aux mondes parallèles dans lesquels nous pouvons nous installer et aux séparations entre ce que l’on dit et ce que l’on fait, entre une vie publique et une vie privée qui ne seraient pas habitées par la même cohérence.
  5. La maladie de la rumeur, de la médisance, et du commérage se répend facilement dans nos bavardages. Ca commence simplement, en faisant un brin de causette et puis on se met  à «semer de la zizanie» ce qui est la manière de faire Satan. C’est la maladie des personnes lâches qui, n’ayant pas le courage de parler directement et parlent dans le dos. Saint Paul avertit : « Faites tout sans récriminer et sans discuter ; ainsi vous serez irréprochables et purs » (Ph 2, 14-18).
  6. La maladie des cercles fermés, quand l’appartenance à un petit groupe devient plus forte que celle au Corps et, dans certaines situations, au Christ lui-même. Cette maladie elle aussi commence toujours par de bonnes intentions, mais au fil du temps, elle asservit ses membres, devient un cancer qui menace l’harmonie du Corps et cause tellement de mal… C’est le mal qui frappe de l’intérieur (16) et, comme le dit le Christ, «tout royaume divisé contre lui-même devient désert» (Lc 11, 17).

Les cendres que nous allons recevoir nous rappellent que nous sommes des êtres humains fragiles, des malades, des pécheurs capables de rébellion, d’indifférence envers Dieu et envers les autres.
Elles nous rappellent que notre existence risque de n’être qu’un souffle qui passe si nous ne la fondons pas sur le Seigneur.

Mais l’imposition des cendres est aussi accompagnée d’une parole : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ! ». Ces mots sont les premiers de la prédication de Jésus. Il s’agit d’un appel à la vie, au salut, à la guérison !

main qui prend main ramolllie

Deux choses nous sont nécessaires quand nous sommes malades, faire appel au médecin et vouloir suivre le traitement :

  1. « seul l’Esprit Saint… comme l’affirme le Credo de Nicée-Constantinople (« Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ») guérit toute maladie. C’est l’Esprit Saint qui soutient tout effort sincère de purification et toute bonne volonté de se convertir. C’est lui qui nous fait comprendre que tout membre participe à la sanctification du Corps et à son affaiblissement ». Comptons-nous sur lui ? Faisons-nous appel à Lui ? Ou ne comptons-nous que sur nous-mêmes ?
  2. « La guérison est aussi le fruit de la conscience de la maladie et de la décision personnelle et communautaire de se soigner en supportant le traitement avec patience et persévérance ». Ce carême est aussi un temps d’engagement résolu, d’entrainement et de lutte spirituelle comme nous l’a rappelé la prière d’ouverture. La raison d’être de ce combat est un renouvellement de notre liberté, de l’unité de notre vie, de la vérité envers soi-même, les autres et Dieu.
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