Pâques : une espérance nous est donnée

« De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? », cette question de Jésus ressuscité rejoignant deux hommes désespérés sur la route d’Emmaüs, retenti souvent dans notre long compagnonnage avec nos frères en humanité, « les joies et les espoirs, les tristesse et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur1 ». G.S 1
Ces joies et ces tristesses… sont pour chacun d’entre nous des visages et des situations concrètes. Au cœur de l’existence de hommes, qui n’est pas une comédie, nous sommes appelés à être serviteur de la vie en étant « prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous à qui vous le demande. Mais que cela soit avec douceur et patience ou douceur et respect2 ».
Si telle est la tâche des disciples du Christ, avouons que vivre dans l’espérance ne va pas toujours de soi. Car l’espérance ne se limite pas à un vague un sentiment psychologique. Aux prises avec la réalité de la vie, notre espérance se doit d’être crédible et lucide.
Quand des utopies de progrès, de croissance continue, qui ont été mobilisatrices s’effondrent, quand l’horizon parait souvent bouché, quand le regard perçoit des signes de désespoir, quand le vocabulaire de crise revient sans cesse à la bouche, crises du chômage, du sens, des vocations, financière, alimentaire… Quand la mesure de la complexité des situations fait apparaître nos pauvretés et nos limites pour pouvoir agir efficacement. Quand des vies se trouvent bouleversées par la précarité, la souffrance, la maladie, la mort. Quand la présence de Dieu est loin d’être évidente…
Avouons qu’il n’est facile ni pour nos contemporains, ni pour nous même de rendre compte de notre espérance et de vivre dans l’espérance. L’épreuve de la réalité nous atteignent, elles atteignent ceux qui se sont engagés avec enthousiasme, et nous qui espérions…
Nous savons cependant d’expérience qu’espérer est vital pour les hommes, si vital qu’un malade qui n’espère plus, se laisse mourir ou qu’un prisonnier sans espoir peut se suicider. Sans espérance, la vie s’étiole ou pour le dire à la manière du prophète Ézéchiel : « Nos ossements sont desséchés, notre espérance a disparu, nous sommes en pièces » Ez 37,11. Dans nos rapports interpersonnel, familiaux, sociaux et communautaire, l’espérance est aussi vitale. Elle crée entre nous une communion de destin, une solidarité. Mais, nous le savons aussi, combien de relations ou de solidarités s’éteignent parce que l’on n’attend plus rien de l’autre, parce nous ne voyons plus avenir pour lui. Vivre d’espérance, travailler à l’espérance des hommes est pour nous un service de la vie.
« Oh la petite espérance ! aurait dit Charles Péguy, Elle ne va pas de soi, elle ne va pas toute seule… Et pourtant c’est elle cette petite qui entraîne tout. Car la foi ne voit que ce qui est. Elle voit ce qu’il sera. La charité n’aime que ce qui est, elle aime ce qui sera… »

L’espérance voit et aime là où apparemment à vue d’homme, il n’y a plus rien à voir et aimer. Lucide, l’espérance pascale ne fait pas l’impasse sur les drames de nos vies d’hommes. La faiblesse apparente, la contradiction et la défaite de la croix qui sont bien réelles sont ou peuvent être pour nous, un lieu de vie, un lieu d’espérance parce que contre toute apparence elles n’ont pas eu le dernier mot sur Jésus et ne l’emporteront pas totalement sur nous. Dieu l’a ressuscité !

(1 Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes 1 2 1 P 3, 15)

✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres

(Paru dans Église En Eure Et loir n° 149-Avril 2010)

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