Par quoi nous laissons nous entraîner ?

Nous étions sous la neige avec les perturbations que cela provoquait dans l’organisation quotidienne de nos vies. La
“pandémie” de la grippe A déclinait, la crise financière, économique et sociale occupait toujours l’horizon de nos vies.
Le tremblement de terre en Haïti, avec ses effets dramatiques pour un peuple et son pays, a soudainement remis les choses en perspective. Une émotion nous a saisis et surtout une communion et une solidarité concrète sont mises en œuvre au niveau des États, des organisations et associations et des personnes. Et pour les chrétiens, une communion de prière, cette ouverture du cœur à Dieu qui nous entraîne à ouvrir nos yeux et nos mains pour être les serviteurs de ce que nous demandons à Dieu.
Il y a inévitablement le temps de l’urgence face au chaos, pour faire face aux besoins les plus vitaux des habitants, pour enterrer les morts. Il y a le temps de la reconstruction : il sera long et réclamera, au-delà de l’émotion, un engagement dans la durée, pour permettre non seulement une lutte contre la faim mais aussi un développement durable, comme nous le rappellera le CCFD durant le temps du carême.
Ce temps du carême nous est donné chaque année pour nous pousser à inscrire dans nos vies l’engagement durable de notre baptême. Les catéchumènes et baptisés adultes le vivent fortement : après l’engagement dans le baptême qui a marqué une véritable transformation de vie, une véritable conversion, ils expérimentent qu’étant convertis, ils n’ont pas fini, comme chacun d’entre nous, de se convertir et de se laisser ajuster par Dieu à son projet d’alliance avec Lui et avec l’humanité.
Une parole surprenante ouvre le carême : « Jésus, après son baptême, fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable ». Cette parole nous invite à vivre sous la poussée de l’Esprit pour marcher sur la même route suivie par le Christ, pour mener le bon combat et ne pas nous laisser abuser par d’autres poussées qui nous détournent de nous-mêmes, des autres et de Dieu.
Ces trois grandes mises à l’épreuve concentrent la tentation permanente du peuple de Dieu et de l’humanité de vivre à bon marché.

  • Nous sommes poussés à ne nous soucier que des biens de la terre, à ne chercher que l’acquisition de ceux-ci en négligeant les biens du ciel ou encore en laissant notre coeur, notre âme, notre esprit sans nourriture.
  • Nous sommes poussés à vouloir conquérir, dominer, exercer un pouvoir sur autrui pour notre bon plaisir. Ne parle-t-on pas dans le langage amoureux de « conquête ». Nous sommes prêts à bien des compromissions pour l’emporter sur autrui.
  • Nous sommes poussés à nous vanter, à nous faire valoir en jetant quelque poudre aux yeux ou en jouant quelque comédie et tout cela parfois pour d’apparents bons motifs.

Mais pour vivre la longue aventure de la vie humaine et chrétienne, dans la durée et la succession des jours, nous pouvons aussi nous laisser
pousser par l’Esprit. Comme le vent pousse le voilier, nous avons besoin du dynamisme même de Dieu pour mener nos vies. Mais si l’action du vent est nécessaire pour faire avancer le bateau, il est aussi nécessaire que le marin tende les voiles et tienne le gouvernail.
Je vous souhaite, en ce temps de carême, de prendre le vent de l’Esprit de Dieu, de tenir la barre de vos vies et de vivre le combat de la fidélité aux choix qui marquent toute existence chrétienne. A quoi renonces-tu pour vraiment fonder et construire ta vie sur Dieu ?

✚ Mgr Michel Pansard, évêque de Chartres

(Paru dans Église En Eure Et Loir n°147-Février 2010)

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